Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/users5/r/rebaudclaude/www/eduETdev_fr/config/ecran_securite.php on line 245
Aurélie COLAS (Le Monde) : comment le SNES résiste aux réformes - [Education et Devenir]
logo ED
slider slider slider slider slider

Education : comment le SNES résiste aux réformes

Le syndicat majoritaire du secondaire, dont le congrès s’ouvre le 31 mars, peine à se défaire d’une image conservatrice et corporatiste

Son prédécesseur l’avait prévenu : le SNES, il faut s’en méfier. Sous ses airs plutôt ouverts, le Syndicat national des enseignants du second degré ne signe jamais ; c’est inscrit dans ses gènes. A ses débuts, le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon – qui a lui-même été syndiqué au SNES lorsqu’il était professeur –, ne voulait y croire. Son a priori sur le syndicat ultramajoritaire des enseignants du secondaire était plutôt favorable, même s’il savait que, dans cette maison qui chapeaute près d’un million de personnels et douze millions d’élèves, on marche toujours sur des œufs.

Au cours de ses deux années d’exercice, l’avertissement de Luc Chatel a eu souvent l’occasion de lui revenir en mémoire. Pas plus tard que jeudi 27 mars, lors du vote – consultatif – du projet de réforme des missions des enseignants. Le SNES, qui y semblait plutôt favorable au départ, s’est abstenu. La portée de la mesure est pourtant avant tout symbolique : il s’agit de réécrire le décret de 1950 qui définit ces missions, afin de prendre en compte l’évolution du métier. Reconnaître qu’un professeur aujourd’hui ne fait pas " que " cours, mais qu’il aide ses élèves, travaille en équipe, rencontre les parents…

La maison-mère du syndicat, la FSU, s’était également abstenue sur la loi de refondation de l’école promulguée en juillet 2013. Et le SNES, qui avait qualifié de " porteur d’ambition "le plan sur l’éducation prioritaire, soutient maintenant les appels à la grève en zone d’éducation prioritaire (ZEP).

" Le SNES est incapable de proposer quoi que ce soit. Si l’école n’avance pas, c’est en partie à cause de lui ", s’agace François Portzer, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), un syndicat concurrent. Début mars, le think tank de gauche Terra Nova recommandait, dans une étude, de " ne plus survaloriser la puissance du SNES " et de " cesser d’en faire un partenaire privilégié du ministère ". A l’approche du congrès du syndicat, qui se tient du 31 mars au 4 avril, ces propos sonnent comme une provocation.

Il est vrai que le SNES a l’oreille du ministre. " Il a tout de suite compris les lignes à ne pas franchir ", confirme Frédérique Rolet, l’une des trois cosecrétaires généraux. Dans la loi sur l’école de Vincent Peillon, qui trace la feuille de route de son mandat, rien de frontal sur le temps de présence des enseignants dans les établissements, sur le rapprochement de l’école primaire et du collège, le baccalauréat, le décloisonnement des disciplines… " Vincent Peillon pense que sans accord social – et c’est aussi la thèse de François Hollande –, il n’a pas le droit d’avancer. Et comme il n’obtiendra jamais l’accord du SNES… ", déplore un recteur d’académie sous le couvert de l’anonymat.

" Je n’aurai sans doute pas tout ce dont j’avais rêvé pour l’école. Je n’ai pas tous les pouvoirs, et il y a des obstacles, des conservatismes… ", reconnaissait le ministre en novembre 2013. Sa stratégie, c’est celle des petits pas. Avancer avec prudence, sans froisser le SNES, en gardant toujours les enseignants à ses côtés. N’ouvrir que des brèches susceptibles, plus tard, de s’agrandir. N’être ni un " François Bayrou " ni un " Claude Allègre ". Le premier, ministre de l’éducation de 1993 à 1997, avait laissé le SNES faire la loi à la suite d’un grand mouvement de grève. Le second (1997-2000) est entré en guerre contre lui au point d’y laisser son poste.

Faut-il forcément faire du forcing pour réformer l’école ? " Les ministres ont toujours eu tendance à surévaluer l’influence du SNES ", observe un ancien recteur d’académie. " Dire qu’il peut tout bloquer, c’est rassurant pour ses militants, mais c’est une image de puissance fausse, estime Frédéric Sève, secrétaire général du SGEN-CFDT, réputé progressiste. Les réformes passent, même s’il ne les soutient pas. " De fait, la réforme du lycée de 2010 est passée sans l’accord du SNES, comme l’introduction des travaux personnels encadrés (TPE) au lycée en 2001 et comme la suppression des TPE en terminale cinq ans plus tard !

Malgré tout, " tout ministre doit tenir compte du syndicat représentatif d’une profession qui se mobilise quatre fois plus que les autres ", estime Laurent Frajerman, chercheur spécialiste du syndicalisme enseignant. Un syndicat capable, aussi, d’entraîner avec lui les lycéens. " Les professeurs ont compris qu’un mouvement lycéen était leur meilleur atout. C’est ce qui fait le plus peur aux ministres ", poursuit le chercheur.

Vincent Peillon compose donc avec les rapports de force qui structurent le syndicalisme enseignant. Approximativement, le bloc dit " réformateur " (SGEN-CFDT, UNSA) représente 20 % des suffrages ; le bloc réputé contestataire (FO, CGT, SUD), 30 %. Le SNES, avec 50 % des voix et ses 60 000 adhérents, campe au milieu du paysage. Il est incontestablement le plus représentatif de la profession, avec ses sensibilités, ses clivages.

Avec cette difficulté, propre à tout syndicat majoritaire, d’adopter des positions tranchées. Contraint de faire la synthèse entre des opinions diverses, il est souvent tenté de rechercher le plus petit dénominateur commun : soit la revendication de moyens en plus, soit le statu quo.

L’image de syndicat corporatiste et conservateur lui colle à la peau. Même si " la réalité est plus complexe, prévient André D. Robert, professeur à l’université Lyon-II. Il y a aussi toute une frange de ses militants et adhérents impliquée dans la réflexion sur la pédagogie et les disciplines. "

Mais c’est une autre frange qui s’est fait entendre ces dernières semaines. Dans les académies, certains cadres locaux reprochent à la direction d’avoir adopté une ligne trop molle avec le ministre. La tendance minoritaire " Ecole émancipée " regrette de voir le SNES " renoncer à impulser toute mobilisation ". Une autre, " Emancipation ", plus minoritaire encore, de " s’enfermer dans un dialogue social qui sert la politique gouvernementale d’austérité ".

La direction ne semble guère s’en étonner. C’est un grand classique : les troupes se serrent et se desserrent au gré des alternances politiques. " 80 000 suppressions de postes sous le mandat Sarkozy, évidemment ça soude. Sous la gauche, c’est plus compliqué, concède Frédérique Rolet. D’un côté, on peut obtenir des avancées. De l’autre, on peut se voir reprocher d’accepter des mesures. Il peut y avoir, chez nos militants, une certaine suspicion, la crainte que le changement ne soit porteur de dérives… "

Accepter est une prise de risque ; refuser reviendrait à briser le pacte implicite de non-agression avec Vincent Peillon. S’abstenir, c’est permettre au oui de triompher, sans y laisser trop de plumes.

Aurélie Collas

barre

ACCES DES ADHERENTS

se connecter

(accès privilégié à nos
cahiers et publications)

MENTIONS LEGALES