Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/users5/r/rebaudclaude/www/eduETdev_fr/config/ecran_securite.php on line 245
Propositions de JL AUDUC sur la formation des maîtres - [Education et Devenir]
logo ED
slider slider slider slider slider

Formation des enseignants : Aujourd’hui un champ de ruines et demain ?

Par Jean-Louis Auduc

"Il y a tous les ingrédients d’une crise majeure d’accès au métier enseignant", affirme Jean-Louis Auduc, directeur-adjoint d’IUFM. Mais des solutions existent. Pour lui elles passent par la reconnaissance du fait qu’enseigner est un métier. Il propose une " une entrée en « biseau »" dans le métier enseignant associant stages, enseignement et formation au delà de l’entrée dans le métier.

Quelques mois après la mise en œuvre de ce que le gouvernement Fillon a appelé la « mastérisation », tous les observateurs constatent les lourds dégâts occasionnés par cette politique. :
- Le moment où est situé le concours durant la deuxième année de master place les étudiants devant une concurrence absurde entre la nécessité de réussir le master et celle de réussir le concours pour être recrutés. Cet écartèlement entre différents objectifs est incompréhensible pour nombre d’étudiants et de fait ne permet pas de les mobiliser sur l’une ou l’autre des finalités présentées.
- Les reçus aux concours de recrutement enseignants 2010 se retrouvent sur le terrain sans aucune formation. L’absence de cadrage national et de moyens dévolus à cette fin dans les dotations ministérielles aux académies placent ces dernières dans la situation scandaleuse face aux souffrances ressenties par les enseignants débutants et reconnus début janvier 2011 par un rapport officiel du ministère de l’éducation nationale, de devoir choisir entre une formation minimale des enseignants débutants et l’abandon des élèves pendant cette formation faute de moyens de remplacement. Au final, il n’y aura sans doute dans la quasi-totalité des académies aucune formation pour les enseignants de collège et de lycée et une entrée dans le métier qui sera vécue comme un abandon de son institution aux dures réalités du terrain.

Le bilan de tels dégâts, c’est aussi alors qu’on va voir arriver à l’âge de la retraite aux différents niveaux du système scolaire dans les 7 années qui viennent, plus de 55% des enseignants actuellement en poste, une énorme crise de recrutement.

Il faut prendre conscience de la réalité du début de l’année 2011 :
- Il y a eu moins d’inscrits en juin 2010 aux concours de recrutement 2011 ( une chute en moyenne de 20%) du sans nul doute à la complexité de la mise en œuvre du processus de mastérisation et à l’augmentation du niveau de recrutement .
- Mais, il y a eu surtout, à l’automne 2010 lors du déroulement des épreuves écrites du concours 2011, un effondrement du nombre de présents aux épreuves ( entre 50% à 70% ! suivant les niveaux et les disciplines). Entre l’inscription en septembre et les épreuves d’octobre et novembre, il y a avait eu les multiples témoignages des souffrances des enseignants reçus aux concours 2010 et laissés seuls devant leurs difficultés.
- Les inscriptions en septembre en première année de master pour préparer le concours 2012 marquent un recul tous degrés confondus de plus de 55% !!!!

Entre les démissions des reçus 2010 ( en novembre 2010, 33% de plus que l’année précédente), le faible nombre de candidats aux concours 2011, et l’absence d’étudiants pour préparer les concours 2012, il y a tous les ingrédients d’une crise majeure d’accès au métier enseignant !

Même le président de la république s’en est ému lors de ses vœux le 19 janvier 2011 en appelant « à la réouverture du chantier de la formation des enseignants. »

Il faut dire que ce chantier conçu exclusivement par une approche des coûts financiers et non par des approches centrées par rapport aux besoins des élèves manifeste crûment le grand écart entre le « dire » du discours officiel et le « faire » des réalités et des décisions.

Un seul exemple : l’enseignement des langues vivantes à l’école élémentaire.

Le ministre de l’éducation nationale multiplie les interventions pour dire l’importance de l’enseignement d’une langue vivante à l’école élémentaire qu’il veut même démarrer au début de l’école maternelle… Qu’est devenue la place des langues à l’occasion de la mastérisation dans le concours de recrutement des professeurs des écoles ?

Pour faire des économies, on a supprimé l’épreuve orale de langue vivante qui existait auparavant dans le concours de recrutement. Pour la remplacer, on a prévu l’obligation d’une certification universitaire pour se présenter au concours, mais comme les universités ont annoncé ne pas avoir les moyens de la financer, celle-ci a été annulée pour le concours 2011 qui verra les nouveaux professeurs des écoles ne pas avoir eu la moindre vérification de leur niveau en langue vivante étrangère qu’ils sont censés enseigner !

Quelles solutions ?

Il ne s’agit pas de se lamenter sur le système antérieur, mais de voir que les IUFM ne méritent ni l’excès d’honneur que leur attribue certains, ni l’indignité dont on les affuble souvent. Il faut se rappeler que c’est dès leur création que les IUFM avaient été vilipendés et en juillet 1993, on avait pu entendre François Fillon, alors ministre de l’enseignement supérieur, déclarer lors de la remise du Rapport Kaspi : « Pour l’année de stage, plutôt que d’insister sur connaissances psychopédagogiques, il vaudrait mieux renforcer la formation disciplinaire ».

