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conférence nationale sur l'évaluation - Paris 11 et 12 décembre 2014 - [Education et Devenir]
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Témoin attentif de ces journées, notre ami Gérard MOREAU a pris des notes fournies et rend compte avec précision des conférences et témoignages entendus au long de ces deux journées

- CONFERENCE NATIONALE SUR L’EVALUATION DES ELEVES -
- Journées de l’évaluation -
11 & 12 décembre 2014 - ENSAM - Paris.
Compte tendu réalisé par Gérard MOREAU

J’ai pris 22 pages de notes, je ne pourrai donc vous rendre compte en un seul message de ce tohu-bohu jubilatoire. 1200 demandes d’inscriptions, 800 acceptées, mais sans doute 600 présents et un dispositif de contrôle à l’entrée digne du passage de la frontière en RDA avant la chute du mur.
Ambiance très réactive et chaleureuse, un applaudimètre au zénith après les interventions et les témoignages. Antoine PROST, Jean-Marc MONTEIL et Pierre MERLE déclenchant des salves d’applaudissements soutenues de même que les équipes de collèges et d’école venues dire leur engagement et décrire leur démarche avec bonheur, conviction et simplicité.
Cette ambiance très militante fait dire au "Café pédagogique" qu’il n’y a pas eu de débat ni de recherche du consensus ! Ceux qui sont venus de toute la France pour écouter et conforter leur engagement étaient sans doute déjà convaincus ; mais la conférence de consensus s’est déroulée en 2011 et n’a abouti à aucune décision politique. Faut-il, selon un travers bien de chez nous, reprendre toujours le débat et la concertation, qui trop souvent se résume à une stratégie qui consiste à tenter d’imposer son point de vue plutôt qu’à dégager un compromis qui permet de faire bouger les lignes.
Si la vicomtesse de la rue de Grenelle est décidée à engager le fer sur ce chantier, à faire preuve de courage politique, alors nous sommes prêts à soutenir cette révolution en faveur des enfants, ce changement de paradigme et à froisser quelques égos qui considèrent que la note, comme le redoublement, est l’expression de la norme et du pouvoir discrétionnaire du prof. S’il faut provoquer une nouvelle "nuit du 4 août", nous en sommes !
Florence ROBINE, DGESCO, ouvre les journées en rappelant qu’il s’agit de couronner la réflexion engagée en septembre 2014 dans le cadre de la refondation avec la conviction que le pari serait gagné et qu’un consensus se dégagerait sur le sujet. L’évaluation est au cœur du métier d’enseignant, au cœur de la relation pédagogique et de la relation avec les élèves et les parents.
Les recommandations du jury, composé de parents, d’associatifs, de chefs d’établissement, d’inspecteurs, d’enseignants, présidé par Etienne KLEIN seront formulées en janvier 2015. Elles viendront enrichir les propositions du CNESCO et du CSP ainsi que les contributions de 17 000 enseignants, parents, élèves remontées vers le MEN. "Quelque chose doit changer afin que l’école soit plus juste et plus exigeante avec elle-même".
Pilier de la refondation, "l’évaluation doit être positive, simple, lisible, mesurer le degré de connaissances et de compétences de chaque élève en individualisant les approches. Ce qui importe c’est le parcours de l’élève, ses progrès, le statut de l’erreur, la question de la moyenne et les modalités de validation du socle, du DNB puis du Bac. Celles-ci doivent évoluer afin de rendre compte de façon pertinente des capacités et du potentiel des élèves.
Il va de soi que cette "révolution culturelle", ce changement de paradigme, impliquent un investissement fort en formation initiale et continuée, une mobilisation de conviction, sans faille, de l’administration et des corps intermédiaires pour dynamiser, porter, accompagner les initiatives et les expérimentations qui devraient fleurir et se multiplier.
Antoine PROST, comme l’avait fait Claude LELIEVRE lors du salon de l’Education, se propose de remettre en perspective les pratiques d’évaluation depuis le XVIIIe siècle, marquées par l’approche des "Bons pères Jésuites". Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’évaluation est orale, on juge l’élève dans le cadre d’un dialogue avec le jury qui rend une sentence (les Jésuites) qui se traduit par "trois notes" ou trois niveaux : Admis (1), douteux (2), ou refusé (3). Le Bac, qui ne comporte que quelques épreuves sur les humanités est délivré par votation du jury à l’aide de boules de couleur -noires, blanches, on y ajoutera du rouge plus tard.
Les pratiques pédagogiques sont d’une autre nature, elles reposent sur quelques heures de cours données par un régent "pluridisciplinaire" complétées par de très nombreuses heures d’études encadrées par un " répétiteur". Devoirs écrits chaque jour, correction en classe, autocorrection par les élèves, lecture des meilleures copies.
Le passage de la sentence à la note sera initié par " les grandes écoles", déjà, 1775, Ecole des Ponts et Chaussées, début 19e, Polytechnique, tout cela pour justifier le classement de sortie. En 1880 intervient le début de la spécialisation des profs, le conseil de classe, le bulletin trimestriel et en 1890 l’introduction par Léon BOURGEOIS de la notation sur 20 pour les compositions.
Le caractère élitiste de l’école s’affirme, on construit une élite par le haut à l’aide du classement
Antoine PROST : Dans le primaire, l’école du peuple, la philosophie éducative est tout autre ; pas de classement, "l’acquisition des fondamentaux" concerne tous les élèves et l’école les prépare à l’entrée dans la vie ( relire les instructions de Jules et de Ferdinand BUISSON).
