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Colloque de l'AFAE : équipe de direction, équipe enseignante - [Education et Devenir]
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32e congrès de l’AFAE : l’esprit d’équipe reste difficile à diffuser au sein des établissements

L’esprit d’équipe, qui était au centre du 32e congrès de l’AFAE (Association française des administrateurs de l’Éducation), vendredi 26 mars 2010 à Bordeaux (Gironde, AEF n°127874), reste difficile à construire, se sont accordés les intervenants de la table ronde d’ouverture, Ghislaine Matringe, Igen, Philippe Watrelot, enseignant, formateur à l’IUFM de Paris (intégré à l’université Paris-IV Paris-Sorbonne) et président du Crap-Cahiers pédagogiques, Éric Alexandre, principal d’un collège d’Amiens en RAR (Réseau ambition réussite), et Daniel Auverlot, inspecteur d’académie de Seine-Saint-Denis. Au sein des EPLE, de nouveaux outils (le conseil pédagogique, les groupes de compétences, le volant de dix heures laissé à l’autonomie des lycées) sont pourtant censés en favoriser l’émergence, comme l’a rappelé le recteur de Bordeaux et ancien Dgesco, Jean-Louis Nembrini. Mais, loin d’un pilotage partagé, l’ordinaire des établissements montre plutôt un jeu d’acteurs où enseignants et direction restent chacun de leur côté, prisonniers de « postures idéologiques » pour reprendre l’expression de Philippe Watrelot. « Quand ce ne sont pas les codes vestimentaires des uns et des autres ou les emplacements des machines à café dans l’établissement qui disent les frontières existantes », ajoute Daniel Auverlot.

Les oppositions sont réelles certes, mais la réalité plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord parce que les contours des équipes sont fluctuants. Quelle est la limite de l’équipe de direction ? S’arrête-t-elle aux personnels de direction ? Englobe-t-elle le CPE ? le chef de travaux ? les professeurs principaux ? Qu’est-ce qu’une équipe enseignante ? Regroupe-t-elle des enseignants d’une même discipline ? d’un même niveau ? Où placer les documentalistes ? les CPE ?

« Il existe des collectifs invisibles au sein d’un établissement », relève Philippe Watrelot, « le groupe de la machine à café, celui des collègues arrivés la même année, celui encore des encartés dans le même syndicat… » Et puis également des groupes qui se constituent à l’horizontale autour d’un élève, autour d’un besoin. « Il y a des postures syndicalo-politiques qui ne résistent pas au quotidien de la classe, aux besoins des élèves. Certains de mes collègues accompagnent déjà spontanément leurs élèves mais si le chef d’établissement le leur impose, ils refuseront de le faire. »

CONSEIL PÉDAGOGIQUE : LE RISQUE DE LA RIGIDIFICATION

Le conseil pédagogique se heurte au même problème actuellement, selon Ghislaine Matringe, et auteur d’un rapport sur ce sujet : « Cette structure est partie d’une demande du terrain mais elle est en train de se rigidifier […] Elle avait pris dans les collèges et les lycées professionnels mais, avec la réforme du lycée, cela ne passe plus », dit l’inspectrice générale, rappelant que, personnellement, elle était défavorable à un décret et une circulaire, revendiquant au contraire pour les EPLE la liberté d’organiser cette instance comme ils le souhaitent (AEF n°126489 et n°126892). En même temps, il ne s’agit pas non plus d’en faire « une solution miracle ». « Ce n’est pas une structure qui peut créer l’équipe, elle peut juste aider à le faire », rappelle Ghislaine Matringe, ajoutant que « la notion d’équipe, son périmètre, sont en eux-mêmes difficiles à définir ; cela reste de l’ordre affectif ».

Tout n’est pas affaire que d’affect ou de valeurs partagées. Les intervenants de la table ronde sont unanimes pour dire que le travail en équipe, le pilotage d’une réunion, la gestion des ressources humaines peuvent s’apprendre et que la formation initiale des enseignants - « trop disciplinaire » - et celle des personnels de direction méritent d’être allongées pour intégrer ces notions. Cette proposition a été accueillie avec scepticisme par certains membres de l’assistance qui ont rappelé que la formation de chef d’établissement a été réduite à une année au lieu de deux précédemment. Quant à une inspection plus collective des enseignants, elle apparaît aussi comme un facteur de progrès mais sa mise en œuvre concrète semble à tous assez incertaine.

DIRECTION : UNE LÉGITIMITÉ DIFFICILE À TROUVER

La difficulté pour le chef d’établissement à imposer sa « légitimité pédagogique » constitue un autre frein à la constitution d’un esprit d’équipe, estime Éric Alexandre, principal d’un collège d’Amiens en RAR (Réseau ambition réussite). « Un chef d’établissement doit savoir ce qui se passe dans la ’boîte noire’ qu’est la classe, afin de mobiliser si besoin des moyens pour la concertation ou les corps d’inspection pour appuyer le corps professoral. »

Pour Ghislaine Matringe, cette légitimité va encore moins de soi aujourd’hui car la succession de réformes (socle de compétences, modification de la carte scolaire, voie professionnelle, lycée…) bouscule le corps professoral et bouleverse le fonctionnement des équipes disciplinaires. Quant à l’autonomie, dit l’Igen, elle est aussi source d’inquiétude car les enseignants redoutent le « petit chef » ou le « super chef ». Éric Alexandre confirme : « En peu de temps, nous sommes passés d’un fonctionnement bureaucratique à une culture de la performance et du résultat. C’est difficile, y compris pour les personnels de direction. »

RÉCOMPENSER L’INVESTISSEMENT DES PROFESSEURS

Un proviseur de Montpellier insiste, s’en prenant à « l’hypocrisie de l’institution » : « Les DGH n’ont plus que la peau sur les os, forcément, ça crée des tensions et cela produit à 80 % du conservatisme, où chacun reproduit les activités pédagogiques déjà installées sans chercher à changer ou innover […]. On nous demande de nous démerder avec les moyens du bord ! » À quand dans un emploi du temps des heures prévues pour la concertation et la régulation d’équipe, qui ne soient pas après 17 heures, voire après 20 heures ?, demande cet autre, principal en Gironde.

Réponse de son collègue d’Amiens, Éric Alexandre : « Nous avons réduit le nombre de classes en augmentant le nombre d’élèves par classe de façon à dégager des heures pour la concertation et l’évaluation en commun avec les quatre enseignants chevronnés affectés au collège. De façon plus modeste, on peut envisager une heure de décharge ou une HSE. » Ghislaine Matringe approuve : « S’il y a autonomie, elle doit aller jusqu’à récompenser les professeurs qui s’investissent par des heures supplémentaires. » Mais la constitution de ces corps intermédiaires s’avère délicate : « Le chef d’équipe, l’enseignant référent sont encore souvent qualifiés de ’kapos’ », note Philippe Watrelot.

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