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« On s'éloigne du service public d'éducation » - [Education et Devenir]
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L’historien Antoine Prost décrypte l’évolution d’un système depuis ses origines. Antoine Prost est historien de l’éducation. Il est notamment l’auteur de Regards historiques sur l’éducation en France (Belin, 2007).

Jusqu’en 1932, l’éducation nationale s’appelait instruction publique. Dès le XIXe siècle, c’était un service public, d’abord municipal (1833) pour le primaire, puis national à partir des années 1880.

L’enseignement secondaire fut un monopole d’Etat de 1808 à 1848. N’ayant ni les finances ni le personnel pour créer seul un maillage régulier d’établissements sur tout le territoire national, l’Etat s’appuyait ainsi sur les villes et sur des entreprises privées, confessionnelles ou non, mais il les contrôlait. A côté des lycées nationaux et des collèges communaux, les pensions et institutions privées devaient acheter à l’Etat le droit d’ouvrir, et payer une contribution par élève. Le baccalauréat assurait l’unité des programmes et du niveau.

En 1848, le monopole disparaît, l’enseignement privé devient « libre ». Si le baccalauréat maintient l’unité des programmes et du niveau, les établissements privés (confessionnels surtout) disputent les élèves aux établissements publics à armes égales, car tous deux sont payants, et leurs tarifs comparables. Le secondaire public ne devient gratuit qu’en 1930. Socialement, il s’ouvre à des boursiers plus nombreux qu’on ne croit et dont la seule présence fait fuir certaines familles. Mais on l’oublie toujours : la concurrence entre public et privé dans le secondaire a été la règle du XIXe siècle à 1940.

Et les deux réseaux scolarisaient chacun environ la moitié des effectifs en 1898 comme en 1940. La situation du primaire était très différente, car l’enseignement catholique était fort dans certaines régions seulement, où la rivalité avec l’école publique relevait des passions idéologiques plus que de la concurrence.

Après Vichy, qui verse aux évêques des subventions pour améliorer le salaire des enseignants privés, l’éducation nationale entre dans une période de croissance massive des effectifs post-primaires. L’enseignement privé ne peut suivre, et il ne scolarise plus que le quart des élèves du secondaire en 1959. La loi Debré enraye son déclin puisque, malgré la forte croissance du second cycle, il scolarise en 2010 à peu près la même proportion d’élèves qu’en 1959.

Appliquée dans son esprit, la loi Debré aurait pu renforcer le service public. Elle subordonne en effet le contrat d’association à l’existence d’un « besoin scolaire reconnu ». L’Etat finance les établissements qui remédient aux insuffisances du réseau public. Leur caractère propre est reconnu, mais ne concerne pas l’enseignement : ils ont l’obligation d’accueillir les élèves sans exclusives, et de dispenser l’enseignement dans le respect de la liberté de conscience. Sur ce point, la loi a plutôt réussi : les professeurs qui remplacent les prêtres ou congréganistes d’antan ont mis fin à l’histoire et à la philosophie « catholiques » ; l’enseignement privé admet désormais la laïcité du savoir.

Mais le système de 1959 a dérivé. Le besoin scolaire n’est plus défini par la carte scolaire : c’est un droit à la différence, voire une revendication communautaire. Le privé n’obéit pas aux mêmes règles que le public et accepte le voile, que celui-ci doit refuser. Il n’est pas soumis à la carte scolaire qui, d’ailleurs, se libéralise. On passe d’un système qui relevait de la concession de service public, à un dualisme encouragé par le gouvernement actuel. Alors que les taux d’encadrement sont voisins, avec des différences en plus ou en moins inférieures à 1, sauf dans les lycées, où ils sont de 28,4 élèves par classe dans le public contre 24,8 dans le privé (Repères et références statistiques, 2009), de 2007 à 2009, les suppressions de postes ont été deux fois plus élevées dans le public que dans le privé de 2007 à 2009 (4,46 % contre 2,61 %), non compris 16 000 postes supprimés en 2010 dans le public.

C’est un message clair. Un service public se définit par deux traits : l’égalité de l’offre, quels que soient le domicile et les ressources des familles, et une qualité garantie par l’Etat et non par le jeu de la concurrence. On s’en éloigne.

Parler de service public est en outre un piège. La Poste est un service public, mais nul n’est obligé de mettre des lettres à La Poste. L’enseignement, lui, est obligatoire. C’est une institution, que la société charge d’assurer sa propre continuité, de faire que les petits-enfants comprennent leurs grands-parents, et les ruraux les citadins. Sa raison d’être est de créer... un socle commun. C’est beaucoup plus qu’un service, même public. »
Antoine Prost

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