En 1880, le certificat d’études n’est présenté que par les meilleurs élèves sur 4 épreuves pour les garçons, cinq pour les filles, futures ménagères, elles subissent une épreuve de couture. L’enseignement s’organise en fonction du rythme des apprentissages ; il est structuré autour de trois cahiers : Cahier du jour, cahier de roulement, cahier mensuel. Ils permettent à l’élève de suivre sa progression, d’enregistrer ses progrès, de se motiver.
Le drame actuel, dit Antoine, participe de la tendance lourde à vouloir "secondariser le primaire et, dans certains cas, la maternelle" alors qu’il faudrait "primariser" (comme ce fut le cas avec l’Ecole primaire supérieure, le cours complémentaire et les CEG) le collège.
On constate que la note est perverse pour les "élèves qui savent" et qu’elle " tue les apprentissages" pour les autres. Il convient de n’évaluer que si on a préalablement proposé des "devoirs d’apprentissage" ; on n’exige des élèves que ce qu’on leur a appris.
Un échange s’est instauré sur le statut de l’erreur, ce thème sera évoqué de nombreuse fois au cours de ces deux journées.
Agnès FLORIN, universitaire, met l’accent sur le climat scolaire, la confiance, l’estime de soi, le statut de l’erreur, la crainte de la " mauvaise réponse (voir PISA et les non réponses des élèves français) .
Evaluer fait partie de l’acte d’enseigner en appréciant ce que sait l’élève, il sait toujours quelque chose, et ce qu’il doit apprendre pour progresser. Il faut d’abord aider les élèves à mieux apprendre et éviter les évaluations " usine à gaz" (par exemple le livret de compétences).
L’acte pédagogique et éducatif doit conduire l’enfant à prendre confiance en lui afin qu’il puisse s’exprimer, participer, vaincre ses inhibitions et s’épanouir en maîtrisant ses émotions, sa pensée, son comportement.
La notion de "bien-être" est fondamentale ; l’enquête conduite à Nantes sur 1 000 élèves met l’accent sur : l’ennui des cours magistraux, l’absence de travail collaboratif, l’ignorance des connaissances des élèves, la masse de devoirs (on fait à la maison ce qu’on n’a pas fait en classe), l’absence d’encouragements et de félicitations, la crainte des mauvaises notes. Le jugement des profs touche l’enfant plus que l’élève et décourage trop souvent quand il n’est pas déplacé.
Nous sommes invités à promouvoir une Ecole de la confiance qui fonde son action sur la coopération entre direction, enseignants, parents et élèves.
Question de la salle : " Pourquoi le changement est-il si difficile ?"
Le changement c’est une "position dynamique de déséquilibre" qui inquiète. La résistance au changement est consubstantielle d’une mentalité conservatrice tournée plus vers le passé que vers l’avenir, un refus de se remettre en question (voir les réactions aux premières enquêtes PISA), enfin, à l’absence de trois facteurs majeurs :
- un consensus transpartisan sur les objectifs de l’éducation pour le pays :
- un courage politique défaillant quel que soit le gouvernement.
- un environnement syndical hyper corporatiste qui a perdu toute capacité de réflexion globale sur les indispensables évolutions du système.
En outre, la formation des enseignants n’est toujours pas à la hauteur des défis de l’heure ; comment apprend-on le métier ? Quelle sensibilisation à l’éducation comparée ? Les programmes et les orientations ne s’inscrivent pas dans le temps, après l’ordre on attend le contre-ordre .
Les questionnements et témoignages qui suivent montrent combien la préoccupation relative à une "évaluation positive" est forte et prégnante de la part de tous les acteurs. Le climat des écoles et des établissements apparait comme un élément central de la réussite des élèves. La prise en charge des difficultés scolaires doit intervenir très tôt afin d’agir préventivement et non de manière curative, démarche de plus en plus délicate au fur et à mesure que l’âge des enfants avance.
L’aide doit se mettre ne place dans la classe et non en dehors, à tout le moins dans l’école en s’appuyant sur des enseignants formés.
Le socle est-il "partageable" dans le cadre des PEDT ? Les progrès et les acquis hors de l’école sont-ils reconnus par l’école ?
L’ennui, le "ne rien faire" ont des vertus, l’enfant doit pouvoir s’évader. Le rôle de la famille est déterminant.
Comme celui des élèves , le "bien-être" des profs est essentiel, il repose pour partie sur le travail collectif et collaboratif trop peu répandu.
De l’EPCC au contrat participatif d’évaluation : Philippe ROEDERER, IEN 1er’ degré, Catherine MASSICOT, PE, CP-CM2, Pontault-Combault :
En s’appuyant sur la théorie d’André ANTIBI "évaluation par contrat de confiance", L’IEN de circonscription a initié une démarche collective de réflexion qui à permis de réinterroger le processus d’évaluation et d’élaborer un protocole partagé d’accompagnement des élèves. Cette opération concerne 70% des enseignants de la circonscription.
Catherine MASSICOT parle d’expérimentation fondée sur de la formation et des convictions, avec le soutien appuyé et constant de l’IEN, soutien déterminant. Le travail des enfants est interactif, préparé en amont au sein de la classe ce qui a un effet sécurisant. Les élèves deviennent acteurs du processus d’acquisition de leurs savoirs, connaissances et compétences ; il sont autonomes et maîtrisent une méthodologie de travail.
