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Alerte sur les rythmes - [Education et Devenir]
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Alerte au réseau des fédérations de la Ligue et aux associations du CAPE

OUI AU PACTE DE RESPONSABILITE POUR LES NOUVEAUX TEMPS DE L’EDUCATION !

C’est reparti, ceux qui campent sur leurs positions depuis toujours veulent profiter de la période politique : il faudrait abandonner la mise en place des nouveaux temps scolaires et ses conséquences en termes de nouveaux espaces et temps éducatifs autour de l’Ecole. Et puis il y a ceux qui le disent en sourdine et demandent d’assouplir, de déroger, d’étaler sur plusieurs années.
Ce sont toujours les mêmes rengaines de ceux qui sont prêts à invoquer toutes leurs bonnes raisons pour ne jamais faire progresser l’Ecole et l’éducation dans notre pays et font passer leurs intérêts avant celui des enfants.
Aussi il faut solennellement mettre en garde le gouvernement et Manuel Valls, le Premier ministre qui s’apprête à dévoiler ses intentions lors de son discours d’investiture devant l’Assemblée nationale mardi prochain. Mettre en garde et encourager à la poursuite de la refondation de l’Ecole, comme s’y est engagé dans ses premières déclarations le nouveau ministre de l’éducation nationale Benoît Hamon.
En 2008, notre pays a accepté ce qu’Antoine Prost a dénoncé alors dans une tribune parue dans le journal « Le Monde », comme « un véritable Munich éducatif ». Le ministre de l’Education nationale d’alors, Xavier Darcos, décidait, sans doute sous la pression de Nicolas Sarkozy, d’amputer la semaine scolaire à l’école primaire de 2 heures, soit 500 heures d’école en moins, 2/3 d’une année scolaire, concentrant ainsi les apprentissages sur 4 jours par semaine avec les journées les plus lourdes d’Europe pour nos enfants.
Alors rappelons les faits. La concertation sur le sujet dure depuis au moins 30 ans. Toutes les études, tous les colloques, tous les comités mis en place quelles que soient les sensibilités politiques, le dernier en date par Luc Chatel en 2010/2011, ont fait le même constat : la France a une des organisations des temps scolaires parmi les plus mauvaises pour les élèves, leurs apprentissages et leurs rythmes de vie. Les journées sont trop longues, les semaines sont trop courtes, le nombre de jours d’école dans une année est plus réduit qu’ailleurs, l’année scolaire n’est que de 36 semaines là ou la plupart des pays en ont 40 voire plus, les apprentissages sont déséquilibrés et les vacances sont mal réparties, et trop longues pour celles d’été. Bref tout pour mettre en difficulté un nombre important d’enfants dans leurs apprentissages scolaires. Les enquêtes PISA et bien d’autres travaux constatent les dégâts d’une école qui se dégrade, d’élèves de plus en plus nombreux qui échouent et en souffrent, de parents inquiets, d’enseignants déroutés et d’inégalités qui se creusent dans l’institution scolaire.

Malgré cette unanimité, ce n’est pas le courage qui a inspiré les ministres successifs mais plutôt la conciliation des seuls intérêts professionnels, économiques, touristiques et familiaux des adultes.
Prenant appui sur une ultime consultation, celle qui durant l’été 2012 précéda la rédaction de la loi de refondation de l’Ecole de la République, et qui confirmait sur cet aspect des rythmes toutes les précédentes, Vincent Peillon restera ce ministre qui est passé aux actes. Pour donner plus de temps aux apprentissages scolaires, il rétablit une organisation en 9 demi-journées par semaine, n’excédant pas 3H30, avec une pause méridienne de 1h30, des demi-journées de 3H30 maximum, et a retenu un calendrier annuel qui alterne quasiment les 6 semaines de travail scolaire avec 2 semaines de vacances. De plus, une souplesse et une capacité d’expérimentation sont laissées aux acteurs locaux pour répondre aux initiatives et réalités territoriales. Il annonça aussi que la réflexion sur les vacances d’été devait s’accélérer ainsi que sur les rythmes pour les collégiens et lycéens.

