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Réforme du lycée : l'enquête du café pédagogique - [Education et Devenir]
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Réforme du lycée : Le désarroi des profs de seconde

Selon un sondage publié par le ministère en janvier 2010, la réforme du lycée, mise en place en seconde à la rentrée 2010, a été largement plébiscitée par les Français. 76% d’entre eux y étaient favorables. 88% jugeaient positivement l’accompagnement personnalisé. 73% des français pensaient que la réforme permettra de mieux prendre en compte les spécificités des élèves et de mieux les orienter. Deux français sur trois (63%) croyaient encore que le lycée fonctionnerait mieux. Un an plus tard, l’accueil de la nouvelle classe de seconde suscite inquiétudes et jugement négatif chez les enseignants selon une enquête réalisée par le Café pédagogique auprès de ses lecteurs.
A en croire le ministère de l’éducation nationale, la réforme doit favoriser le parcours de l’élève au lycée, améliorer son orientation et diminuer les redoublements, qui sont effectivement très élevés en seconde. "Grâce à l’accompagnement personnalisé, chaque élève bénéficie d’un soutien individualisé, perfectionne ses méthodes de travail et gagne en autonomie", écrit le ministère, en évoquant une des principales réformes : l’introduction de deux heures d’accompagnement personnalisé (AP). L’autre grand changement c’est l’introduction de 2 enseignements d’exploration de 1 h 30 hebdomadaire chacun dont au moins un enseignement d’économie. "Grâce à ces enseignements d’exploration, le lycéen choisit et expérimente de nouvelles disciplines : la seconde devient une véritable classe de détermination". Enfin des "stages de remise à niveau pour les élèves volontaires" devraient permettre d’éviter les redoublements. En langues, la réforme généralise les groupes de compétences.
A la fin du premier trimestre, qui pèse en fait presque 40% de l’année, qu’en pensent les enseignants de seconde ? 172 enseignants et 36 chefs d’établissements ou COP ont participé à la totalité de cette enquête menée durant les vacances de Noël. Il faut donc prendre ces résultats avec précaution : l’échantillon ne peut prétendre être représentatif. Enfin l’enquête est peut-être prématurée et quelques participants n’ont pas manqué de nous le dire ! On retiendra une certaine cohérence des réponses et des orientations générales. Elles peuvent donner à penser que la mise en place de la réforme ne se passe pas de façon satisfaisante et que les élèves pourraient être perdants. Mais l’apport le plus intéressant n’est pas dans les statistiques : il est dans les innombrables commentaires qui les accompagnent et les expliquent. On a là un vivier des réactions à chaud des enseignants que nous nous efforçons de restituer.
60% des enseignants qui ont totalement répondu à l’enquête jugent que la réforme " a aggravé l’exercice du métier" particulièrement du fait d’un emploi du temps moins bon (60% aussi). Seulement 9% se sont davantage épanoui dans le métier depuis la réforme. 22% jugent la réforme globalement bénéfique, 67% plutôt mauvaise ou mauvaise et 76% spécifiquement pour les enseignants. Seulement 5% jugent que le climat scolaire s’est amélioré (contre 85%) et 59% estiment qu’elle a rendu l’évaluation des élèves impossible ou difficile. Seulement 11% estiment que les élèves sont mieux préparée au lycée grâce à elle (contre 71%). Parmi les critiques relevons celles-ci : " Les élèves ne sont pas mieux préparés car la logique sélective du lycée demeure la norme pratiquée, en dépit des nouveaux dispositifs mis en place par la réforme". " Trop de professeurs dans une semaine donc davantage d’exigences disciplinaires ne contribue pas à adapter l’élève au lycée". " Les connaissances sont saupoudrées, il y a un éclatement des intervenants et dans l’ensemble moins de temps pour les faire travailler sur un temps long (long : j’entends un devoir d’une heure !!), j’ai parfois l’impression qu’on les conforte dans un univers de "zapping" ! Si certains estiment que la réforme a permis "la personnalisation des objectifs de la formation", plus nombreux sont ceux qui pensent qu’elle a surtout servi à supprimer des postes.
Parmi les problèmes apparus ou renforcés par la réforme, on cite les emplois du temps "pas du tout allégés pour les élèves", la déstructuration liée à l’éclatement du groupe classe (les élèves sont mélangés pour les enseignements d’exploration et l’accompagnement personnalisé), "l’hétérogénéité s’accroit" estiment plusieurs enseignants qui craignent le retour de classes de niveau. "Il y a de bonnes idées dans cette réforme", confie un enseignant, "mais l’organisation matérielle (regroupement d’élèves, partage des heures entre professeurs) renforce l’émiettement, la confusion et encourage le désinvestissement des élèves". La lourdeur des nouveaux programmes , en face d’horaires disciplinaires allégés, est aussi dénoncée. Parmi les jugements positifs, plus rares, on souligne le pas vers l’autonomie des établissements et le fait que la réforme "oblige les enseignants à ne pas rester dans l’évidence des habitudes. L’AP permet de s’interroger sur la notion de soutien : par l’échec comme avant, par projet comme aujourd’hui".
Pour 59% des enseignants l’évaluation a été rendue plus difficile (contre 37%). "L’AP peut permettre une évaluation plus pertinente des élèves mais la multiplication des enseignements rend difficile surtout pour les lycées technologiques la mise en place d’évaluations par compétence", écrit un enseignant. " La tendance à l’émiettement des disciplines sur des horaires réduits rend le travail d’évaluation plus risqué. Car connaître un élève nécessite un temps de face à face pédagogique qui ne doit pas être trop faible", note un autre. " Les nouveaux dispositifs ont alourdi la semaine de travail des élèves. Ils ont davantage de professeurs en face d’eux et donc doivent répondre à davantage d’exigences scolaires. Ces exigences ne sont pas cohérentes entre elles car les 12 ou 13 professeurs d’une classe de 2nde ne travaillent pas ensemble à rendre l’évaluation des élèves simplifiée et efficace. Il n’a pas été prévu de temps de concertation", pense un troisième. " L’évaluation par compétences liée à un programme "encyclopédique" est une absurdité".
