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Intervention de Claude Rebaud aux assises de l’Éducation du Parti Socialiste - [Education et Devenir]
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L’association Éducation et Devenir est une association pluri catégorielle. Elle réfléchit et fait des propositions sur les problèmes de l’ éducation. Le fait que ses adhérents soient issus de diverses catégories professionnelles du système éducatif et qu’ils en soient des praticiens est une source de richesse et permet d’éviter la pesanteur des conservatismes corporatifs. La volonté de confronter la réflexion des experts et des chercheurs d’une part, des acteurs de terrain d’autre part, permet de dépasser les réflexions trop générales et de faire des propositions concrètes validées scientifiquement.
Association d’inspiration savaryste, Éducation et Devenir a fait du thème de la démocratisation de l’Ecole un des axes fondamentaux de sa réflexion et de ses publications.
Ainsi, le colloque national qu’elle organise du 21 au 23 janvier 2011 à Saint Etienne en partenariat avec la Ligue de l’enseignement, le CRAP, l’AFAE, la FCPE et la PEEP sur le thème « Le service public d’éducation : une mission à partager » participe de cette réflexion sur l’égalité des droits à l’éducation et à la formation, et la démocratisation de l’enseignement.
Elle analyse les pratiques au plus près du terrain, mais contribue aussi à la construction de projets politiques sur l’école, soit seule, soit en partenariat avec d’autres organisations. Ainsi, elle a travaillé sur le projet du lycée en 2009 et 2010. Dans une logique réformiste, elle essaie d’accompagner les acteurs, même dans le cadre de réformes qu’elle n’approuve pas dans leur globalité. Il en a été ainsi en 2009 du thème de l’accompagnement au lycée, mesure qui lui semblait porteuse d’une évolution positive, alors que le projet de lycée présenté par Luc Chatel était très éloigné du sien.
Cette réflexion ancienne sur la démocratisation de l’enseignement et donc sur le problème de l’égalité des droits à l’éducation lui donne une grille d’analyse de la convention sur l’égalité proposée par le parti socialiste.
Nous observons d’abord avec une grande satisfaction que ce projet d’éducation est le premier chapitre de ce texte, alors que le problème de l’éducation était largement ignoré des préoccupations des partis politiques lors des précédentes campagnes électorales.
Son diagnostic sur la situation de l’école aujourd’hui, largement partagé par la gauche et par les spécialistes de l’éducation, nous semble pertinent et complet.
Nous adhérons aussi à la stratégie de la réforme qui y est proposée, en ce qui concerne en particulier le temps de la réforme, l’expérimentation qui donne aux acteurs des établissements un rôle essentiel, la formation qui doit accompagner ceux-ci, et la nécessité de réformes structurelles. 
Nous faisons nôtres aussi les objectifs généraux qui y sont présentés : différencier et personnaliser les enseignements, adapter les rythmes scolaires, repenser l’organisation scolaire en confortant le lien entre l’école élémentaire et le collège dans une école fondamentale et en organisant de véritables cycles, intégrer le travail scolaire personnel dans le temps éducatif, aller vers une évaluation positive accompagnant les progrès des élèves, donner davantage d’autonomie aux établissements, faire évoluer les métiers et, en particulier le métier d’enseignant…
Les réflexions critiques qui suivent ont pour ambition d’apporter notre contribution à la réflexion commune.
Il faut affirmer que la démocratisation de l’école ressort largement de l’autonomie de l’établissement et de la responsabilité des acteurs eux-mêmes et qu’ils disposent d’ores et déjà de marges de manœuvre largement inexploitées : le progrès dans l’égalité passe par un changement des pratiques d’enseignement, changement destiné à éviter de mettre en échec a priori les élèves issus des classes populaires, la mise en place des dispositifs d’accompagnement de la scolarité (aide et remédiation mais aussi analyse et suivi des parcours), une meilleure collaboration avec les parents, une possibilité accrue de choix dans l’utilisation des moyens et des options proposées, une remise en question de l’organisation traditionnelle des enseignements (classes, emplois du temps, travail scolaire), une meilleure définition de l’offre de formation, la constitution de véritables équipes pédagogiques, une ouverture à des partenaires et une implication de l’établissement mieux maîtrisées dans les politiques territoriales, le souci de travailler en complémentarité avec les autres établissements du bassin de formation dans une perspective de service public et une politique d’affectation des élèves plus équitable… Le projet d’établissement doit avoir pour axe essentiel cette volonté d’aller vers plus d’égalité.
Le rôle essentiel des établissements et de ses acteurs implique un accompagnement de la hiérarchie intermédiaire, au niveau départemental et académique : aucune réforme n’a de chance d’aboutir si les cadres intermédiaires ne se mettent pas au service de cet objectif d’aller vers plus d’égalité, (en redéfinissant la carte scolaire, en faisant fonctionner les bassins de formation), en aidant les acteurs dans la durée (par la mise en place d’un plan de formation, en instituant des échanges de pratiques, en stimulant et en accompagnant les innovations), en contrôlant a posteriori que les actions des établissements sont conformes aux finalités définies par le gouvernement, sous le contrôle du parlement, pour le service public d’éducation et en accord avec les objectifs plus directement opérationnels fixés par les institutions chargées de mettre en œuvre cette politique.