La loi de refondation votée par le parlement le 25 juin 2013 fait de cette nouvelle organisation du temps scolaire le droit commun pour tous et va plus loin encore.
En effet elle instaure un temps de travail particulier avec les élèves pris en charge par les enseignants : les activités pédagogiques complémentaires destinées à renforcer l’attention aux difficultés de certains élèves et à conduire des projets collectifs.
Et puis surtout, elle ouvre, sans obligation mais avec une forte incitation et un accompagnement budgétaire de l’Etat et de la Cnaf, la voie au développement d’activités éducatives articulées avec les nouveaux temps scolaires, s’insérant dans des projets éducatifs de territoires et des politiques éducatives locales, rejoignant parfois là où elles existent les activités d’accueil périscolaire et de loisirs associées à l’Ecole.
Bref, un pas historique est franchi. Près de 140 ans après la création de l’Ecole publique, gratuite, laïque et obligatoire, dans le même temps qu’il faut impérativement que l’Ecole soit plus juste, bienveillante et efficace pour tous les enfants, il s’agit d’impulser un nouvel élan éducatif dans un pays qui en a besoin.
Impulser et généraliser, car les pionniers existent : associations et mouvements d’éducation populaire qui ont agi depuis bien longtemps déjà, collectivités territoriales, communes notamment, qui les ont soutenus ou s’en sont inspirées pour leurs politiques éducatives locales. Leurs initiatives concernent aujourd’hui près de 3 millions d’enfants et de jeunes. Mais notre pays en compte 12 millions et demi !
Aussi, dire à tous les enfants qu’ils sont les bienvenus au monde, les outiller pour qu’ils y prennent leur place et apprennent à vivre ensemble, à prendre soin d’eux-mêmes, des autres et des cadres collectifs, les préparer à entretenir et renouveler leurs connaissances et leurs compétences toute leur vie, une vie de bientôt 85 années… Une telle ambition, dans une époque de transition et d’indispensable confiance et imagination à nourrir, sans précédent depuis la Renaissance, appelle la mobilisation de tous les éducateurs et cette extension de la responsabilité publique pour l’éducation partagée : l’éducation de tous, l’éducation pour tous et l’éducation par tous.

Seule une politique publique peut garantir cet élan pour l’accès au bien commun qu’est l’éducation tout au long d’une vie humaine, et les premiers pas sont ici essentiels : ils appellent l’engagement des parents, des familles, de l’Ecole, des institutions culturelles et éducatives publiques, des associations et des acteurs économiques et sociaux. C’est à l’Etat et aux collectivités territoriales d’en permettre la mise en œuvre et de créer les conditions du droit commun pour toutes et tous et l’exercice de cette responsabilité partagée.

Alors oui, les nouveaux temps scolaires, les activités éducatives et les PEDT ont quelquefois été compliqués à mettre en place, mais beaucoup moins qu’on ne l’a fait croire. Enfants, parents, enseignants, associations et collectivités… Ils sont plus des 3/4 à se dire satisfaits, ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas encore améliorer les projets.
Oui, ces nouveaux temps scolaires pour mieux apprendre ne sont pas le seul moyen pour relancer la démocratisation de l’Ecole, rompre avec la machine à trier qu’elle est trop souvent devenue. Mais la loi de refondation comporte bien d’autres dimensions qui se concrétisent déjà : formation professionnelle des personnels, refonte du socle commun et des programmes, scolarisation des moins de 3 ans, lutte contre le décrochage, service public du numérique, école inclusive, éducation artistique, parcours d’orientation, éducation morale et civique, cycles et innovation pédagogique…
Oui, l’éducation nationale est parfois retombée dans ses vieux travers : fixer seule la règle du jeu et normaliser là où, a contrario, la concertation, la coopération, la créativité et la confiance sont les clefs des projets réussis.
Oui, certaines collectivités ont éprouvé des difficultés budgétaires, de locaux, de ressources en animation, mais pour plus de 80% d’entre elles, les ont résolues et ont pris leur part décisive de ce nouvel élan éducatif, alors qu’encore une fois aucune obligation ne leur est faite.
Oui, des associations ont du mobiliser leurs ressources et activités et aussi modifier leur organisation avec des animateurs inquiets à juste titre de la trop grande précarité de leur travail.
Oui, les besoins en animateurs qualifiés, professionnels, volontaires ou bénévoles, sont immenses, mais ce n’est pas un problème, c’est un défi à relever, riche de promesses et de qualités acquises et reconnues, pour la jeunesse notamment.
Oui, l’occasion n’est pas suffisamment saisie de rassurer les habitants sur les talents qu’ils ont et qu’ils peuvent faire partager aux enfants de leurs villes et villages en participant à ces nouveaux projets éducatifs de leurs territoires.
Alors oui, dans un moment où de nombreuses familles sont frappées par le chômage et la pauvreté, dans une France qui s’affiche au 6e rang des pays les plus riches du monde mais compte 2 millions d’enfants qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, dans un pays où la tentation des replis est lourde de conséquences alors que les budgets publics de l’Etat et des collectivités et des organismes sociaux sont sous contrainte, il va falloir choisir.

Mais si choisir c’était renoncer à de meilleures conditions pour apprendre à l’Ecole et renoncer à poursuivre et amplifier ce nouvel élan éducatif, ce renoncement, qui serait aussi une absence de courage, serait une véritable amputation de l’avenir.
Une amputation faite pour préserver les positions acquises, nées dans les meilleurs héritages de celles et ceux qui trouvent leur avenir posé au pied de leurs berceaux. Une amputation qui sonnerait notre acceptation collective de continuer à maltraiter l’avenir de nos enfants et de la France.
A toutes celles et ceux qui n’ont pas manqué de lui rendre hommage, rappelons ce qu’en disait Nelson Mandela :
« Il ne peut y avoir plus vive révélation de l’âme d’une société que la manière dont elle traite ses enfants ».

Eric Favey
Secrétaire général adjoint de la Ligue de l’Enseignement
5/04/2014

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