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"Je patauge, mais personne ne trouve ça anormal" - [Education et Devenir]
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Dans Le Monde daté du 9 octobre 2010, elle racontait les difficultés d’une rentrée sans formation préalable. Les programmes iniques, les élèves qui s’agitent, les parents qui critiquent. Six mois plus tard, rien n’a vraiment changé pour la jeune professeure stagiaire, que nous appellerons Louise pour ne pas mettre en danger sa titularisation.

LEMONDE | 21.02.11 | 14h40

La semaine dernière, elle a même pensé à l’arrêt maladie : "Je ne dormais pas, je rêvais de mes élèves. Je partais au collège en pleurant. Je me suis dit qu’il fallait que tout ça s’arrête." Et puis elle s’est accrochée.

Elle officie dans un collège ordinaire de l’académie d’Aix-Marseille. Mais là aussi, les violences sont coutumières. Quand l’un lui jette son carnet de liaison à la figure, l’autre lui envoie des bouts de gomme dans les cheveux. Sans compter cette jeune fille incontrôlable qui feint sans cesse de lui mettre un coup de boule : "Certains élèves me font peur", glisse la jeune professeure de français. Un jour, un jeune lui a fait un croche-pied dans le couloir. "J’ai trébuché, mais je ne suis pas tombée."

Différentes casquettes

Pédagogiquement, Louise a dû revoir ses objectifs à la baisse. Dans sa classe de 5e, l’un des élèves ne sait toujours pas écrire son prénom. Et personne ne maîtrise encore le présent. "Je ne suis pas frustrée, je suis dépassée, précise-t-elle. Dépassée par l’importance des problèmes de ces gamins que je suis incapable de résoudre, faute de formation."

A chaque minute, elle se tient prête à changer de casquette : enseignante, psychologue, éducatrice, assistante sociale... "et flic". La discipline reste sa mission principale. En six mois, Louise a trouvé quelques "trucs" : elle refuse de faire rentrer ses élèves en classe s’ils n’arrivent pas en rang, deux par deux, et dans le silence. Dès qu’il y a trop de bruit, elle arrête le cours et leur demande de recopier des textes. "Ce qui marche, c’est l’acharnement. Ne jamais plier."

Elle a aussi appris à laisser tomber quelques vieilles recettes : "La retenue, ça ne sert à rien : les jeunes en profitent juste pour pourrir le surveillant qui se trouve là." Les mots dans le carnet ne font pas plus d’effet. Et que dire à cet adolescent qui vient de regagner le domicile familial après plusieurs années en foyer, et qui hurle que s’il a un mot dans son carnet, son père le battra ?

Parfois, Louise craque. Rarement au collège, souvent chez elle. De désespoir, de frustration, de fatigue aussi. Elle prépare ses cours la veille au soir, jusque tard dans la nuit. Et se lève à 5 h 30 pour corriger des copies : "Comment pourrais-je faire autrement ? Ma vie est grignotée par ce métier. Je ne pense qu’à ça, ne parle que de ça. Le collège m’a absorbée."

Après les vacances, elle suivra une formation de quatre semaines à l’institut universitaire de formation des maîtres (IUFM). Une parenthèse théorique pendant laquelle elle devra confier ses élèves à une étudiante de master 2 : "Elle débarquera ici juste après son écrit du capes, alors qu’elle a encore l’oral à préparer et un mémoire à écrire, raconte Louise. Elle panique déjà."

Son inspectrice vient de lui rendre un excellent rapport de stage : "Je patauge, mais personne ne trouve ça anormal." La titularisation ? Elle refuse de projeter : "Ce métier n’est peut-être pas fait pour moi. Manifestement, je ne serai jamais L’Instit ou le type d’Entre les murs !"
Marion Quillard Article paru dans l’édition du 22.02.11

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