Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/users5/r/rebaudclaude/www/eduETdev_fr/config/ecran_securite.php on line 245
Coopérer pour réussir la refondation de l’école sur tous les territoires - [Education et Devenir]
logo ED
slider slider slider slider slider

Un an après l’élection de François Hollande, où en est la loi de refondation sur l’école ? Il est douloureux, mais nécessaire, de rappeler les espoirs du printemps dernier : la loi devait être discutée à l’automne et votée avant la fin de l’année 2012. Nous n’en sommes pas là, hélas …. Par ailleurs, des décrets ont été signés et vont être appliqués quelque soit la situation future : notamment celui sur ce qu’on appelle communément « les rythmes scolaires » et celui sur les projets éducatifs territoriaux. Voilà le cadre législatif actuel et nouveau dans lequel la coopération peut s’installer.

Néanmoins, les mois passés ont été positifs pour nous tous : la concertation de l’été 2012 a favorisé les rencontres et débats entre tous les acteurs de l’éducation et ces débats continuent.

Les liens entre la FCPE et Education et Devenir se sont renforcés et nous en sommes heureux car nous portons des idées communes. Notre association a développé de manière constante des relations avec les partenaires du système éducatif : les collectivités, les associations d’éducation populaire (cf le la création du CAPE), mais aussi les fédérations de parents et en particulier la FCPE. Nous avons toujours soutenu l’idée que les premiers éducateurs sont les parents et que nous devons les accompagner dans le parcours de leurs enfants. Nous pensons également que bien qu’on parle beaucoup des parents, ils sont, tout compte fait, peu présents et peu écoutés dans notre système éducatif.

Le point de départ est donc de rétablir la confiance entre notre système et les familles, toutes les familles, cela signifie aussi de s’attaquer au vrai problème du lien avec les familles des quartiers dit défavorisés : là, existe un rapport mutuel de défiance, de reproches, de récriminations et peut-être de peur, ce qui entraine une absence de reconnaissance, et de manque de respect. Pour nous donc, rien ne réussira vraiment si on ne change pas au préalable les rapports entre les familles et l’école, il s’agit donc d’une véritable révolution culturelle pour le monde éducatif. Le risque de déconnexion entre le monde enseignant et une part de sa population scolaire est réelle.

En outre, l’Ecole doit prendre en compte son environnement et le territoire dans lequel elle se situe, source d’acquisition de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être. Car c’est le même enfant, le même jeune qui s’éduque, se forme, apprend, agit à n’importe quel moment, en n’importe quel lieu, dans n’importe quelle activité. L’individu ne se morcelle pas. Il s’agit donc de mettre en relation tous ces moments et lieux par la prise en compte de toutes les temporalités, de tous les espaces dans l’action éducative.

Ainsi, l’Ecole ne peut plus faire autrement que d’être pleinement partie prenante des territoires afin que se bâtissent alliances et fédérations de volontés et d’énergies entre les éducations formelle, non-formelle et informelle au sein d’espaces éducatifs concertés. Cela implique d’admettre pleinement que, aux côtés des savoirs académiques, existent des savoirs culturels, des savoirs vécus, des savoirs d’action, d’expérience ou d’engagement et que, pour une bonne partie des jeunes, l’accès aux savoirs scolaires passe par la reconnaissance de leurs savoirs « externes » à l’Ecole, car cette reconnaissance peut donner sens aux savoirs scolaires… De la même manière, cela implique d’accepter pleinement le fait que tous les temps éducatifs contribuent à l’acquisition par tous d’un socle commun de connaissances, de compétences et de culture…

Autrement dit dans un premier temps le changement est dans l’attitude, le type de relation que l’Ecole établit avec ses partenaires, les parents en premier (ce qui n’est pas nécessairement le plus facile), ensuite cette attitude peut se concrétiser sur le territoire en utilisant de nombreux dispositifs déjà existants :

Dans les zones d’éducation prioritaire, il s’agit là de moyens humains et financiers. Nous savons tous qu’en réalité l’engagement du Ministère est plus faible dans ces secteurs que pour les établissements de centre-ville. Nous savons aussi que la réussite des établissements tient à des équipes solides et que le départ d’un chef d’établissement peut fragiliser des équilibres atteints. Là, plus qu’ailleurs, le dialogue avec les partenaires est essentiel, il faut reconnaitre les actions qui naissent sur ces territoires, les intégrer au parcours scolaire des élèves, inscrire l’établissement dans un réseau d’actions.