Le lien "école - famille" est très fort ce qui permet de dédramatiser les apprentissages qui relèvent d’une "fiche de réussite" formalisant "ce que je dois apprendre et les exercices que je dois faire" pour progresser en classe.
Nous sommes au cœur d’un vrai projet de circonscription que les enseignants se sont appropriés et qu’ils portent et améliorent collectivement.
André ANTIBI a rappelé que quelle que soit la classe, l’enseignant, qui ne maîtrise pas la culture de l’évaluation, répartit inconsciemment les élèves en trois groupes de façon à ce que la moyenne générale de la classe s’établisse à 10. Ce qui implique que le travail et les progrès ne sont pas récompensés à leur juste valeur. Il importe que le plus de travail possible soit effectué et corrigé en classe dans un climat de confiance. Les élèves ne sont donc interrogés que sur ce qui a été étudié en classe et sur des exercices testés dans les mêmes conditions, pas de mauvaises surprises ou d’exercice piège qui déstabilisent les "moins bons" ; si on travaille, on réussit. La note médiocre est la conséquence directe de l’absence de travail et d’investissement.
Il importe de faire évoluer les mentalités, évaluer ce n’est pas contrôler et encore moins faire chuter. Ce qui veut dire que la progression est adaptée au profil des élèves, on ne fait pas le programme pour le programme, la difficulté des exercices tient compte du niveau de la classe et vise à la faire progresser en se fixant des objectifs exigeants.
Si je devais résumer cette séquence : 1) l’engagement des cadres est un élément déterminant, 2) une culture de l’évaluation est indispensable, 3) elle doit faire partie intégrante de la formation initiale et des formations sur site, 4) les parents doivent y être associés et initiés, 5) Les programmes doivent être moins corsetés et relever plutôt du cadre adaptable avec souplesse que de l’injonction.
C’est dire "que la pente est raide et que la route est longue !" ;
Collège Gérard PHILIPE, Niort : Marie-Christine MEZON, principale, Cécile-Clotilde ZIEGLER, professeur, Léa REVRANCHE, élève.
C’est à partir d’une réflexion de l’ensemble de la communauté éducative que le projet de l’établissement a été réécrit et que la question des modalités de l’évaluation s’est imposée à tous. Ce qui a facilité notre engagement c’est le lien fort entretenu avec les chercheurs de l’Université de Poitiers dont les travaux ont alimenté notre réflexion et nos débats.
Le propos de Cécile-Clotilde ZIEGLER me semble résumer le cheminement des acteurs :" A partir du moment où nous avons changé notre regard sur les élèves, nous avons ouvert tous les possibles". L’interdisciplinaire est devenu la référence pour traiter les tâches complexes, cette mutation s’est appuyée sur de la formation et sur la volonté de dédramatiser l’évaluation et de valoriser les progrès en dehors de toute notation. Les travaux de groupe, la solidarité entre les élèves, la coopération, le travail collaboratif ont été encouragés. On notera que si l’évaluation individuelle reste la référence elle est influencée par un apport collectif qui, de fait, renvoie la notion de "copiage" aux culs de basse fosse. Enfin, comme dans l’école Vitruve à Paris, les élèves sont invités à reformuler pour leurs camarades les règles appliquées en orthographe, maths...Cette reformulation se fait avec aisance dans le langage des enfants, les questions fusent , le propos est fluide , et l’intervenant peut mesurer la qualité de sa réappropriation par la maîtrise des contenus ; le bénéfice collectif est considérable pour tous !
Les questions posées portent sur l’individualisation " on prend les enfants tels qu’ils sont" (Professeur Lycée Descartes Rennes), l’orientation, comment résoudre le problème des capacités d’accueil dans les filières de LP ? Quelle charge horaire pour le travail d’équipe ?
Il va de soi que les enseignants engagés dans ce projet et motivés ne travaillent pas chronomètre à la main ; le plaisir et la satisfaction tirés de cette approche font que l’horaire statutaire n’a plus grand sens dans le débat ; la principale précise qu’elle entend utiliser toutes ses marges de manœuvres et toute la souplesse de sa DHG, dont l’utilisation est débattue et concertée, afin que le "retour" vers les acteurs engagés soit aussi positif que possible.
Enfin l’équipe a élaboré des "référentiels communs " aux disciplines : Ecrire, Créer, lire, dire et écouter, savoir, pratiquer, agir et savoir-être, raisonner. Ces "référentiels" sont connus des élèves et évalués dans tous les champs disciplinaires. Un paysage éducatif stabilisé et rassurant.
Evaluation, orientation et insertion professionnelle : Françoise VOUILLOT, INETOP, Pierre FERRACCI, président du CNEE, Patrick VENEAU, Céreq, Mehdi CHERFI, CSAIO Créteil.
Les propos du CSAIO sont à la fois très classiques, un peu techno, mais ouvrent aussi quelques perspectives. L’orientation et l’affectation sont actuellement fondées sur le livret scolaire, sur les notes, les appréciations, et fort peu sur les compétences et sur les potentialités des élèves. Comment les élèves peuvent-ils se projeter dans l’avenir ? A quel moment la motivation et les compétences extrascolaires sont-elles prises en compte ? (poser la question c’est avoir la réponse).
