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"Il y a évolution sur le long terme, pas révolution" selon F DUBET - [Education et Devenir]
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Ce peut être vécu comme un changement très inquiétant quand les acteurs de l’école ne voient pas quel est le sens de ces changements, quand ils savent ce qu’ils risquent de perdre sans entrevoir ce qu’ils peuvent y gagner. Lorsque la politique éducative est peu lisible, l’inquiétude et l’angoisse s’installent bien au-delà de la seule école.

Les annonces de Luc Chatel semblent succéder les unes aux autres. Sommes-nous en train de changer de modèle éducatif ?

Si l’on se réfère à l’école de Jules Ferry, on peut penser que l’on change radicalement de modèle d’école. Mais les évolutions en cours ne datent pas des trois dernières années. Autrement dit, elles ne sont pas le fait de Nicolas Sarkozy ni de ses ministres de l’éducation - Xavier Darcos puis Luc Chatel. Elles viennent de bien plus loin.

A quelles évolutions pensez-vous ?

Trois changements me viennent à l’esprit. D’abord, le fait que la légitimité de notre système tienne de moins en moins aux valeurs (culture, laïcité...) et de plus en plus aux résultats. On attend de l’école qu’elle démontre son efficacité. Secundo : pendant longtemps, notre système ne se connaissait guère lui-même. Il est aujourd’hui sans cesse ausculté, mesuré, évalué.

Enfin, je dirais que notre système est de plus en plus mobilisé. Auparavant, on croyait en la vocation de professeur. On sait aujourd’hui que le métier change, qu’il faut bouger. Il y a des équipes, des projets, des objectifs. Faut-il pour autant parler d’une logique d’entreprise ? Je pense simplement que l’institution est tenue de changer.

Vous parlez d’un temps long. Pouvez-vous préciser ?

Il faut remonter aux années 1980, avec la mise en place de l’éducation prioritaire, la marge de manœuvre grandissante laissée aux établissements, l’arrivée des parents dans les conseils d’école, l’apparition des évaluations... Rappelez-vous la loi d’orientation sur l’éducation de Lionel Jospin, en 1989, qui plaçait l’élève - pas l’enfant, la nuance est importante ! - au centre du système. Beaucoup s’y sont opposés parce que cette loi donnait la priorité aux apprentissages réels contre les savoirs idéaux, engendrant la querelle entre pédagogues et républicains...

On a pourtant le sentiment qu’un bouleversement est en cours. Est-ce une erreur d’appréciation ?

C’est bien d’un sentiment qu’il s’agit : sentiment de radicalisation du changement lié, en partie, au style de gouvernement Sarkozy. Dans un contexte de mutation progressive de notre système éducatif, la suppression de milliers de postes, les limites posées à la formation ou l’abrogation de la carte scolaire rencontrent un très fort écho. Pour le corps enseignant, pour les parents, il y a rupture. En réalité, le changement est antérieur à Luc Chatel. On débat violemment des primes aux chefs d’établissement alors qu’elles sont courantes à l’université ; on s’inquiète du mode d’affectation des enseignants alors que les postes à profil nous sont familiers.

Quelles sont les conséquences sur la relation enseignants-parents ?

C’est une relation complexe, une très vieille histoire d’incompréhensions. L’école républicaine se fonde sur l’idée que les parents n’ont pas à entrer dans l’école, idée totalement dépassée. Ils interviennent de plus en plus dans la scolarité de leurs enfants. Le taux d’élèves scolarisés dans le privé est aujourd’hui estimé à 17 %, mais il dépasse 30 % en flux, c’est-à-dire que, de nos jours, plus du tiers des enfants passent par le privé au moins une fois dans leur scolarité. C’est assez mal supporté par le corps enseignant qui souhaite le soutien des parents mais dénonce leur consumérisme. Une situation singulière, très française.

Vous évoquez la singularité de la France. Sommes-nous en train d’y renoncer pour nous rapprocher du modèle anglo-saxon ?

Depuis dix ans, le discours sur l’école est rythmé par les comparaisons internationales. Nous disposons de milliers de données comparatives sur le niveau des élèves dans différents pays, leur perception de l’école, leur moral... Or il est troublant de découvrir que nos résultats ne sont pas bons. Que l’école française est favorable aux riches et défavorable aux pauvres. Que nos enfants sont pessimistes... Notre idéologie est prise à revers ! Nous sommes en train d’encaisser le choc.

Ebranlés dans nos convictions, nous commençons effectivement à regarder ailleurs, vers des systèmes à l’étranger, pays scandinaves bien sûr, mais aussi le Canada et la Grande-Bretagne dont les écoles sont plus efficaces et surtout moins inégalitaires que le sont les sociétés. Cela ne veut pas dire qu’il existe un modèle d’école unique et idéal. Mais nous commençons à admettre que l’autonomie des établissements peut être un atout, que l’idée que tous les établissements se valent est pure fiction. On s’autorise à regarder ce que font les autres.

Ce peut être vécu comme un changement très inquiétant quand les acteurs de l’école ne voient pas quel est le sens de ces changements, quand ils savent ce qu’ils risquent de perdre sans entrevoir ce qu’ils peuvent y gagner. Lorsque la politique éducative est peu lisible, l’inquiétude et l’angoisse s’installent bien au-delà de la seule école.

Propos recueillis par Mattea Battaglia
Article paru dans l’édition du 11.02.11

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