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convention Europe Ecologie sur l'éducation : P Meirieu réagit - [Education et Devenir]
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Philippe Meirieu (Europe Écologie Les Verts) : « En finir avec une politique éducative qui a très fortement découragé les acteurs »

« Redonner de l’espoir et des marges de manœuvre pour que les acteurs ne se sentent plus acculés à ne faire que survivre dans une institution qui les surveille » : tel est l’objectif qu’assigne le pédagogue Philippe Meirieu à Europe Écologie Les Verts. Le vice-président en charge de la formation au sein du conseil régional Rhône-Alpes tire, dans un entretien à AEF, le bilan de la convention nationale organisée par son parti sur le thème de l’éducation samedi 7 et dimanche 8 avril 2011 à Sciences Po Lille (AEF n°149664).

AEF : Pourquoi avoir organisé cette convention nationale sur l’éducation et non pas sur l’école ?

Philippe Meirieu : Ce qui nous différencie des autres partis, c’est que nous ne traitons pas l’éducation uniquement au sens scolaire du terme : pour nous, ce thème correspond à un ensemble plus vaste, qui intègre ce qui se passe dans la famille, dans le tissu associatif et culturel, dans les médias. Il faut en finir avec la caricature qui a marqué ces dernières années et prendre en compte la complexité des situations. Nous pensons ainsi qu’on ne peut pas tout demander à l’école, en particulier de rendre les enfants attentifs dans une société qui ne cesse de les stimuler. Nous avons par exemple réfléchi, lors d’un atelier, à ce que pourrait être un cahier des charges de la télévision publique, qui permettrait la diffusion d’un journal télé pour les enfants ou de films en version originale sous-titrée et qui limiterait la publicité avant et après les programmes destinés aux enfants. Car la question de l’environnement psychique de l’enfant est indissociable de la réflexion sur l’éducation.

AEF : Cette convention avait la particularité d’associer les acteurs de terrain. Que retirez-vous de leurs prises de position ?

Philippe Meirieu : Nous devons en finir avec une politique éducative qui a très fortement découragé et stigmatisé ces acteurs de terrain : le niveau de désinvestissement de l’État dans le service public, à travers les suppressions de postes, nous amène très clairement à un point de rupture. Il nous faudra redonner de l’espoir et des marges de manœuvre pour que les acteurs ne se sentent plus acculés à ne faire que survivre dans une institution qui les surveille. La question de la pression de l’évaluation sur le système éducatif a été plusieurs fois abordée lors des ateliers : une sorte de technocratie semble s’être emparée de l’école pour imposer une obligation de résultat au risque de faire oublier les missions éducatives du système, notamment les missions citoyennes et culturelles.

Cette convention a aussi mis en avant la nécessité de travailler sur le collectif, pour sortir les élèves de leur isolement, pour aider les enseignants à travailler en équipe, pour encourager les écoles à s’insérer dans un environnement éducatif local, en jouant sur les coopérations et les complémentarités. Il y a une nécessité de retrouver les vraies missions du service public, l’égalité et la continuité territoriale : le service public doit être un recours, pour que les familles ne soient pas contraintes de se retourner vers le privé.

AEF : Dans cette perspective, quelle doit être la place de l’enseignement privé ?

Philippe Meirieu : Le privé concentre 20 % des élèves français. Je pense qu’il nous faut rechercher une manière plus équitable de répartir les crédits, par exemple en prenant en compte le critère de mixité sociale.

AEF : La question du décrochage scolaire a également été abordée au cours de la convention…

Philippe Meirieu : Près de 10 % des 16-25 ans seraient, selon le recensement de 2007, sans statut : pas lycéens, pas étudiants, pas apprentis, pas inscrits dans une mission locale, pas demandeurs d’emploi… Il faut agir pour ces jeunes absents des politiques publiques, qui sont dans une situation d’errance inacceptable. Nous allons confronter les expériences menées dans plusieurs régions pour élaborer des propositions. Mais un consensus se dégage déjà, même s’il y a encore un débat sur les modalités, sur l’idée d’un crédit-formation qui permettrait à ceux qui n’ont pas pleinement bénéficié de la formation initiale d’avoir une nouvelle chance.

AEF : Quels sont les points de désaccord qui ont pu apparaître au cours de cette convention ?

Philippe Meirieu : La suppression des grandes écoles, proposée par Eva Joly, est un point de débat qui traverse les militants : je pense, à titre personnel, que ce n’est pas une priorité absolue et que la question est plutôt de définir les conditions d’accueil dans l’enseignement supérieur. Il y a eu aussi des débats autour des obligations des enseignants – comment organiser le travail en équipe ou la présence dans les établissements – ou sur les poids des parents sur l’école. Mais globalement, nous sommes tous dans la recherche de propositions susceptibles de redonner de la confiance et du tonus à un système éducatif un peu exsangue. Personne n’attend le miracle d’une nouvelle réforme : ce qu’il nous faut, c’est un nouveau dynamisme misant sur l’inventivité. L’enjeu de la campagne électorale sera la construction d’un climat de confiance entre le politique, l’école et la nation.

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