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"accompagnement des mourants, incohérence, impuissance...", l'analyse de la rentrée de Meirieu et Cadart - [Education et Devenir]
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L’accompagnement des mourants

Par Philippe Meirieu

“Le ministre ne manque pas de bonnes intentions, mais elles me paraissent bien en décalage avec la réalité de sa politique. C’est fort incongru, même, d’insister tant sur l’accompagnement de la carrière des enseignants au moment où les IUFM sont vidés de leur substance et où la formation des enseignants est décapitée. Que vaut un accompagnement s’il ne s’appuie pas sur une solide formation initiale professionnelle ? Je crains que les dispositifs qu’on nous propose se réduisent à quelques modules de “tenue de classe” et à quelques entretiens avec des “gestionnaires de ressources humaines”. Quand on se souvient des Missions académiques à la formation (MAFPEN) dirigées par des universitaires faisant jeu égal avec les recteurs, on mesure le recul depuis 1981 : le métier d’enseignant n’est plus conçu comme un métier d’expert, de “chercheur en pédagogie”, d’acteur à mobiliser dans des projets collectifs ; c’est devenu un métier d’exécution qu’on gère dans une logique managériale, avec quelques pansements à caractère psychologique et quelques recettes pour ne pas craquer. Tout cela est attristant : on a besoin de souffle face à une situation scolaire de plus en plus tendue. On nous répond par de la technocratie que ceux-là mêmes qui sont chargés de la mettre en place – les inspecteurs – dénoncent aujourd’hui comme une caporalisation insupportable.

Le ministre explique, à juste titre, que le métier est difficile, que l’hétérogénéité des classes est un défi important, mais il ne répond que par des prothèses individuelles, quand il faudrait réfléchir plus globalement sur les conditions du travail collectif, les missions de l’enseignant, les besoins spécifiques d’accompagnement des équipes, en particulier dans les ZEP. Il parle de “personnalisation”, mais cette dernière se traduit par une multiplication de dispositifs de dérivation et non par une vraie pédagogie ambitieuse, comme celle qui avait pu être imaginée avec les cycles à l’école primaire. Il vante le livret de compétences, mais sans aller jusqu’au bout de la logique dont il pourrait être porteur et qui nous amènerait à revoir complètement notre système d’évaluation et de sélection. Il affirme vouloir mettre des moyens là où les besoins sont les plus importants, mais je ne vois pas qu’il envisage un transfert de crédit des classes préparatoires aux grandes écoles vers les ZEP. Il permet aux “bons élèves boursiers” de déroger à la carte scolaire, mais en prenant le risque de laisser des pans entiers de notre institution s’enfoncer dans une crise grave.

Il dit vouloir que l’école républicaine accueille dignement tous les enfants, mais je ne suis pas certain que les professeurs en aient aujourd’hui les moyens. Il fait, en effet, l’impasse sur les réductions drastiques de postes et leur effet de paralysie progressive de l’école. Il est, évidemment, tributaire, ici, de la politique d’un gouvernement qui s’en prend aux fonctionnaires et imagine qu’économiser sur l’éducation permettra de réduire notre dette...

Alors que notre dette en matière éducative creuse la tombe de la démocratie ! En réalité, nous assistons à un déni de la notion même de “service public” : l’école devient une grande entreprise qu’on cherche à “moderniser”. Je crains que, dans cette situation, le fossé entre les enseignants et leur ministère se creuse et que la dépression s’installe dans l’Education nationale. Je ne voudrais pas que l’accompagnement dont parle tant le ministre finisse par être un accompagnement des mourants.”

Philippe Meirieu

Incohérence et impuissance.

Par Thierry Cadart

Monsieur Chatel reprend son discours d’autosatisfaction à vrai dire assez courant chez tous les ministres de l’Education nationale le jour de la rentrée. Les enjeux de communication sont sans doute trop forts ce jour-là pour permettre aux ministres une évaluation objective de leur action. Mais il y a quand même des limites à ne pas dépasser !

Malgré quelques intuitions justes sur les limites du dialogue social et de la gestion des ressources humaines dans notre administration, malgré des principes mis en œuvre dans le cadre de la réforme des lycées qui permettaient d’avancer vers une meilleure prise en compte des difficultés des élèves, plus de souplesse dans les parcours et plus d’espace pour une mise en œuvre de véritables projets pédagogiques dans les établissements, notre ministre peine à imprimer concrètement sa marque :

- Il n’a pas pu empêcher la mise en œuvre de la désastreuse réforme de la formation initiale et du recrutement des maîtres. Réforme voulue et pensée par son prédécesseur mais aux implications budgétaires très fortes, puisque c’est sur cette réforme que se financent les réductions budgétaires de cette année. De ce fait, faute d’avoir pu ou d’avoir su se défaire de cette contrainte budgétaire gouvernementale et quoi qu’il en pense, Monsieur Chatel a dû procéder à une réforme qui va entièrement à l’encontre de ses « bonnes » intuitions.