Pourtant dans les enseignements d’exploration 75% des professeurs estiment qu’ils ont changé leurs méthodes de travail (contre 22%). Ils apprécient les approches bi-disciplinaires en littérature et société. Il soulignent des pratiques "orientées TP plus que cours et TD", voire TPE. Pour certains , "les élèves travaillent bien plus en autonomie, peuvent apprendre les uns des autres, développent davantage une vision critique de leurs travaux et de ceux d’autrui et ne sont pas dans une logique de travailler uniquement pour la note mais dans une logique de projet". Ils évoquent aussi un recours plus fréquent aux tice (pour 31%). L’enseignement est donné en barrettes pour 67% des profs. Malgré les instructions, il est évalué par une note chiffrée pour 57% des enseignants , incluse dans la moyenne pour 87%. Le bilan global est positif pour 30% et négatif pour 46%. " L’ensemble des collègues du lycée s’entend pour dire que pour l’instant nous tâtonnons dans nos pratiques, pas un seul groupe ne fonctionne comme son voisin. Des choses positives (pourvoir valoriser des élèves) des choses négatives (l’organisation des salles et du matériel, la motivation de certains élèves..)" affirme un enseignant. " Les bénéfices que l’on pouvait en attendre (pluridisciplinarité, ouverture, autonomisation des élèves) ont été complètement annulés par les conditions de mise en œuvre, elles-mêmes rendues inévitables par la multiplicité des contraintes et les choix impossibles qui en résultent. De plus, une grande partie de ce que je peux ou aurais pu y faire n’est que le report de ce que je n’ai plus le temps de faire en cours "normal" à cause des diminutions d’horaire", précise un autre. "Beaucoup de travail et pas sur que ce soit utile aux élèves", conclue un troisième.
L’accompagnement personnalisé est perçu de façon plus nuancée. Dans ce qui aurait du être un laboratoire d’idées, 26% seulement des enseignants déclarent avoir changé de pratiques (contre 71%). 47% estiment qu’il ne prépare pas mieux les élèves (contre 31%). Le bilan est négatif pour 49% (contre 25%). Parmi les avis positifs : "on cible un peu plus les faiblesses des élèves", " L’AP permet de travailler davantage à partir des demandes des élèves, de mettre en place de nouvelles pratiques pédagogiques, et établit un espace d’échange privilégié avec la classe. Entre collègues, il installe des habitudes de travail en équipe et oblige à un dialogue plus approfondi sur les pratiques de chacun ou encore les compétences communes exigées par les différentes disciplines" ; "utilisation de la pédagogie du détour". Mais il y aussi des avis négatifs : dénonciation du manque d’implication des élèves ; "l’accompagnement n’a de personnalisé que le nom".
Les professeurs principaux estiment que la réforme a rendu leur tâche plus difficile à 57% (contre 5%) et jugent à 59% la réforme mauvaise. "Tant qu’il n’y aura pas de temps réel de concertation entre enseignants, rien ne changera sur le suivi des élèves", note un professeur. On souligne la multiplication des enseignants , par exemple en langues. " Une conséquence de la réforme est de multiplier le nombre d’intervenant devant rendre compte au prof principal qui doit donc consacré plus de temps pour arriver à voir, échanger avec ces collègues supplémentaires !!!! Et le prof principal ne parvient plus à réunir régulièrement toute une équipe pédagogique ensemble au regard du nombre d’intervenants qui explose : moins d’humains, explosion des boîtes mails, moins de temps ensemble à construire des outils. Plus de travail donc !"
C’est aux enseignants qu’il revient de conclure. Peut-être avec cet avis doublement intéressant : "En tant que professeur et parent, je constate à quel point les collègues impliqués en seconde ne savent pas où ils vont (tout est à créer dans l’urgence et pour quelles fins ?). Les moyens , ne serait-ce que matériels, manquent dans mon lycée quand les classes sont alignées pour décloisonner (salle multimédia, etc.)". Claude Thélot, un expert bien connu de l’éducation, écrit sur son blog que "la reforme est un art d’application". Propulsée dans un délai tellement rapide que le premier trimestre s’est passé, dans de nombreux cas, sans manuels, la réforme a voulu injecter à la fois plus d’autonomie dans les établissements et de nouvelles approches pédagogiques comme l’évaluation par compétences et le travail en équipe. Si ces orientations ne manquent pas d’intérêt, elles se sont traduites par une dégradation des conditions de travail (emploi du temps, accès aux TICE etc.) des professeurs et des élèves.
L’enquête souligne aussi en creux le manque d’accompagnement : aucun des contributeurs ne signale de formation ou d’accompagnement pédagogique. On demande aux enseignants de faire du tutorat et de l’accompagnement personnalisé sans formation. Même si les réponses marquent leur investissement, même si on perçoit aussi leur plaisir à travailler en binôme et d’une autre façon (pour les enseignements d’exploration), l’enquête met surtout en évidence le fait que les enseignants ne maitrisent pas la réforme et se demandent où ils vont. C’est grave pour eux mais c’est encore pire pour les élèves... Et cela doit ouvrir le débat sur cette réforme et son application.

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