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Nathalie MONS : PISA et la fracture scolaire - [Education et Devenir]
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Une institution inégalitaire


Il y a une semaine a été scandée par les titres de la presse la chute, le dévissage de la France dans le palmarès de PISA. A y regarder de près, la situation est un peu plus complexe.

Certes, le nombre d’élèves en grande difficulté scolaire progresse fortement sur une décennie – un jeune sur cinq n’acquiert plus les bases scolaires lui permettant de poursuivre efficacement ses apprentissages au-delà de la scolarité obligatoire, ce qui explique le recul du score français en mathématiques.

Mais à l’autre bout du spectre des performances scolaires, les résultats de l’élite, qui, eux, s’améliorent, sont souvent occultés. Le taux français de ces élèves qui excellent dans toutes les disciplines de PISA (mathématiques, sciences, français) est supérieur à la moyenne de l’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE).

L’école française n’est pas celle des cancres, mais une institution scolaire en passe de devenir duale, bipolarisée, une école à deux vitesses où les disparités scolaires mais aussi sociales s’accroissent depuis dix ans.

UN BILAN PARTISAN

Comment en est-on arrivé là ? Telle la lumière d’une étoile nous renseignant sur une vie astronomique passée, les résultats actuels de PISA interrogent le système que les élèves de 15 ans testés dans l’enquête 2012 ont traversé durant leur scolarité obligatoire. Les politiques mises en œuvre durant les dix dernières années doivent donc être convoquées mais l’analyse ne peut s’arrêter à ce passé proche, trop facilement assimilable à un bilan partisan.

Si la dernière décennie a été marquée par des coupes massives dans les effectifs des enseignants, une destruction de leur formation et une quasi-disparition de la maternelle précoce, les études convergent toutefois pour montrer que les élèves issus des milieux défavorisés sont les plus affectés par la dégradation du contexte scolaire. Certaines transformations du système, sans effets d’annonce politique, ont été plus souterraines.

Sur les dix dernières années, la création de classes de sections européennes et autres classes de musique ou théâtre aménagées, majoritairement développées dans les quartiers les plus favorisés et concentrant les meilleurs élèves exposés à des programmes d’excellence, a progressivement et sans bruit vidé de sa substance le collège unique, créant des inégalités dans l’offre scolaire, développant la ségrégation entre les établissements, voire au sein des établissements.

Mais il serait naïf de penser que seul un passé récent explique cette école mise en défaut sur ses principes républicains. Si la France possède désormais une des écoles socialement les plus reproductrices, la situation au début des années 2000 ne la plaçait pas parmi les écoles contrariant réellement les inégalités sociales dont elle héritait.

STRUCTURELLEMENT ET DURABLEMENT INÉGALITAIRE

L’école française est structurellement et durablement inégalitaire au-delà des décennies, par-delà les alternances politiques. Car elle se caractérise à la fois par une immense tolérance face à l’échec scolaire et, en contrepoint, par un intérêt prépondérant pour la fabrication des élites scolaires et sociales.

Cela se traduit, tout d’abord, par une orientation nette des investissements en direction du lycée d’enseignement général – que n’atteignent pas tous les élèves – au détriment du primaire qui accueille tous les jeunes et se trouve sous-doté budgétairement.

Ce tropisme budgétaire élitiste est aussi associé à une incapacité à penser et à développer, jusqu’à récemment, des politiques de prévention de l’échec scolaire. Nous attendons que les élèves soient en grande difficulté scolaire pour les aider. Au cours des décennies se sont développés de nombreux dispositifs de remédiation dont l’efficacité n’est pas démontrée.

La pratique du redoublement, dont la recherche a montré à la fois l’inefficacité et le fort marquage social, demeure l’instrument privilégié de lutte contre la difficulté scolaire. Des tentatives de suivi plus personnalisé sont réalisées aujourd’hui, il faudra en suivre la mise en œuvre.

Les inégalités scolaires fortes s’expliquent aussi par des écarts marqués dans les contextes scolaires en termes de ressources. Derrière l’affichage de la politique d’éducation prioritaire, des inégalités d’allocation des ressources publiques ont vu le jour qui sont souvent occultées.

INÉGALITÉS TERRITORIALES

Certes, les établissements d’éducation prioritaire bénéficient par exemple de classes allégées, mais y sont aussi affectés les enseignants débutants les moins expérimentés. Les collectivités locales enrichissent l’école d’une contribution budgétaire importante, mais leur volontarisme éducatif varié crée aussi des inégalités territoriales. Au total, tous les élèves ne bénéficient pas du même contexte d’apprentissage et il n’est pas certain que l’on donne réellement plus à ceux qui ont moins.

C’est l’ensemble de ces dimensions qui se conjuguent aujourd’hui pour fabriquer, en France, un niveau d’inégalités scolaires sociales désormais record des pays de l’OCDE. L’organisation actuelle de l’école n’est plus en capacité de contrarier les inégalités sociales.

Réformer notre système est d’autant plus nécessaire que l’étude récente de l’OCDE, PIAAC, sur les compétences des adultes en littératie et numératie relègue la France aux derniers rangs des pays participants. Or ces compétences sont directement corrélées à une série d’indicateurs sociaux et politiques : plus une population est éduquée, plus l’engagement politique, associatif, et la confiance en autrui y sont forts. C’est le lien social qui vient à être questionné, ce qui n’est pas neutre dans la société actuelle.

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