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premiers échos du colloque d'Education & Devenir - [Education et Devenir]
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Publié avec l’accord de Touteduc

Mettre quelqu’un en capacité d’agir ou de faire." C’est la traduction littérale du terme "empowerment" selon Antoine Bevort (CNAM), en introduction du colloque d’Education et Devenir, vendredi 13 mars à Lyon. L’universitaire rappelle que "la notion renvoie à l’autonomie, à la responsabilité individuelle et collective mais aussi à la participation, à l’émancipation, à la démocratie". Au contraire de la domination, cette conception rejoint la définition d’Hannah Arendt, pour laquelle "le pouvoir correspond à l’aptitude à agir de façon concertée". Or, l’état des lieux dressé par le sociologue souligne que les pratiques hexagonales de l’exercice démocratique ne favorisent pas ce fameux pouvoir d’agir.
Se référant aussi au philosophe John Dewey selon lequel la démocratie ne doit pas être conçue comme une forme de gouvernement mais comme "la participation des individus à l’action collective", Antoine Bevort signale plusieurs freins propres à la France : la politique y est perçue comme un pouvoir et elle "est de plus en plus une affaire de professionnels, de militants, d’experts". La transparence des autorités publiques y est beaucoup moins développée que dans de nombreux autres pays. Les instances ouvertes aux citoyens ne leur accordent pas souvent de vraies décisions et sont noyautées par des élus. Enfin, l’exécutif prend le pouvoir sur le délibératif dans de nombreuses organisations. Et de conclure à une "démocratie française très monarchique, hiérarchique", bien éloignée de la vision de l’économiste humaniste Amartya Sen. Lequel défend "une démocratie en action" garantissant "l’exercice effectif des droits" et non pas seulement leur distribution formelle avec le recours ponctuel à des scrutins majoritaires.
Une hiérarchie plus forte que dans l’armée
Dans ce contexte défavorable, quid du processus d’empowerment au sein du système scolaire et des établissements ? Selon plusieurs intervenants du colloque d’Education et devenir, on peut considérer que la conception du système actuel n’optimise pas la capacité des individus à agir, que ce soient les élèves, les enseignants, et même les chefs d’établissement. Dans la classe, le "learning by doing" de John Dewey est peu pratiqué. La pédagogie du projet, où l’élève doit agir plutôt qu’écouter, reste dans la marge et/ou très dépendante de la sensibilité des enseignants.
Leur marge de manœuvre est-elle limitée ou bien sous-utilisée ? Daniel Auverlot (ministère de l’Education nationale) estime que "plus on dit qu’il faut faire confiance aux enseignants, plus le système produit de la norme". A ce propos, il relève que "de nombreuses circulaires influent sur la conduite de la classe". Dans le même sens, l’ex inspecteur d’académie de Seine-Saint-Denis estime que "la hiérarchie, à l’intérieur du systéme éducatif, est beaucoup plus forte que dans le milieu militaire".
Directrice d’école à Lyon, Catherine Hurtig-Delattre pense plutôt que certains enseignants ont du mal à se saisir de leur liberté. Ceci à l’aune des trois piliers de l’empowerment : "si on parle de la vision, de la marge de manœuvre, et de l’autonomie, l’enseignant à un pouvoir d’agir. Dans sa classe, il peut organiser l’espace, les règles de vie, laisser une part de responsabilité aux élèves…". La présence hiérarchique toute relative pourrait d’ailleurs favoriser cette autonomie. "Au quotidien, on agit, on avance, il le faut bien. Le pouvoir de l’inspecteur est très faible, car il est loin, il a en charge beaucoup d’écoles. Les injonctions peuvent varier rapidement", note l’enseignante tout en admettant qu’il peut "quand même encourager ou décourager des initiatives".
Les parents sur le paillasson
En ce qui concerne la capacité d’agir de façon concertée, y compris avec les parents, l’organisation semble bien porter quelques responsabilités. Ici, le système de nomination des enseignants, fonction du barême, ne favorise pas les projets collectifs. L’absence d’espace, d’horaire pour mettre en place de tels projets est aussi en cause. "En réalité, chacun travaille dans son coin" observe la directrice. Quant aux parents, "ils sont laissés sur le paillasson" note Alain Bouvier, ancien recteur de Clermont-Ferrand, qui reprend là une remarque de chercheurs québécois, après une visite en France. "On leur demande de se prononcer sur des projets d’école auxquels ils n’ont pas été associés", constate aussi Catherine Hurtig-Delattre.

Muriel Florin

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