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Les enseignants, problème ou solution ? par Patrice Bride - [Education et Devenir]
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François Dubet et Bruno Julliard
ont débattu ce jeudi 8 septembre à l’invitation de la fondation Terra
Nova,
qui présentait son rapport « Faire réussir tous les
élèves ». Parmi tous les sujets abordés, la question de l’adhésion des
enseignants au projet proposé semble majeure.

Étrange dialogue jeudi soir à la Bellevilloise à
Paris : des constats acérés de François Dubet, qui mettent le doigt là
où ça fait mal à l’école ; des propositions revigorantes de Bruno
Julliard, dans la perspective d’une rupture avec un système éducatif de
plus en plus élitiste et de moins en moins républicain ; mais un
sentiment d’ensemble d’impuissance, avec l’ombre des désillusions du
passé, celle du contexte économique défavorable, et surtout l’embarras
du discours à tenir aux enseignants.

François Dubet est sévère à leur égard : ils ont refusé la transition
de l’école indispensable dans le contexte de la « massification » de
son public, par attachement à la définition académique de leur métier,
et plus précisément aux obligations de service définies en heure de
cours disciplinaires ; l’occasion a été manquée en particulier au début
des années 1990, quand la revalorisation salariale n’a pas été
accompagnée d’une négociation autour des missions. Mais voilà : une
réforme de l’école ne pourra pas se faire sans leur adhésion, et
nécessite donc « de l’information, des débats ». Mais pour y dire quoi ?

Intégrer dans ces missions d’autres tâches que les cours, augmenter
le temps de présence dans les établissements est un des points
essentiels du projet du parti socialiste présenté par Bruno Julliard,
confiant dans l’engagement des enseignants en faveur de la réussite des
élèves. Mais peut-on vraiment croire que ce n’est qu’une question
technique, de formulations dans un décret, d’organisation des emplois du
temps ? Bien des enseignants assurent déjà des temps d’accompagnement
des élèves, bien des établissements essaient de dégager du temps de
concertation dans les emplois du temps des équipes, sans que cela
suffise en soi à insuffler l’envie de travailler ensemble, à construire
les compétences pour aider les élèves ou mener des projets collectifs, à
élaborer des pistes pour que ce travail contribue à améliorer les
apprentissages. Limite d’une réforme administrative que mesure bien
Bruno Julliard quand il parle du nécessaire « changement culturel » pour
rompre avec la tradition élitiste de l’école française. Mais comment
avance-t-on vers ce changement ?

Sans doute faudrait-il être beaucoup plus clair sur les finalités de
l’école, sur les objectifs fixés aux enseignants par la collectivité.
« Réussite de tous » ne veut pas dire grand chose. Bruno Julliard
déplore que des termes comme « autonomie » ou « personnalisation »
soient victimes de détournement en bande organisée par les caciques de
la droite : peut-être que ce ne sont pas les bons termes, trop
susceptibles d’être entendus dans le sens « débrouillez-vous et vous
n’aurez que ce que vous méritez » ? Soyons plus clair : priorité aux
plus défavorisés, solidarité comme valeur majeure de l’école, et
coopération comme principe d’organisation des apprentissages, de
fonctionnement des établissements. L’affirmer en paroles, et en actes :
quelles définitions des services, quel recrutement et quelle formation
des enseignants, quelles grilles de salaires, quelles procédures
d’affectation si l’objectif prioritaire est de faire progresser les 15 %
d’élèves, un sur huit, régulièrement pointés comme le plus en
difficulté ?

Il n’est pas dit que tous les enseignants adhérent à un tel discours
tant ils portent, volontairement ou pas, l’héritage de l’école d’antan.
Mais soyons mobilisateurs pour ceux qui veulent changer l’école.

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