Nous contestons l’affirmation du Ministre sur le fait que la réforme en régime de croisière assurera une formation en aval du concours, la date de l’admissibilité et le choix des épreuves de concours encourageant plutôt l’accès au métier par d’autres parcours de formations que les masters enseignement, mais en tout état de cause les jeunes collègues débutant cette année n’ont pas pu bénéficier de cette formation qui n’était pas encore en place. Comment peut-on justifier le fait qu’ils ne bénéficient pas au moins des mêmes efforts de formations que leurs prédécesseurs ? En termes de gestion des ressources humaines, le recours au bizutage généralisé ça paraît curieux quand même ! Et pour mettre en œuvre une réforme du lycée et demain une réforme du système éducatif qui doit s’appuyer sur les compétences pédagogiques des enseignants, comment commencer plus mal qu’en niant la dimension pédagogique et professionnelle dans le bagage nécessaire des futurs enseignants ?

- Il n’aura pas les moyens de mettre en place un véritable accompagnement des collègues en milieu de carrière, un simple entretien ne suffira pas, les personnels d’encadrement doivent être aidés dans cette nouvelle fonction, ils doivent être assez nombreux et formés pour répondre à ce défi.

- Plutôt que de suivre les pistes de travail intéressantes et réfléchies des états généraux sur la violence, qu’il a lui-même convoqués, pistes de travail qui c’est vrai auraient pu se révéler coûteuses dans un premier temps et surtout contradictoires avec la logique du tout répressif en cours actuellement, il est amené à mettre en avant des mesures chargées symboliquement, le plus souvent inefficaces ou impossibles à mettre en œuvre comme les sanctions automatiques ou l’éloignement des fauteurs de troubles. Il lance une expérimentation (le programme CLAIR) menée sans aucune concertation, qui repose sur des présupposés douteux, mais dont on nous apprend qu’avant même avoir débuté, elle a vocation à prendre la place de l’éducation prioritaire ! On voit bien la confusion entretenue entre difficulté scolaire et violences et le passage d’une logique de territoire à aider à une logique d’individus à contrôler.

Luc Chatel aura beaucoup de mal à mobiliser les moyens nécessaires à l’accompagnement de la réforme du lycée, nos demandes de formations sur l’accompagnement personnalisé restent lettres mortes pour l’instant, la pression sur les suppressions de postes peut par ailleurs amener les collègues à ne pas investir les nouveaux dispositifs.

- Il maintient la politique de suppression de la carte scolaire dont tout indique qu’elle aboutira à un renforcement de la ségrégation sociale.

- Il piétine sur la mise en place du plan numérique parce qu’il sait bien qu’un plan d’une telle ampleur nécessiterait un effort important, accompagné par les collectivités locales mais dont l’Etat doit prendre sa part, ne serait-ce qu’en termes de formation des personnels.

Au total les personnels et les acteurs de l’Ecole auront bien du mal à déceler le projet éducatif qui est mis en œuvre. Cette politique manque de cohérence et d’ambition, elle n’empêchera pas l’Ecole d’étouffer sous le poids de la contrainte budgétaire.

Permettra-t-elle au moins à l’Ecole d’échapper au délire sécuritaire qui menace notre pays ? Les déclarations du Ministre au Café Pédagogique sur la scolarisation des Roms sont plutôt rassurantes. Il est important que le Ministre, lui-même, réaffirme la vocation de l’École à accueillir tous les élèves quelle que soit la situation de leurs parents.

Mais tous les collègues en charge de ces questions le savent, il ne suffit pas de réaffirmer la volonté d’accueil de l’Ecole, il faut aussi se donner les moyens d’un accueil et d’un accompagnement réussis, qu’est-ce qui nous permettrait de croire que ce sera le cas sur cette mission en particulier, compte tenu de la façon dont toutes les autres missions sont traitées !

Plus largement sur ces questions de discriminations à l’Ecole, et alors qu’un rapport sur cette question reste bloqué, on ne sait où ni pourquoi, nous demandons au Ministre de se saisir de cette question de façon effective pour déboucher sur un véritable plan d’action.

Au vu de toutes ces contradictions et de ces difficultés à traduire en acte une politique éducative, j’aurais aimé que le Café Pédagogique demande au ministre de l’Education nationale s’il n’a pas envie que le porte-parole du gouvernement puisse annoncer l’arrêt des suppressions de postes pour son ministère ?

Thierry Cadart

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