Cela suppose que l’État donne clairement le sens de l’action et ne se perde pas dans une profusion d’injonctions, souvent paradoxales.

On attend d’un projet politique qu’il ait le courage de proposer des ruptures, pour lever les verrous qui empêchent l’évolution du système, même s’il doit s’en prendre à quelques « vaches sacrées » !
Le texte de la convention pour l’égalité réelle propose quelques unes de ces ruptures : la carte scolaire, les programmes au collège, le travail personnel des élèves par exemple.
Il évite cependant soigneusement quelques sujets qui risquent de fâcher (quel groupe de pression ?), qui nous semblent pourtant incontournables.
L’organisation scolaire : suffit-il de rappeler, comme il se contente de le faire, que la scolarité doit être organisée en cycles et qu’il est nécessaire de développer les liaisons collège/école élémentaire ? N’aurait-il pas convenu d’aller jusqu’au bout de la logique du socle commun et de dire que l’école et l’élémentaire ne font qu’un et doivent être regroupées au sein de l’école fondamentale ? Suffit-il de dire qu’il faut multiplier les passerelles au lycée ? Ne peut on pas aller plus loin dans la définition de parcours modulaires ? Quel sort fait-on, dans cette perspective, aux filières, forcément ségrégatives ?
La certification : le silence sur les modalités de la certification terminale - le baccalauréat - manifeste le souci de ne pas choquer. On sait pourtant qu’il conditionne toutes les modalités d’évaluation en amont et toutes les pratiques pédagogiques.
Le temps du cours et le temps de l’appropriation des savoirs : rien n’est dit sur le temps trop long de l’horaire hebdomadaire et sur le temps nécessaire au travail personnel.

À ces silences sur des sujets incontournables, s’ajoute parfois l’absence de propositions précises indispensables pour que les affirmations de principes et les objectifs généraux trouvent une véritable traduction dans les faits.
Ainsi en est-il du temps de travail de l’élève, de la fourchette à fixer des horaires hebdomadaires minima et maxima, ainsi en est-il de la définition du service des enseignants, de la définition du statut de tous ceux qui travailleront au sein du guichet unique d’orientation.
Ainsi en est-il également d’un changement radical des représentations et des pratiques d’orientation qui, au lieu de placer les élèves face à des choix de formation dans des conditions discriminantes et hasardeuses, doivent réaliser tout au long de la scolarité un véritable accompagnement de l’évolution de leurs compétences et de leurs goûts, favoriser pour tous une meilleure connaissance des formations et des familles de métiers auxquelles elles préparent, associant plus étroitement professionnels de l’éducation, familles et élèves dans cette réflexion. 
Un véritable accompagnement suppose une réorganisation de l’offre de formation en vue de rendre plus souples les itinéraires, de favoriser les réorientations autrement que par le redoublement ou le renoncement aux ambitions les plus légitimes.

L’audace d’un projet politique au service de l’égalité se traduit dans la générosité et la cohérence des principes qui y sont exposés, dans la confiance accordée aux acteurs du terrain. Elle doit se traduire aussi par le choix des ruptures indispensables, par la capacité à ne pas rechercher toujours le consensus le plus large mais à arbitrer au nom des principes fondamentaux de la démocratie.

Claude Rebaud
Président de Éducation et Devenir

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