La régulation du système conduit "au tri" dont l’acceptabilité sociale est délicate ceci d’autant que cette contrainte ne s’applique qu’aux élèves dont les "résultats" sont considérés come insuffisants. Il y a bien renforcement des inégalités et discrimination sociales.
Pourrait-on pratiquer différemment ? Il n’a pas été répondu à cette brûlante question.
Françoise VOUILLOT a traité de son thème habituel : l’orientation sexuée, la présence des filles dans les différentes filières. Travaux passionnants, mais rien de nouveau sous le soleil.
L’Homme du Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) soulève la question qui fâche : "l’évaluation des élèves, et celle des enseignants ?". Il rappelle combien l’enseignement professionnel et technologique a évolué en profondeur, en raison de sa relation avec le monde de l’industrie et l’environnement économique, de son souci permanent du "débouché professionnel" pour ses élèves même si ceux-ci poursuivent le plus en plus des études supérieures, en BTS et en IUT, mais aussi en écoles d’ingénieurs ou dans les écoles de commerce.
Le contrôle en cours de formation (CCF) et la notion de projet, présenté à l’aide d’un commentaire oral, ont profondément changé la donne et donné du sens à la notion de compétence à travers une performance évaluée et validée.
Pierre FERRACCI, président du CNEE, chef d’entreprise.
Sans être partisan de l’adéquationisme en matière de formation l’intervenant insiste sur la nécessité de rapprocher la culture scolaire et la culture d’entreprise dans le cadre du socle afin de mieux préparer les jeunes à l’entrée dans la vie active par la découverte concrète des métiers.
Il lui semble également important de développer le travail collectif, l’esprit d’équipe, la réalisation de projets qui permet le croisement des compétences, le développement de l’intelligence collective qui sont recherchés dans les entreprises. Cette approche, implique une autre évaluation et surtout une relativisation de la compétition individuelle qui doit se concrétiser par un développement des TPE, des projets, des prises de responsabilités au sein d’instance telles que le CVL, la MDL, les Juniors Associations....
Les entreprises les plus dynamiques, les plus innovantes, recherchent des jeunes audacieux, autonomes, qui acceptent la prise de risques, font preuve d’esprit d’initiative dans la conduite des projets.
Il faut " sortir du cadre", inventer, s’inscrire résolument dans une perspective de formation tout au long de la vie.
Sur un premier poste il est essentiel de demander à découvrir l’entreprise, de poser des questions, de faire valoir ses qualités personnelles, ses capacités d’initiatives en les validant auprès des plus aguerris. On doit se demander ce que l’on peut apporter à l’entreprise et ce qu’elle peut vous apporter. Le conformisme c’est le contraire de l’audace !
- Vendredi 12 décembre : Jean-Marc MONTEIL, ancien recteur, professeur au CNAM.
Une certitude avec Jean-Marc MONTEIL la langue de bois est bannie. Evaluer c’est juger, il convient donc d’interroger le système et ses objectifs et se poser les bonnes questions : Pourquoi évaluer ? Sur quoi évaluer ? Comment évaluer ?
- Pourquoi ? Mesurer les écarts, comparer le résultat et l’objectif. Distinguer l’évaluation formative : la progression souhaitée est-elle réelle ? Quelles notions sont maîtrisées, non maîtrisées ? De l’évaluation sommative : mesure de l’accumulation des connaissances, cela a-t-il du sens ? La moyenne est une aberration, elle ne dit rien des progrès réalisés.
Sur quoi ? Elaborer la tâche que l’on veut mesurer, privilégier le moment de la mesure (Lundi matin ?), adapter sa pédagogie, développer le travail en équipe pour aborder les tâches complexes ; tenir compte de "l’intrusion du numérique" et de " l’obésité informationnelle".
Comment ? Disposer d’outils pertinents construits en commun (travail d’équipe sur un engagement collectif et sur la conviction qu’il est indispensable de changer de "paradigme"). Passer d’une échelle d’intervalles (les notes) avec ses dérives , ses biais et ses extrapolations abusives. Exemple : un enfant obtient 8 puis 8 à deux devoirs, il n’a pas progressé, résultats médiocres ; s’il obtient 17 puis 17, c’est bien, bons résultats. Pourtant les deux ont stagné !
A une échelle de rapports : couleurs ou ABCDE. Ceci évite de confondre notes et performances d’autant que nous savons tous que la machine humaine est imparfaite et que son jugement est biaisé par sa personnalité.
Le résultat d’une politique d’éducation devrait être pour chaque enfant une courbe en J, or, elle est généralement en "cloche" ( Cf Antibi, la courbe de Gauss et la constante macabre).
Comparaison : les effets des comparaisons sont délétères et défavorables aux élèves les moins brillants ; ils les découragent.
Il conviendrait : de mettre un terme à la hiérarchie des disciplines (Pb des coefficients), de contextualiser les activités, d’équilibrer, d’ajuster les appréciations (ne blesser personne), de valoriser l’identité sociale. Enfin, toute démarche en faveur d’élèves en difficultés qui se révèlent doit rester neutre et impersonnelle (Féliciter nominativement un élève en difficulté qui a progressé c’est le déstabiliser, le mettre en lumière, alors qu’il veut rester dans "le groupe" sans se distinguer. Le compliment devra être global et anonyme "des élèves ont très largement progressé, bravo à eux !". (Cette approche avait fait l’objet d’une longue démonstration en 2001, lors des rassemblements de Poitiers et de Marseille suite aux travaux menés à l’université de Clermont-Ferrand par les équipes de JM Monteil).
