Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/users5/r/rebaudclaude/www/eduETdev_fr/config/ecran_securite.php on line 245
L'oeil d'un expert sur la réforme des lycées : « L’entrée dans la nouvelle culture de l’accompagnement est très difficile » - [Education et Devenir]
logo ED
slider slider slider slider slider

Françoise Clerc, Professeure en sciences de l’éducation à l’Université Lyon 2, membre
d’Éducation & Devenir, a mené une enquête dans huit académies à travers des questionnaires
et des rencontres informelles dans les lycées (professionnels, généraux et technologiques,
polyvalents, cités scolaires), implantés dans des zones économiquement et socialement très
différentes.

 
 
 
 
 
Par Soazig Le Nevé
Certains témoignages ont été recueillis directement auprès des chefs d’établissement. D’autres indirectement, via la médiation de formateurs ou d’IA-IPR. Elle précise que cette étude se veut « non exhaustive »..
 

Educ Info : Les enseignements d’exploration relèvent-ils le défi d’une orientation des élèves progressive ?

Françoise Clerc : Dans les faits, les enseignements d’exploration ne sont pas vraiment d’exploration. Les établissements ont rarement eu l’occasion de réfléchir à la dimension proprement exploratoire. Dans de nombreux cas, ils prédéterminent les élèves vers l’offre du lycée, notamment dans les filières technologiques. Beaucoup d’enseignants se demandent s’ils doivent être évalués de la même manière que les autres enseignements, la dimension « exploration » étant difficilement prise en compte par les évaluations classiques. Pourtant, dans certains établissements, les professeurs ont vraiment joué la carte de l’exploration, en mettant en place des projets pluridisciplinaires, (par exemple : sciences économiques et sociales et histoiregéographie, ou sciences de la vie et de la terre et sciences physiques), parfois coanimés par deux enseignants, autour d’une problématique précise. Ces projets permettent aux élèves de découvrir, au-delà des frontières des disciplines, les véritables enjeux des enseignements et des formations des différentes filières.

Le rapport de l’Inspection générale regrette qu’il n’y ait pas eu de réelle concertation sur l’offre d’enseignements d’exploration, entre établissements d’un même secteur. Les établissements semblent plutôt mis en concurrence les uns par rapport aux autres. Il aurait fallu élaborer une carte d’une offre, cadrée par une politique régionale. Je doute qu’il soit possible de mettre en place une véritable exploration débouchant sur un choix d’orientation le temps d’une seule année scolaire.

Les classes de e" data-scaytid="9">3e des collèges ne sont pas impliquées dans la réforme. Pourtant, elles correspondent à un cycle d’orientation, lui aussi sur une seule année scolaire. Il aurait été plus efficace de penser la troisième et la seconde comme constituant un même cycle d’orientation sur deux ans. L’exploration aurait alors pris tout son sens.

Educ Info : Quel bilan dressez-vous de l’accompagnement personnalisé ?

Françoise Clerc : Dans un contexte de réduction des moyens – question de plus en plus sensible dans les établissements au fur et à mesure que les postes sont supprimés ou redéployés sur plusieurs lycées –, mettre en place un accompagnement véritable est compliqué et mal perçu. Les enseignants ont souvent assimilé accompagnement et aide individualisée. Les mots utilisés reflètent cette difficulté : on trouve encore dans les projets la dénomination « aide individualisée » ou « aide personnalisée ». Les activités correspondant à l’apprentissage de la méthodologie sont mal cernées.

Quant à l’orientation, elle est traitée le plus souvent sans lien avec les enseignements d’exploration. Il n’est pas rare que des enseignants utilisent l’accompagnement comme un temps supplémentaire d’enseignement de la discipline, contournant ainsi la réduction des horaires dans les nouveaux programmes. Parfois, il s’agit d’un simple dédoublement des classes.

En revanche, l’expérience des entretiens d’accueil personnalisés – principalement en lycées professionnels, qui ont déjà un recul d’un an puisque la réforme est entrée en vigueur à la rentrée 2009 – a conduit les enseignants à se poser la question du traitement des besoins des élèves. Dans les lycées généraux et technologiques, un accord se fait sur l’intérêt de l’accompagnement, mais personne ne trouve cela facile à mettre en œuvre.

L’observatoire mis en place par Éducation et devenir , comme le rapport de l’Inspection générale, soulignent la confusion entre individualisation et personnalisation. Outre que l’individualisation n’est pas la meilleure approche des difficultés d’apprentissage, elle est fort consommatrice de moyens. Les entretiens, s’ils sont individuels, risquent de consommer des heures au détriment des séances d’accompagnement proprement dites. Il faut trouver un équilibre. Certains chefs d’établissement considèrent qu’ils n’ont pas les moyens suffisants pour mettre en place le tutorat et les stages de remise à niveau. Peu de lycées les proposent aux élèves.La réforme du lycée fait le grand écart entre l’injonction d’une autorité centralisée qui gouverne par circulaires et réformes et le libéralisme d’une mise en œuvre non pilotée de la politique, laissant une trop large place à la liberté pédagogique individuelle

Educ Info : Les professeurs ont donc eux aussi besoin d’être accompagnés…

Françoise Clerc : Les enseignants les plus convaincus sont mis dans des positions intenables. Dans de nombreux lycées, l’opposition à la réforme n’a pas facilité la mise en place de nouvelles pratiques. Mais, faute d’une formation préalable et d’un suivi, les professeurs volontaires ont été abandonnés à eux-mêmes. Le démantèlement des structures chargées de la formation – MAFPEN d’abord, puis IUFM – a porté un coup sérieux aux ressources. Les académies ne disposent pas d’un réservoir suffisant de formateurs compétents pour accompagner les équipes. Pour que la réforme aboutisse, il aurait fallu en préparer la mise en œuvre avec des formateurs. Il ne s’agit pas de transmettre des réponses toutes faites. Il faut aider les enseignants, en étroite collaboration avec les équipes de direction, à construire leurs propres solutions en fonction des spécificités de chaque lycée.

