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Dépêche n°136404
Paris, Mercredi 25 août 2010, 18:40:43
Richard Descoings : « On ne peut plus ’réformer l’école’ à la seule initiative de l’État »

« Un lycée pavé de bonnes intentions. Éducation nationale : vérités et tabous », Richard Descoings avec la collaboration de Cyril Delhay, Robert Laffont, Paris, 2010

« Les débats sur l’Éducation nationale se focalisent assez facilement sur la seule question des moyens […] C’est tout le système éducatif qui est dans cette logique ’comptable’. Or, le lien entre le nombre d’emplois et la qualité du service rendu a-t-il été évalué finement et concrètement ? Je ne le crois pas », estime Richard Descoings, le directeur de Sciences Po dans son livre « Un lycée pavé de bonnes intentions » (1) à paraître lundi 30 août 2010 et dont AEF a eu copie. Chargé en janvier 2009 d’une mission sur le lycée (AEF n°114850), il revient notamment dans son ouvrage sur les grandes lignes de la réforme du lycée qui entre en vigueur en seconde à la rentrée 2010 et insiste sur la « nécessaire » revalorisation des lycées professionnels et des filières technologiques.

Richard Descoings estime qu’il faut « rééquilibrer l’effort en faveur des écoles primaires et des collèges ». « Si l’on concentre les moyens de l’Éducation nationale sur les lycées et en particulier sur les lycées de la voie générale, on le fait au bénéfice d’une génération donnée. Qu’on soit de droite ou de gauche, on conduit une politique socialement élitiste dans l’allocation des moyens », explique-t-il.

« Le gouvernement qui résultera des élections de 2012, quelle que soit sa sensibilité, pourra-t-il créer des emplois par dizaines de milliers pour tout à la fois rétablir l’équilibre - par le haut- entre les écoles, les collèges et les lycées ? […] et en même temps pour réduire significativement le nombre d’élèves par classes ? Le doute est au moins permis », poursuit Richard Descoings qui plaide pour que la question de la répartition des moyens « soit au moins importante que celle de la fixation leur montant global à un moment donné ».

RÉFORMER LE STATUT DES ENSEIGNANTS

Richard Descoings plaide aussi pour une réforme du statut des enseignants du secondaire. « Comme il parait peu probable que les finances publiques permettent dans les années qui viennent d’avoir recours à l’incitation salariale, il me semble que le noeud de la négociation, si elle était décidée, ne pourrait tenir que dans une modification du temps de travail des professeurs. » Il propose « un temps de préparation pédagogique commun aux enseignants exerçant dans une même discipline, un travail d’équipe des professeurs de disciplines différentes mais s’occupant d’une même classe, l’accompagnement personnalisé des élèves en dehors des heures de classe proprement dites, un rôle accru dans l’orientation intellectuelle des lycéens et comme interlocuteurs des parents ».

« Le service public de l’Éducation nationale est aujourd’hui plus que jamais partagé entre l’État, les régions, les départements et les communes. Il faut en tirer une conclusion forte : on ne peut pas, on ne peut plus ’réformer l’école’ à la seule initiative de l’État, sous sa seule responsabilité », poursuit Richard Descoings. « L’intérêt des élèves et de leurs parents veut que les collectivités locales et l’État marchent main dans la main pour construire la politique scolaire. Or, ce n’est guère le cas ! », ajoute-t-il.

« PUISSANCE DE LA CONTRE-RÉFORME »

Richard Descoings évoque la « puissance des disciplines ». « À chaque tentative de réforme des lycées, les principaux obstacles viennent de ce que chaque discipline, chaque matière est défendue pour elle-même par les professeurs qui sont chargés de la transmettre », explique-t-il. « L’enseignement au lycée général est toujours pensé par des professeurs et pour des professeurs, dans le cadre étroitement défini d’une discipline académique sur laquelle veillent l’Inspection générale de l’Éducation nationale et les Inspecteurs régionaux en charge de l’évaluation des professeurs dans cette discipline. »

« Ainsi, la querelle sur l’enseignement de l’économie tel qu’il est prévu dans la réforme qui est entrée en vigueur à l’automne 2010 est principalement une querelle de préséance entre les professeurs de sciences économique et sociale de la voie générale et les professeurs d’économie et gestion de la voie technologique. Les uns ont passé le Capes, les autres, le Capet », souligne-t-il.