Questions : Pourquoi ne regarde-t-on pas ailleurs ? La moyenne pose un réel problème ! le niveau d’exigences ne va-t-il pas baisser ? Et le problème du redoublement ?
JMM : Il faut éradiquer le jacobinisme, comme le disait Philippe JOUITARD "la bête n’est pas morte", et privilégier le " Bottom-Up".
- Les programmes doivent être adaptés au terrain ce qui implique qu’ils ne soient pas détaillés au micron près, qu’ils constituent un cadre avec des objectifs à partir duquel les équipes élaboreront des contenus.
- La formation doit intégrer les progrès des neurosciences et tout enseignant devrait savoir comment fonctionnent le cerveau, la mémoire...
- Encourager le travail collectif et collaboratif.
- Ecouter les acteurs (missions des inspections).
- Revoir l’organisation des établissements (autonomie).
- Donner du sens aux conseils de classe, attention à la " psychologisation" des difficultés rencontrées par les enfants.
- La moyenne, le système des compensations, n’ont aucun sens, ils masquent les lacunes et ne permettent pas d’attester de la maîtrise des savoirs, des connaissances et des compétences.
- Privilégier le formatif, " les profs finissent le programme, les élèves pas tous !".
- Un système d’évaluation sans notes n’entraine pas une baisse des exigences, au contraire, puisque chaque notion, chaque exercice, fait l’objet d’une évaluation nuancée, adaptée, qui valorise les progrès, les acquis, et repère les notions a acquérir.
- Le redoublement repose sur une gestion éducative par " le pouvoir", celui du professeur, or, la bonne approche est celle de l’organisation générale des enseignements et de l’année scolaire ; un système modulaire qui permet de "repasser" une épreuve médiocre, une année scolaire non linéaire qui ne serait structurée ni par les programmes ni par les examens et les concours, seraient bien plus favorables à la réussite de chacun à son rythme et en fonction de sa progression dans le cycle.
"L’institution ne peut plus fonctionner de manière injonctive "par le haut", elle doit écouter et échanger avec le terrain, c’est ainsi que nous serons créatifs".

"Evaluation en pratique(s), les notes quand et pourquoi ?" Viviane BOUYSSE, IGEN, Elisabeth BAUTIER, professeur des universités.
"L’évaluation à l’école élémentaire" : Stéphane RESPAUD, IEN CCPD, Virginie BORDOT, professeure des écoles Toulouse.
Cette expérimentation s’inscrit, comme les précédentes, dans un projet global de circonscription élaboré à l’initiative de l’IEN à partir d’une réflexion collective sur les effets de la notation et ses conséquences. Les enseignants engagés volontairement dans le processus ont d’abord identifié les degrés d’acquisition et les scores de réussite des enfants en pratiquant des évaluations individualisées.
La démarche collective s’est organisée autour de quatre moments :
- Quels sont les apprentissages à réaliser ? Moment interactif avec les élèves.
- Quels sont les pré-requis à revoir ? Interactif avec les élèves ;
- Définir les temps d’apprentissage ; Quand et comment j’apprends.
- Action : j’apprends, je m’entraîne, je m’auto-évalue. Cette phase de travail comporte des exercices préparatoires à l’évaluation et à l’autoévaluation, qui se matérialisent visuellement sous la forme d’une ligne brisée. Des séquences "d’aide" sont programmées dans et hors de la classe ; l’élève devient "expert" et éventuellement "tuteur".
L’objectif est de clarifier la démarche, dédramatiser, dialoguer avec les enfants, développer la concertation entre les enseignants. Les enfants sont fortement impliqués ce qui leur donne un sentiment d’efficacité, une réelle lucidité au regard de l’évaluation, une mise en confiance confortée par un travail dont la progressivité est acceptée et comprise sans qu’à aucun moment le niveau d’exigence soit remis en cause.
La forte cohérence du dispositif rassure les enfants et les enseignants ; un travail collectif de régulation met en confiance et amène naturellement à s’interroger sur "la manière d’enseigner".
Viviane BOUYSSE rend hommage à la coopération pour faire réussir les élèves ; une démarche qui a du sens pour les enfants et pour les familles. Elle met en exergue l’expertise didactique de l’équipe et l’importance "des parcours d’apprentissage" qui permettent de corriger ses erreurs en confiance, en sécurité. Il est essentiel de distinguer "le faire de l’être".
Elisabeth BAUTIER insiste sur le travail collaboratif des enseignants en équipe "C’est ça préparer un cours" ! Elle interroge au passage la formation des futurs enseignants qui ne semble pas prendre en compte ces dimensions du métier.
Il convient de ne pas confondre "bienveillance" avec "perte d’exigences", il faut savoir "dilater le temps", réévaluer le temps nécessaire, en fonction des particularités des élèves (les Dys). Eviter le travail hors de la classe afin de ne pas aggraver les inégalités sociales. Les élèves sont demandeurs de "l’aide de l’école". Enfin, elle insiste, fort justement, sur le rôle déterminant, crucial, moteur et mobilisateur des corps d’inspection, dont le rôle et les missions doivent rapidement évoluer du contrôle vers l’évaluation, le conseil, l’accompagnement et le soutien.