Educ Info : D’un établissement à l’autre, les élèves ne vivent donc pas la même réforme du lycée ?

Françoise Clerc : Les élèves ont été très peu informés du contenu de la réforme. Leurs parents encore moins. Les enseignements d’exploration sont quelque chose de flou dans la tête des lycéens. C’est du chinois pour la majorité des parents. L’enjeu de la réforme du lycée n’est pas du tout compris. D’une région à l’autre, d’un établissement à l’autre, l’expérience des élèves varie. Ce n’est d’ailleurs pas forcément un problème et le service public n’est pas mis en péril par des adaptations locales, à condition qu’elles se fassent dans un cadre commun, avec les mêmes finalités éducatives.

Educ Info : Les conseils pédagogiques se sont-ils emparés de la réforme, comme l’affirment les inspections générales ?

Françoise Clerc : La logique aurait voulu qu’ils soient en première ligne. Mais ils ont peu d’existence réelle et quand ils existent, ils peinent à accomplir leurs missions. À cela plusieurs raisons. Parmi elles, le fait que l’autonomie des établissements est une fiction. La réforme du lycée, à mon sens, fait le grand écart entre l’injonction d’une autorité centralisée qui gouverne par circulaires et réformes et le libéralisme d’une mise en œuvre non pilotée de la politique, laissant une trop large place à la liberté pédagogique individuelle.

Les conseils pédagogiques auraient dû se saisir des projets des équipes et les articuler. Les conseils d’administration auraient eu en main les éléments d’un véritable projet. Au lieu de quoi, de nombreux proviseurs ont été obligés d’aller chercher les bonnes volontés dans la salle des professeurs. Dans ces conditions, la grande injustice est qu’une proportion variable certes – mais souvent faible – d’enseignants sont spontanément partants pour installer des innovations. Le poids des réformes pèse sur eux.

Educ Info : Une réforme du lycée réussie n’implique-t-elle pas finalement de revoir le temps de service des enseignants ?

Françoise Clerc : Il est possible de poser la question comme cela, mais c’est prendre le risque de rentrer dans un conflit frontal avec les organisations syndicales. Une décision de ce type au niveau ministériel a toutes les chances de faire l’unanimité contre elle. Et il n’est pas sûr qu’elle progresse vers une solution viable. Au niveau local, en revanche, de nombreux chefs d’établissement sont capables de négocier l’intégration de nouvelles missions dans le temps de travail des enseignants contre des allègements de services. Il est urgent de reconnaître les tâches de coordination d’équipe, indispensables au travail collectif. Pour cela, il faut bien connaître les situations, avoir la confiance des personnels et disposer d’une marge de manœuvre. À ces conditions, des zones de consensus peuvent être trouvées.

Il faut donner aux proviseurs une véritable responsabilité de gestion des personnels. Ils sont les mieux placés pour connaître les besoins de l’établissement et organiser les équipes pour y faire face. Tout nouveau ministre de l’Éducation doit cesser de vouloir réformer les programmes ou les enseignements. Actuellement, la priorité est de réformer la gouvernance du système. L’Éducation nationale doit prendre conscience que les collectivités locales prennent de plus en plus position sur les pratiques pédagogiques. Les politiques éducatives, au niveau national et local, doivent être plus étroitement concertées. La responsabilité incombe au ministère de fixer le cadre et les moyens et d’évaluer les politiques. Les ajustements plus fins doivent être fait au niveau local.

Educ Info : Comment envisagez-vous la montée en puissance de la réforme du lycée en 2011, puis 2012 pour les classes de première et de terminale ? Existe-t-il un risque d’essoufflement ?

Françoise Clerc : Beaucoup de proviseurs disent qu’ils préserveront ce qui s’est construit en seconde et que pour la classe de première, ils feront avec les moyens qui restent. Certains veulent conserver intactes les équipes de seconde qui se sont investies cette année. Ils n’envisagent pas encore un essaimage en première. Le problème, c’est que dans certains établissements, les réserves de professeurs volontaires sont déjà épuisées. Se posera aussi un problème de locaux : l’accompagnement se fait en groupes restreints. Les emplois du temps ont été souvent conçus pour mettre les classes en barrettes, les élèves de plusieurs classes étant en accompagnement à la même heure. Ces dispositifs exigent de disposer simultanément de beaucoup de petites salles. Selon l’architecture des lycées, cette organisation ne peut pas toujours être reproduite en première.

Enfin, la logique de l’accompagnement dans le cycle terminal n’est plus tout à fait celle de la seconde d’exploration. Il s’agit d’aider les élèves à mener à bien un choix déjà accompli. Il faudra de nouveau inventer des modalités pratiques cohérentes avec cette logique.

  • l’interview en pdf
  • 30 avril 2011
  • 47.9 ko / PDF
barre

ACCES DES ADHERENTS

se connecter

(accès privilégié à nos
cahiers et publications)

MENTIONS LEGALES