 L’expérience menée par la Ligue de l’enseignement et Education et Devenir autour de la « Maison des savoirs et de la formation tout au long de la vie » constitue l’une des coopérations possibles : ou comment l’école et le territoire sont également pôles de ressources et de formation. Cette action concerne à la fois des écoles primaires rurales et urbaines, des collèges et des lycées de centre-ville ou de type ECLAIR. Ces projets éducatifs doivent permettre de combattre les inégalités sociales, culturelles, démographiques, géographiques et économiques dans un esprit qui n’est pas celui d’une illusoire égalité des chances donnée aux individus mais dans celui de l’égalité d’accès au droit à l’éducation, à la formation et à la culture pour tous, parce que « tous capables ». Tous les acteurs du territoire sont là, coopèrent : des parents aux centre de loisirs en passant par les maisons de retraite, avec l’école comme centre de gravité. Les conséquences sont multiples : lutte contre les discriminations, en particulier ethniques, accès du plus grand nombre aux connaissances, à la capacité d’expression, à la découverte de l’autre, par des pratiques qui donnent place à la parole, à l’acte, à la création et à la solidarité, dynamiques d’estime de soi et de son territoire qui se développent pour tous les habitants.

La création des projets éducatifs de territoire qui complètent le décret sur les rythmes scolaires devrait accentuer les pratiques de coopération. Ils concrétisent eux aussi, l’idée que l’éducation d’un enfant est permanente, en tous lieux et avec tous types d’acteurs. Là encore, il nous semble que le lien avec les parents est nécessaire. Pour l’heure, si les syndicats enseignants majoritaires sont braqués contre ces décrets, il faut malgré tout saisir la balle au bond. S’offre pour tous les acteurs éducatifs l’occasion de travailler ensemble dans l’intérêt des enfants et adolescents.

Dans la réalité, nous savons bien qu’un enjeu fondamental est la capacité qu’ont les acteurs de négocier entre, d’une part, leurs attentes propres, leurs intérêts particuliers légitimes et, d’autre part, « l’intérêt général éducatif » qui doit les conduire à se retrouver sur des valeurs communes, des objectifs communs, des méthodes de travail afin de surmonter leurs différences pour en faire une richesse où chacun est assuré d’avoir créé les conditions pour obtenir des résultats conformes à ses attentes. Mais ce n’est possible que si, au départ, on accepte la réalité suivante : l’appréhension du temps éducatif qu’ont les différents protagonistes n’est pas uniforme, il faut donc penser en termes d’articulation permanente entre court, moyen et long terme.

Il faut donc prendre appui sur un diagnostic participatif avec les habitants, avec les familles et les jeunes, sur la définition collective de valeurs autour du vivre-ensemble. Il s’agit en fait de mettre en place une éducation partagée, acte de confiance alors que notre société hésite sur son avenir et fait moins que jamais confiance aux jeunes.

En conclusion quelques remarques : la concertation de l’été dernier et les réunions qui se poursuivent, obligent, en quelque sorte, les différents acteurs éducatifs à continuer à se parler, à échanger et à finir par se retrouver sur un terrain commun, car nécessité fait loi ! Dans les territoires, les réunions se multiplient, les acteurs échangent, élaborent des projets. Là encore la fonction du dialogue est de restaurer la confiance entre les acteurs : les inquiétudes des parents sont légitimes (« l’avenir de nos enfants est en jeu et on leur supprime des heures de cours pour faire quoi ? »), nous nous devons d’y répondre.

Espérons par ailleurs que ce vaste projet de loi n’aboutira pas sur un changement microscopique … Les dangers sont là : ESPE qui ressusciteront en moins bien les IUFM, réforme des programmes reportées aux calendes grecques, aucune modification dans la gouvernance du système et une décentralisation qui n’aura que peu d’influence sur le fonctionnement éducatif, personnels accrochés à leurs avantages et manipulés par les syndicats hostiles à la loi ….

Mais nous nous devons de nous faire confiance de manière réciproque : confiance dans les enseignants, confiance dans nos élèves, confiance dans les parents. Confiance et dialogue sur tous les terrains où nous pouvons nous rencontrer : il s’agit pour nous de réinventer l’agora grecque.

 

Marie-Claude Cortial

6 mai 2013

barre

ACCES DES ADHERENTS

se connecter

(accès privilégié à nos
cahiers et publications)

MENTIONS LEGALES