Réactions : Nombreuses sur le rôle des "inspecteurs" et sur la gestion souple du temps qui relève souvent de la mission impossible eu égard à la contrainte de programmes délirants. Importance du projet de circonscription et du projet d’école, qui ne doivent pas être des exercices formels visant à satisfaire "l’autorité académique".
Viviane BOUYSSE, qui se défend de conclure, invite à ne pas confondre " Idéal et habituel" et " à faire d’un objet de controverse un objet de débat et de formation".
Evaluation motivante et croisement disciplinaire", Collège René CASSIN, Loos-en-Gohelle. Catherine BOURGEOIS, principale, Céline WALKOWIAK et Francis BLANQUART, professeurs.
La démarche présentée par la nouvelle principale repose sur la mobilisation du "collectif enseignant "suite au constat alarmant d’un collège qui part à la dérive et que ses élèves fuient ou se démobilisent. Il fallait réagir et remettre à plat l’exercice du métier, les pratiques pédagogiques, les modes d’évaluation, renforcer la cohérence du transdisciplinaire.
Le constat conduit à une prise de conscience et à la nécessité de se former pour "refonder". Avec l’appui de l’académie l’équipe du collège va bénéficier de 100 h de formation sur site en trois ans : Comment renforcer la cohérence éducative et pédagogique ? Privilégier l’approche par compétences, repenser les formes d’évaluation, comment pratiquer une évaluation différenciée ? Comment développer des évaluations collégiales ? Quelles sont les sources de la motivation des élèves ? Quel statut donner à l’erreur ? Comment conduire des entretiens d’explicitation et d’analyse des erreurs ? Histoire des arts, comment évaluer les connaissances ?
Ces attentes ont été formalisées dans le "contrat d’objectifs", de même que la volonté de proposer une formation commune "école-collège" sur nombre de questions.
Le projet d’établissement repensé privilégie les cours interdisciplinaires et les évaluations motivantes. L’emploi du temps est conçu en fonction des objectifs du contrat et en optimisant les moyens de l’établissement. Une heure est consacrée à l’interdisciplinaire, et une heure au "débriefing" : reprise sur les "non acquis", explicitation des erreurs...
Trois axes constituent la colonne vertébrale du projet et du contrat :
- Favoriser l’épanouissement des meilleurs comme des " plus faibles".
- Améliorer le climat scolaire à partir des nouvelles pratiques éducatives et pédagogiques.
- Privilégier des parcours adaptés au rythme de chacun.
Pour l’équipe comme pour la principale "L’innovation doit devenir la norme" et " notre école doit être l’école du raisonnement, de l’exercice de la pensée, de la responsabilité et non l’école de la seule restitution".
Viviane BOUYSSE : souligne l’importance du travail et de la réflexion collectifs qui aboutissent à une formation "sur mesure", la richesse de l’action locale et les effets mobilisateurs de l’autonomie. Ce qui devrait conduire à une approche non injonctive de l’évolution des pratiques, poser le cadre, l’orientation politique et faire confiance aux cadres et aux équipes pour le " faire".
En outre, elle dénonce le fait que " les innovateurs doivent se justifier en permanence du maintien des exigences, alors que la question de savoir si "ceux qui se contentent de mettre une note ont des exigences", n’est jamais posée".
Question d’un IPR : " Comment aborder les compétences transversales, Rythme des évaluations ? Quelles appréciations ? Place des parents ?
La cohérence du projet repose sur une mobilisation collective de tous les acteurs : professeurs, CPE, administration, direction ; un retour vers les parents, qui ont été associés au projet, a lieu régulièrement. Le rythme des évaluations est régulier, connu, transparent. Les appréciations sont pesées, elles stimulent et encouragent, elles peuvent si nécessaire être élaborées collégialement.
Entre les acteurs, comme avec les élèves, le débat et le dialogue sont permanents et reposent en particulier pour les élèves sur un entrainement à l’échange.
Gery MARCOUX, enseignant chercheur, faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, université de Genève.
Insiste sur l’importance de la formation des pédagogues, sur le rôle des ESPE dans le mouvement de refondation.
Collaborer, travailler en équipe, c’est l’inverse de la compétition échevelée. Il conviendrait donc de s’interroger sur les notions de mérite, de "méritocratie", de classement, "d’élitisme républicain", du rôle du diplôme, et de ce que signifie "l’effort" ; toutes questions que semble-t-il l’Institution évite de se poser.
Chacun doit avoir conscience de l’extrême difficulté de conduire des politiques de changement qui s’inscrivent dans un temps long alors que le temps politique est court et que n’existe pas, en France, de consensus transpartisan sur les grands objectifs d’une Education pour tous qui ne confondrait pas " bienveillance et laxisme", en un mot une "Ecole juste et efficace".
"Faut-il faire évoluer la notation ?", Pierre MERLE, professeur à Rennes II et à l’ESPE de Rennes.
Les arguments en faveur du maintien de la notation, confondue avec l’évaluation, relèvent de la croyance, d’une fausse image de sérieux et de l’irrationnel. Les études démontrant que ce thermomètre est un mauvais instrument de mesure ne manquent pas ; certaines remontent aux années 30 et portaient sur une série de copies du Bac dans une épreuve à coefficient 7, les écarts sur une même copie corrigée par trois correcteurs différents étaient de 4,5 points, soit 31,5 points coefficientés ! ¨Par ailleurs, en docimologie, on a constaté l’effet de nombreux biais qui faussent l’objectivité de la note.
