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Appel à contribution et problématique du futur cahier "Qu’est-ce qu’un élève ?" - [Education et Devenir]
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Appel à contribution pour un cahier d’Education & Devenir.

Présentation de la problématique de ce cahier

L’apparente simplicité de cette question : « qu’est-ce qu’un élève ? » ne saurait nous cacher la complexité de la notion même d’élève. Un élève dira-t-on est une personne assujettie dans l’école à des apprentissages. Au delà de cette délimitation, qui en soi pose déjà de nombreuses questions, la notion même d’élève appelle des approches sémantique, historique, politique, sociologique, philosophique. Finalement, existe-t-il une définition essentielle de l’élève, ou appelle- t-on « élève » des réalités très diverses dans le temps et l’espace ? Quelle serait la différence avec ce qui aujourd’hui apparaît sous la forme élève et n’existe t il pas aujourd’hui même sous cette dénomination une grande diversité ? Sans clarifier ces interrogations, pouvons-nous être au clair avec notre enseignement ? Et ne faut-il pas poser en parallèles une autre question : « qu’est-ce qu’un professeur ? ».
Cette dernière question a fait l’objet d’un cahier sorti en Avril 2014 : « le métier d’enseignant ». Mais le thème de ce nouveau cahier est plus difficile à circonscrire car l’élève ne fait pas directement corps dans l’institution qui s’adresse pourtant à lui, dans son corps comme dans son esprit, pour en faire un sujet. Mais sujet de qui, de quoi, à quoi ? De l’institution, du savoir, de la société, de la culture … ? Comment cette question se complique-t-elle selon qu’on aborde la question du « bon » élève ou du « mauvais » élève qui échappe à notre compréhension, à nos normes, à notre satisfaction. Y a-t-il alors un « métier d’élève ? ».
Élève, le mot, déjà, est lourd de sens. Il a une connotation religieuse : l’âme s’élève, le corps lui reste assis sur une chaise de longues heures, des années durant, parfois, souvent, même à s’ennuyer. N’a-t-il pas aussi une résonance humaniste « élever », faire grandir, n’est pas dresser mais épanouir, révéler. D’autres termes existent comme disciple, étudiant, apprenti, apprenant : sont-ils des synonymes ? Quelles différences portent- ils ? Que disent-ils du rapport à l’adulte qu’il soit magister ou professeur ? De la subordination consentie qu’ils supposent et à qui, à quoi plus précisément ? L’élève est-il un public captif ? Un sujet forcé dont il nous reviendrait de faire le bien parfois malgré lui ?
A partir de ces questions, comment notre école laïque et républicaine l’amène-t-elle à s’élever, à s’émanciper ?
Ne faut-il pas rappeler également qu’un élève, est d’abord un enfant ou un jeune adolescent avec ses pulsions, ses affects, son besoin de jouer, bouger, courir, son désir de « devenir grand », son besoin d’amour et de reconnaissance ? Les modalités des réponses apportées par l’école, pour répondre à ces besoins ne révèlent-elles pas, in fine, la vision, la visée, que notre société a de son futur qui se construit sans cesse grâce aux nouvelles générations ?
Il convient sans doute de poser aussi une autre question : « Qu’est-ce qu’un élève français ? ». Les enquêtes européennes et internationales nous amènent à comparer les modes de fonctionnement des écoles et donc la manière dont l’élève est considéré : son statut, sa posture, son rôle, son action, son identité, la manière dont il construit son devenir. Les réponses venant de l’étranger pourront éclairer nos propres problématiques. La formation qui va être prodiguée aux futurs enseignants dans les ESPE, porte t elle l’espoir de faire évoluer le traitement de l’élève français et comment ?
Souvent les problèmes de l’école sont abordés à travers le prisme de l’institution, de ses réformes, de ses courants pédagogiques, du statut et du métier des enseignants, enfin au travers des inquiétudes et des exigences des parents d’élève. Mais l’élève ? Qu’est-ce qu’un élève ? Celui-ci n’est-il pas le plus souvent défini en creux par rapport aux paramètres cités ci-dessus ?
De quel élève souhaitons-nous parler ? Est-ce le même selon son appartenance sociale, selon son âge, son sexe, selon son orientation scolaire, la décennie, voire le siècle dans lequel il évolue ? A-t-il les mêmes besoins éducatifs et pédagogiques, ses attentes sont-elles de même nature ? Quelles réponses lui sont apportées ? Quelle place lui est donnée ? Quel regard l’élève du 21e siècle porte-t-il sur son école ? Où en est le fossé générationnel ? Comblé grâce aux outils numériques, grâce aux réseaux sociaux ou au contraire plus profond que jamais ? L’élève « augmenté » existe-t-il ? Est-il un être « augmenté » comme les autres ? Peut-il exister sans des professeurs « augmentés » ? Les élèves sont-ils des « digital natives » ?
L’utilisation des outils numériques ne va-t-elle pas renforcer l’individualisation des apprentissages ? Qu’apportent tablettes, smartphones et réseaux sociaux à l’élève ? Comment ces outils, ces nouveaux modes de relation à l’autre sont-ils intégrés aux enseignements ? Comment cette nouvelle réalité sociale est-elle intégrée à l’école ? Quels élèves communiquent avec leurs professeurs via l’ENT de leur établissement ? Et savons-nous si cela apporte une amélioration, au-delà de la forme de contrôle qu’un cahier de texte en ligne implique forcément ?
