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" L'internat était pédagogique " - [Education et Devenir]
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L’histoire de l’internat par Antoine Prost

Antoine Prost est historien de l’éducation. Il est notamment l’auteur de Regards historiques sur l’éducation en France (Belin, 2007).

L’importance de l’internat au XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle tient à une raison- -évidente : l’état des transports rendait l’externat impossible pour beaucoup d’élèves. Dans une -France massivement rurale, les notables, propriétaires, notaires ou médecins de campagne qui voulaient que leurs enfants fassent des études secondaires n’avaient guère d’autre choix. Le problème se posait déjà dans le primaire : les cours complémentaires et les écoles primaires supérieures, qui assuraient quatre années de cours après le certificat d’études, devaient héberger les élèves qui ne pouvaient rentrer chez eux le soir. A la fin du XIXe siècle encore, on comptait 28 % d’internes dans les établissements secondaires publics, 23 % dans les écoles primaires supérieures et 9 % dans les cours complémentaires.

Mais l’internat n’était pas qu’une réponse à l’éloignement. C’est aussi un dispositif pédagogique. Au XIXe siècle, les études secondaires reposent sur l’écrit ; les instructions officielles prescrivent un devoir par jour : versions latines et grecques, thèmes et vers latins, discours latin et français. La classe est un relais entre deux devoirs : elle dure deux heures, commence par la reddition des copies et se termine par la dictée du prochain devoir. Les études, où l’on fait les devoirs, sont donc essentielles : elles sont surveillées par des maîtres d’études ou répétiteurs.

Au milieu du XIXe siècle, pour quatre heures de cours par jour (deux le matin et deux l’après-midi), les internes ont sept heures et demie d’études. Après l’allégement des horaires de 1890, les études durent encore de quatre à cinq heures par jour dans les premières classes, et cinq à six heures dans les dernières.

Les études sont si importantes que, sauf la plus matinale et la plus tardive, les demi-pensionnaires les suivent ainsi que beaucoup d’externes dits "surveillés". Cette pratique se poursuivra très avant dans le XXe siècle. Au lycée de Rennes, par exemple, on compte, en 1931, pour 70 élèves de 1re, 33 internes, 19 demi-pensionnaires et externes surveillés, et seulement 18 externes "libres", qui n’assistent qu’aux cours. En 5e et 6e, sur 199 élèves, 58 sont pensionnaires et 65 demi-pensionnaires ou externes surveillés ; les 76 externes libres sont minoritaires.

Dans les collèges confessionnels, qui scolarisaient jusqu’en 1940 la moitié des élèves du secondaire, l’internat était plus important encore. A la fin du XIXe siècle, il concernait 60 % de leurs élèves (petits séminaires compris). Les ecclésiastiques, en effet, n’avaient pas confiance dans la capacité des familles à donner à leurs enfants une éducation chrétienne authentique. Ils concevaient l’internat comme un milieu éducatif total, dans lequel la pratique régulière des sacrements et l’organisation de la vie quotidienne formeraient de bons catholiques. L’externat était une concession, que refusaient d’ailleurs les petits séminaires.

Révolution des années 1960 L’internat a reculé lentement pour plusieurs raisons. Dès la fin du XIXe siècle, on critique son inconfort, son manque d’hygiène, ses mœurs parfois rudes. Au milieu du XXe siècle, la famille change beaucoup. Les relations parents-enfants ne s’organisent plus autour de l’obéissance et du devoir, mais d’une affection réciproque où câlins et bisous sont indispensables. Mettre en pension de jeunes enfants devient cruel. Les internes se raréfient puis disparaissent dans les petites classes de 8e et 7e, mais en 1940, on en trouve encore en 6e, à 10 ou 11 ans.

Puis intervient la double révolution des années 1960 : d’un côté, l’automobile se répand et rapproche les familles de l’école ; de l’autre, la multiplication des collèges et des lycées rapproche l’école des familles. Les établissements abandonnent sans regrets l’internat qui leur posait des problèmes d’hôtellerie et de responsabilité. D’autant que, dans une pédagogie qui repose sur le cours et privilégie l’oralité, le lien entre l’étude et la classe s’est dénoué. Seul le travail des élèves peut donner sens à l’internat. "

© Le Monde

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