Il faut dépasser ce vieux débat français qui refuse de conjuguer ensemble savoir et conditions de la transmission des savoirs. Il faut sortir de ce faux débat. Comme le dit Alain Beitone dans un texte circulant sur le net (1) : « Conteste-t-on les injonctions à la transversalité , aux compétences et à la pédagogie inductive de certains responsables de l’éducation et l’on est aussitôt étiqueté comme réactionnaire, élitiste et nostalgique du cours magistral. Critique-t-on l’illusion passéiste et l’élitisme de certains « républicains » et l’on est aussitôt qualifié de pédagogiste, de démagogue laxiste et de partisan de l’ignorance. Dans tout cela on passe à côté de l’essentiel : comment assurer la démocratisation de l’accès au savoir ? Comment favoriser l’enrichissement croisé des recherches en éducation et des pratiques des enseignants ? Comment refonder la confiance dans l’école et dans le caractère émancipateur de l’accès au savoir ? Comment résister aux logiques ségrégatives et concurrentielles qui sapent progressivement le service public d’éducation ? »

Il est indispensable qu’existe un espace « sas » entre le métier rêvé et l’exercice réel de ce métier qui se situe dans une perspective de ne pas séparer comme hier et aujourd’hui les savoirs que les élèves doivent s’approprier et la question de l’exercice au quotidien du métier enseignant.

Souvent, on décrit le métier enseignant comme « faire cours » alors que tout démontre qu’enseigner, c’est « faire classe ».
Faire cours, c’est donner à penser qu’enseigner un savoir, ne nécessite pas de réfléchir sur ceux à qui on l’enseigne.
Faire classe, c’est considérer que le cœur du métier d’enseignant, c’est transmettre des savoirs et mettre en apprentissage des élèves en faisant dans la classe des choix raisonnés face à des situations complexes en se dotant de repères conceptuels, méthodologiques et éthiques permettant de viser la réussite de tous et de chacun.

Quelles pistes de travail ?

Dans l’urgence rétablir une formation digne de ce nom au sortir des concours de recrutement 2011 pour ne plus revoir la situation actuelle, ce qui passe par des décharges de service significatives (40,50% du service) pour les enseignants stagiaires.

Pour la suite :
• Revoir les concours de recrutement enseignant qui doivent mieux s’articuler au métier choisi par les étudiants. Les concours de recrutement aujourd’hui encore plus qu’avant pour tous les degrés d’enseignement, continuent pour leurs épreuves écrites, à être exclusivement tournés vers l’amont, la formation universitaire reçue, et à ne pas comprendre des épreuves tournées vers l’aval, c’est-à-dire, vers le métier que leurs candidats souhaitent exercer.
• Reconnaissance réelle du fait qu’ « enseigner, c’est un métier », ce qui passe par la mise en place de véritables écoles professionnelles pour ce métier à l’image de ce qui existe par exemple, pour les magistrats, la police, les conservateurs du patrimoine, etc. Ces écoles conventionnées avec l’Université auraient le pilotage de la formation initiale et continue sur la base de cahiers des charges nationaux.
• Mise en place et résultats des épreuves écrites du concours de recrutement à la fin de la première année du master pour permettre une vision claire aux étudiants et leur donner d’éventuelles possibilités de reconversion.
• Faire de la deuxième année de master, un moment de mise en œuvre de la diversité d’exercice du métier enseignant :
- Pourquoi ne pas proposer pour les admissibles des concours de recrutement du second degré des dominantes liées au niveau d’exercice : collège ou lycée, ce qui impliquerait pour maintenir l’unité du corps de prévoir un droit à deux semaines de formation continue pour tout changement de niveau d’enseignement dans le second degré ?
- Mise en place durant cette seconde année d’une formation en alternance avec statut rémunéré d’apprentis pour ceux qui la suivraient, en commençant par ceux qui préparent le concours professeur des écoles, documentalistes ou conseiller principal d’éducation.

• Concevoir une entrée en « biseau » dans le métier enseignant :
- 1 Le M1 (première année de master), découverte du métier, approches des savoirs à enseigner et des enjeux de la transmission de ces savoirs. Les épreuves écrites du concours ont lieu en fin de première année du concours.
- 2) Des stages obligatoires pendant l’année de M2 (deuxième année de master) et donnant lieu à une validation nécessaire à l’admission au concours
- 3) Une année de stage avec une formation cadrée nationalement, une décharge d’au moins 40% de service pour les enseignants
- 4) Un accompagnement à la prise de fonction sur le poste de titulaire qui ne devra pas être inférieur à dix jours de formation sur l’année permettant de travailler avec le nouveau nommé les spécificités des classes, de l’établissement et de son environnement.
- 5) Prévoir l’obligation pour les personnels de suivre au moins une fois tous les 6 ans une semaine de formation d’actualisation qui abordera notamment les réflexions et avancées concernant la ou les disciplines enseignées, les avancées de la recherche en éducation et les mutations intervenues dans le système éducatif, notamment dans les niveaux où n’enseignent pas les personnels suivant la formation.

Jean-Louis Auduc

barre

ACCES DES ADHERENTS

se connecter

(accès privilégié à nos
cahiers et publications)

MENTIONS LEGALES