Les adultes, membres de l’Education nationale, se battent pour leur conception de l’école, selon qu’ils sont de gauche ou de droite, selon le syndicat auquel ils appartiennent. Les réformes se suivent, les ministres de l’Education se succèdent parfois à un rythme effréné. Ces débats contradictoires ont-ils un impact sur les élèves ? Elever un enfant pour en faire quoi ? Quelle éducation doit recevoir un élève ? Faire de lui un humaniste ? Un citoyen ? Un travailleur ? Toutes ces perspectives sont-elles compatibles ou opposées ? La réforme des Rythmes scolaires, telle qu’elle se met en place actuellement respecte-elle l’esprit de la loi ?
Chaque culture, chaque société a une représentation de ce que l’enfant doit devenir. Les familles confient leurs enfants à une institution qui sociabilisera l’enfant. Qui élèvera l’enfant au rang de citoyen (en France, notamment). Mais pas seulement. Ne constatons-nous pas un « écart » entre le discours républicain (liberté, égalité, fraternité, mais également méritocratie et élitisme) et la réalité de terrain : élèves décrocheurs et décrochés, estime de soi mise à mal, fossé se creusant entre ceux qui réussissent à l’école et ceux qui échouent, écoles à plusieurs vitesses. L’élève du lycée Louis Legrand à Paris est-il le même que celui du lycée Saint Exupéry de Marseille ?
Les enfants qui échouent à l’école ne sont pas « élevés » mais « rabaissés ». Quelle forme de résilience pour les élèves qui sortent de l’école sans diplômes, voire frustrés ou abimés ?
Pédagogiquement parlant, il était un temps fort heureusement révolu, où l’on pensait que l’élève était une pâte molle et vierge sur laquelle le professeur imprimait son savoir. Pourtant l’enfant est encore considéré sans prérequis ou si peu… Il est perçu trop souvent comme passif ; il est instruit, évalué, orienté, sélectionné. Il subit ; et subit aussi un « passif » que l’école ne sait pas inverser. Il n’y a pas d’espace de parole autorisée. L’initiative et l’autonomie préconisées dans socle commun ne sont ni enseignées, ni évaluées.
L’école doit pourvoir à la réussite de tous les élèves, c’est un leitmotiv récurrent certes, presque une litanie
« politiquement correcte ». Cette litanie psalmodiée par tout institutionnel a-t-elle cependant le pouvoir de faire réussir les élèves ? La circulaire de rentrée 2014 commence par la phrase suivante : « L’avenir d’un pays appartient à sa jeunesse ». Pour peu que celle-ci ait reçu l’éducation nécessaire pour faire face aux enjeux de l’avenir de son pays !
Pourtant en 1989, Lionel Jospin avait mis l’élève au centre des apprentissages. L’enfant devait devenir « acteur de ses apprentissages ». Il convenait de tenir compte des acquis, savoir et savoir-faire, des représentations pour construire avec lui. Presque 30 ans après, il peut parfois s’auto évaluer lorsqu’il est dans un établissement qui pratique l’évaluation formative, voire formatrice. Mais tous les enseignants souhaitent-ils cette évolution de la relation pédagogique ? Evolution indispensable qui pose la question du statut de l’enfant et qui dépasse la simple relation de l’élève et du maître. L’école aujourd’hui est-elle en mesure de devancer la société, d’anticiper sur les évolutions qui se dessinent déjà ?
Est-il possible de demander aux élèves ce qu’ils pensent de leurs processus d’apprentissages, ce qu’ils souhaitent pour eux-mêmes, comment ils se définissent, comment ils se voient, comment ils se vivent, à quoi ils s’identifient, comment ils définiraient leur réussite ? Cela est-il possible alors que les adultes de l’Education Nationale n’hésitent pas à utiliser les termes lourds que l’on sait pour les définir, les étiqueter. En ce sens quoi de plus édifiant que les appréciations sur les bulletins trimestriels ?
L’élève dit-on, a besoin d’un univers structurant et rassurant pour se construire. Des rituels, des contrats de confiance pour accepter de prendre le risque de se tromper. L’école propose-t-elle cet univers ? Si oui, laquelle ? Comment ?
L’enfant qu’on élève ne « pousse » pas toujours dans la direction qu’on pensait lui donner. Il a son Libre arbitre. Il peut ressentir la nécessité de s’opposer et de se confronter à l’adolescence. Mais quid de la rébellion s’il n’y a pas d’espace de parole autorisée et constructive ? Comment cela est-il géré par les acteurs de l’école ?
L’individualisation du parcours de l’élève est préconisée actuellement. Pour répondre aux besoins de chaque élève, doit-on revenir vers le préceptorat ? Comment combiner la différenciation pédagogique répondant aux besoins individuels des élèves et le développement des valeurs sociales telle que la « fraternité » (apprendre à être solidaire, apprendre à débattre, apprendre à coopérer) si utile pour que nos futurs élèves soient des citoyens imprégnés des valeurs de notre République dans leurs gestes et leurs choix quotidiens comme politiques ?
Peut-on, doit-on, est-il possible de continuer d’être élève lorsque le futur économique, social et politique du monde semble en mutation voire en danger, avec les problèmes de chômage et la montée des extrémismes ?

Ainsi ce cahier projette, d’une part, de porter sur la notion d’élève l’éclairage des sciences humaines et de déterminer si cette notion sous ses divers aspects s’applique encore à l’enfant et l’adolescent aujourd’hui scolarisé dans notre système éducatif. D’autre part, nous souhaitons nous interroger sur l’identité, les composantes essentielles d’un « élève redessiné » tel que dans l’avenir une école démocratique, émancipatrice, lui permette d’affronter l’avenir.

Pour toute contribution, merci de contacter :
- Cathy MARRET : marretcathy@aol.fr
- José FOUQUE : jose.fouque@free.fr

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