- L’ordre de correction des copies, la qualité des premières copies corrigées, bonnes ou mauvaises elles influent sur l’humeur du correcteur.
- L’effet établissement, en particulier lors des épreuves orales. Etre issu d’un lycée "élitiste" ne renvoie pas la même image que si vous êtes scolarisé dans un "bon" lycée du centre de l’académie. La réputation de l’académie ; une académie régulièrement en tête du hit parade du Bac peut amener ses correcteurs à agir "inconsciemment" pour maintenir ce classement...
- Le théorème de Posthumus (Théorie des graphes, Claude BERGER, Paris IV) qui veut que la répartition des notes quelle que soit la qualité des copies se traduise par une courbe de Gauss ; c’est aussi ce qu’avancent ANTIBI et Jean-Marc MONTEIL.
S’y ajoutent des biais individuels : identification de l’origine sociale, du genre, effet des notes sur les "bons" élèves, sur les élèves a-scolaires, sur le bien-être scolaire, l’angoisse, l’apprentissage des élèves en difficulté, le cumul des échecs, l’humiliation des appréciations, le statut des disciplines...
Le système conduit les élèves à se situer entre eux et non par rapport à leurs propres progrès, il organise de fait la compétition et le tri plutôt qu’il ne favorise le "travailler ensemble". On peut constater que les logiciels dont disposent les établissements ont parfois des effets pervers (Pronote), "Orwellien" dit Pierre MERLE. On fabrique des "vaincus de la scolarité" parce qu’on ne prête pas suffisamment d’attention aux conditions de travail en classe et aux besoins personnalisés des élèves.
Dans d’autres pays européens, ou aux USA, on utilise d’autres systèmes d’évaluation : lettres (ABCDE), Couleurs (vert, jaune, orange, rouge), en Allemagne on note de 1 à 6 avec une note médiane à 4, en Finlande on note de 4 à 10 avec une médiane à 5.
Il convient d’insister sur la nécessaire cohérence des changements, ou des systèmes mis en place : Socle, donc continuité ""Ecole - Collège", donc évaluation par compétences avec des couleurs ou des lettres, les cycles devraient conduire à la fin du redoublement en veillant aux effectifs par classe, à l’hétérogénéité et à la mixité sociale. L’évaluation doit être bienveillante, on évalue l’élève quand il "est prêt" et il dispose d’un droit "de refaire" s’il a échoué.
Les acteurs : le Ministère, en évitant le maintien d’une approche Taylorienne "je pense, j’orchestre, vous exécutez", les ESPE dont les modules sur la , ou les, pratiques de l’évaluation" doivent être plus conséquents, les parents, comme les élèves, qui doivent comprendre et s’approprier le système, être rassurés, sereins, les enseignants qui se doivent d’aborder la question collectivement et de manière collaborative afin que la pratique retenue soit lisible, compréhensible et cohérente.
Il est essentiel de faire appel à l’intelligence collective.
Notre objectif doit, devrait être que " tous les élèves sortent du " rouge", que chacun puisse monter l’échelle".
Penser ou affirmer que les notes seraient un outil au service de l’autorité des enseignants est illusoire.
Reste la question des certifications et des examens dont le mode de délivrance devra évoluer (Notes, coefficients, compensation, moyenne) afin de renforcer la cohérence globale du système et d’attester de la maîtrise effective des connaissances et des compétences acquises pendant le parcours de l’élève ou de l’étudiant.
"L’Ecole et les parents d’élèves", Ecole Molière, Arras. Rose-Marie BLOQUET, directrice, Michelle BAILLY et Jennifer MANSOUR-NARS, parents d’élèves.
Le témoignage particulièrement chaleureux, vivant, enthousiaste, convaincu, de la Directrice a suscité une grande réactivité de l’amphi et provoqué des salves d’applaudissements et des rires parce que Rose-Marie "vivait" son témoignage !
Après un séjour en Nouvelle Calédonie et à Mayotte, arrivée à Arras. Analyse de l’environnement de l’école et décision, en concertation avec l’équipe, de mettre l’accent sur le relationnel, la qualité de l’accueil et la confiance.
Urgence, améliorer le climat scolaire et les relations avec les familles. création d’un conseil des enfants, accueil des parents, visite des lieux, création d’un espace parents et remise de la mallette des parents.
La notion d’appartenance à la communauté et le travail coopératif est développée auprès des enfants. Le mercredi matin les heures de classe sont décloisonnées en classe "multi-âges", ateliers d’échecs, théâtre, journal, bricolage, co-animés avec des parents volontaires.
Des formations à la "communication sur le bon mode", au respect du dialogue et de la démocratie à l’école ont été organisées.
Les parents confirment les initiatives prises et le changement radical du climat dans l’école ; ils s’y rendent en confiance, s’expriment et proposent, les enfants sont heureux d’aller en classe et les enseignants satisfaits et détendus. Que demande le peuple ?
Olivier BARBARANT, IGEN : Il est essentiel de trouver le bon équilibre entre les apprentissages et les liens sociaux et culturels ; de partager code et langage pour se comprendre. La présence souhaitée et acceptée des parents dans l’école permet des relations apaisées.