REVALORISER LES LYCÉES

« Les lycées professionnels sont les lieux de notre Éducation nationale où échouent ou au contraire réussissent les jeunes des classes populaires et du bas des classes moyennes. D’où proviennent la majorité des élèves ’décrocheurs’. Notre cohésion sociale et notre prospérité économique à venir dépendront de la volonté politique et sociale de donner la priorité à la réussite des élèves de ces lycées là », souligne-t-il.

Comment revaloriser les lycées professionnels ?, s’interroge Richard Descoings qui développe quatre actions qui devraient être « conduites simultanément » pour redorer les filières de ces lycéens « dont on parle peu ». Il estime premièrement qu’il faut parler davantage « des emplois qui existent aujourd’hui dans les entreprises et qui pourtant ne sont pas pourvus ». La deuxième action « sur laquelle le ministère de l’Éducation nationale a pris le plus de retard » est celle du « ressourcement des spécialités et des programmes », poursuit-il. « Il serait dangereux d’enfermer les lycéens dans des savoir-faire professionnels trop étroits et trop exclusifs. »

La troisième « action prioritaire » concerne « leur équipement technologique ». « Ils constituent un investissement lourd pour les régions qui sont d’autant moins enclines à y procéder si le ministère ne met pas à jour la nature et le contenu des formations », explique Richard Descoing qui estime que l’offre de formation « est très inégalement répartie sur le territoire français ». « L’aide à la mobilité des lycéens à travers la politique de transports et celle du logement scolaire ou universitaire doit être repensée en lien étroit avec la carte des formations », ajoute-t-il.

La quatrième recommandation concerne « la considération donnée à la voie technologique » : « La bataille de l’orientation positive en fin de seconde se gagnera sur la volonté et la capacité collective à ne plus faire de la réussite scolaire, comprise comme celle du grand lycée classique d’autrefois, la seule manière de donner aux jeunes l’estime de soi, l’envie de travailler et de réussir. »

« MUTATION EN PROFONDEUR » DE LA VOIE GÉNÉRALE

Pour Richard Descoings, cette mutation « en profondeur » de la voie générale supposerait « trois évolutions menées de concert relatives à la nature du métier d’enseignant, au temps de travail des lycéens et enfin à l’autonomie donnée dans chaque lycée aux équipes pédagogiques ».

Il préconise une baisse « sérieuse de la charge horaire d’enseignement des lycéens pour une maîtrise accrue de la formation réellement acquise par tous » : « Je pense que l’organisation explicite de la surcharge de travail des lycéens est un des moyens implicites de leur sélection par l’orientation. Ceux qui résistent sont ’les meilleurs’. Ceux qui échouent ou se révoltent sont les ’ratés », qui redoublent ou sont réorientés vers des filières de relégation », indique-t-il.

Il souhaite ensuite « une baisse du nombre d’heures d’enseignement devant la classe des professeurs en contrepartie d’un encadrement plus personnalisé des lycéens tout au long de l’année qui prenne mieux en compte les rythmes scolaires ».

FORMATION DES ENSEIGNANTS

Pour Richard Descoings, « les grandes disputes sur la formation des enseignants portent sur la formation initiale » mais pas assez sur la formation continue. « Quelle entreprise consacrerait si peu de soin et si peu de moyens à la formation continue de celles et ceux qui la font réussir par leurs talents ? Quel incroyable paradoxe que le ministère de l’Éducation nationale ne soit pas un exemple d’investissements sur la formation tout au long de la vie de ses agents », indique-t-il. Richard Descoings insiste sur l’importance de leur formation au numérique.

(1) « Un lycée pavé de bonnes intentions. Éducation nationale : vérités et tabous », Richard Descoings avec la collaboration de Cyril Delhay, Robert Laffont, Paris, 2010

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