Daniel FABRE, universitaire : Une alliance coopérative et collaborative a toujours des effets positifs ; il ne faut pas hésiter à parler des peurs, des émotions des uns et des autres en confiance. Il convient de construire le changement ensemble pour la réussite des enfants et d’entrer dans l’école pour autre chose que les problèmes. Tous les témoignages convergent et concordent pour nous persuader qu’il convient non de défendre le statu quo mais de changer d’attitude et sans doute de "valeurs". Il convient de considérer que l’erreur est une information intéressante, un levier de progrès, un simple "écart à la norme". Il faut se convaincre qu’apprendre est" déstabilisation cognitive et affective source de plaisir qui place l’élève en référence interne".
"Le Conseil de Classe autrement". Jean-Dominique CULIOLI, principal, collège de Sancerre, Nathalie MINAUD, enseignante, Valérie CHAMBON, parent.
Le Conseil fonctionne à partir de quelques principes partagés et assumés : approche par compétences, par domaines interdisciplinaires en favorisant les "items transversaux" ( Exemple : l’EIST est organisé en 12 items), l’évaluation est formulée positivement à partir d’un équilibre " réussites - difficultés" qui donne lieu à une remédiation et à la mise en place de PPRE.
Les parents sont satisfaits et constatent une profonde évolution du climat de l’établissement, des relations apaisées. Il a fallu qu’ils participent à des réunions d’explicitation des changements afin de lever les interrogations et quelques réticences, notamment concernant les "items transversaux", l’évaluation par couleurs (l’absence de notes en a perturbé certains).
L’enseignante précise qu’un important travail de sensibilisation à été conduit en direction de tous les acteurs : enseignants, CPE, personnels administratifs et d’entretien, parents, élèves. Concertation collective lors de l’élaboration du projet, toujours active pour le suivi ; objectif commun : la réussite de tous les élèves.
Le récit des deux dernières interventions s’appuie sur la prise de notes de JY LANGANAY (IA IPR EVS honoraire)
- Marcel RUFO, pédopsychiatre, grand témoin : tentative d’esquisse de conclusion en 7 points
« L’élève est une personne pas un objet d’éducation ni d’expérimentation ».
- 1- La place des enseignants dans la représentation des élèves. A partir de la réponse affectueuse et presque "paternelle" de l’instituteur Jean GERMAIN au courrier de remerciements d’Albert CAMUS après la remise du prix Nobel : " Mon cher petit Albert..."
Mais aussi des souffrances des élèves illustrées par "Chagrins d’école" de Daniel PENNAC. Importance de l’identification projective de l’enseignant.
- 2- Le rôle du "soi" qui dépend fortement de la relation aux autres. D’où l’aspect dévastateur de certaines "mauvaises" notes. Ainsi pour RUFO qui n’a jamais accepté ses mauvaises notes en "Sciences naturelles" et ce jusqu’à ses études médicales (faible en biologie).
- 3- L’alliance avec les familles : l’école n’est pas et ne peut pas être un sanctuaire.
- 4- Consultations de pédopsychiatrie : 47% des consultations sont relatives à des troubles de l’apprentissage et s’apparentent à une épidémie de "phobie scolaire".
- 5- La notion de cycles et l’importance de la liaison "CM2 - 6e" suggèrent de faire appel à des retraités de l’EN pour des actions de soutien ou d’étayage. Il insiste également sur l’intérêt des interventions à domicile (AFEV).
- 6- La place d’internet dans l’accès aux savoirs ; en apprécier les aspects positifs, mais aussi les dangers.
- 7- Le rôle positif de l’intégration des élèves à besoins particuliers.
Le propos d’Etienne KLEIN,, Physicien, président du jury, qui se voulait conclusif, tout en affirmant qu’il ne l’était pas, alors qu’il avait , par anticipation, évacué du débat " la question des notes", "l’évaluation bienveillante" et l’opposition "sommatif - formatif", autrement dit tout ce qui pourrait fâcher les tenants d’une éducation inscrite dans le marbre pour les siècles et les siècles.
C’est dire que cette intervention a davantage rappelé "bonne nuit les petits" que l’envolée mobilisatrice et militante d’un Jaurès s’adressant aux lycéens d’Albi.
Après un long développement sur les conditions de sa désignation pour cette mission et l’aveu fait, peu avant à la presse, qu’il ignorait tout de la question stratégique de l’évaluation et de la docimologie, il a insisté sur l’importance (qui en douterait ?) à accorder au travail des enseignants et à l’indispensable formation initiale et continue des maîtres sur les questions d’évaluation ; il convient de leur proposer des outils, mais (c’est moi GM qui l’ajoute) peut-être plus encore les éléments d’une réflexion, d’une démarche, d’une stratégie, d’une méthodologie sans lesquelles le travail en commun risque de tourner à la farce.
Il se refuse à livrer des conclusions puisque le jury se réunit le samedi 13 décembre ; mais il en a tout de même avancé certaines qui méritent pourtant un large débat. Il croit avoir identifié des points de consensus, mais ne perçoit pas les points de dissensus !
Il souligne la nécessité de clarifier les notions d’évaluation formative et sommative et d’écarter celle " d’évaluation bienveillante" disqualifiée dans le débat public.
Enfin, il insiste sur la nécessaire précision des termes employés pour les recommandations afin d’éviter les tentatives de caricature, de simplisme ou les manipulations !
Il semblerait donc qu’au regard de ce que j’ai pu entendre pendant ces deux jours, de l’enthousiasme des équipes, des parents, des perspectives encourageantes ouvertes, la péroraison ait refroidi quelque peu les "hussards de la Refondation". C’est très dommage !

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