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Rapport JOLION sur la mastérisation : l'analyse de JL Auduc - [Education et Devenir]
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lien vers le rapport : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Documents/docsjoints/rapportjolion111011.pdf

Rapport Jolion sur la masterisation : Un réquisitoire sur sa mise en place 

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Par Jean-Louis Auduc

"Cette réforme porte en elle des écueils qui ne pourront être levés par de simples ajustements". En avril dernier, Jean-Michel Jolion, président du comité de suivi Master, avait livré un "rapport d’étape", déjà critique, où il décrivait la situation de souffrance des candidats aux concours d’enseignement. Le rapport final remis le 11 octobre aux ministres de l’éducation et de l’enseignement supérieur, est plus sévère. Jean-Michel Jolion relève que la masterisation a "fragilisé" la formation de certaines catégories d’enseignants comme les PLP. Il estime que les formations en alternance, encore perçues comme une solution en avril, sont inadaptées. Pire les concours ne préparent pa l’exercice du métier et aucune formation professionnelle n’est données aux nouveaux enseignants. Le rapport fait 10 recommandations dont on retiendra une formation professionnalisante pour les étudiants et un nouveau statut pour les IUFM. Le rapport réclame également un plan de recrutement d’enseignants. Des exhortations qui ne sont pas nouvelles. " Peut-être qu’en les récitant une fois de plus elles seront enfin entendues", dit JM Jolion. Aujourd’hui aucun des deux ministres n’a communiqué sur ce rappport...

 

Le rapport de Jean-Michel Jolion : « Masterisation de la formation initiale des enseignants : enjeux et bilan » est un réquisitoire sur ce qu’est devenu la formation initiale des enseignants depuis deux ans. Ce rapport reprend les nombreuses critiques entendues lors de la mise en œuvre de la mastérisation et qui n’avaient jamais été entendues par les ministres successifs. Le rapporteur ne s’en cache d’ailleurs pas, puisqu’il conclue ses préconisations par le paragraphe suivant : « Ces quelques préconisations ne sont pas nouvelles et la plupart d’entre elles pour ne pas dire la totalité figuraient déjà explicitement dans les conclusions des rapports Marois et Filâtre et certaines ont été reprises dans les conclusions du rapport Grosperrin. Peut-être qu’en les récitant une fois de plus elles seront enfin entendues. . .  »

Dès le départ, le rapport reconnait , ce que tous les observateurs avaient bien noté, que la « réforme » de la formation des maîtres n’avait pas un but d’amélioration du système existant, mais qu’elle «  a principalement été amorcée pour des raisons budgétaires » sans aucune concertation avec les acteurs concernés. Ce rapport souligne également que cette réforme de démantèlement de la formation des maîtres ne pourra pas faire simplement l’objet de quelques aménagements, car « cette réforme porte en elle des écueils qui ne pourront être levés par de simples ajustements. »

Il souligne également que des pans entiers du système éducatif ont été les « oubliés » de la mastérisation, comme je l’avais à plusieurs reprises souligné dans divers articles sur ce site concernant l’enseignement professionnel et technologique : « Pour les filières conduisant aux concours des professorats des lycées professionnels (CAPLP) et de l’enseignement technique (CAPET), l’application de la mastérisation est un élément de très forte fragilisation notamment car elle écarte tout un vivier de candidats issus du milieu professionnel… »

Concernant les formations en « alternance » mise en place à cette rentrée, le rapport Jolion pointe justement les ambigüités de ce dispositif : « L’alternance ne doit pas simplement être vue comme un moyen détourné de fournir une rémunération a des jeunes et/ou de constituer un vivier de vacataires "stabilisés". Si cela peut et doit concerner les assistants d’éducation, il est évident que leur mission au sein de l’Education Nationale devra alors tenir compte du cursus de master dans lequel ils sont inscrits. Cependant, il semblerait que les conditions financières proposées aux étudiants inscrits au sein de ces masters soient moins bonnes que le statut d’assistant d’éducation ce qui conduit par endroit à une pénurie de candidats. Par ailleurs, là encore, la place du concours rend difficile le démarrage d’une vraie alternance (si elle est conçue uniquement pour le M2) dès le début de l’année universitaire. Sans pour autant imaginer un dispositif exclusivement réservé aux admissibles, il est évident que l’incertitude liée à un concours dont les résultats ne sont connus qu’en novembre ou janvier rend très difficile le travail d’articulation entre le volet académique et le volet professionnel. » On ne saurait mieux dire !

Le rapport poursuit par une dénonciation en règle de la place du concours dans l’année et du contenu des concours de recrutement. A l’inverse du rapport Grosperrin qui proposait à terme la suppression des concours pour un recrutement des « mastérisés » par les chefs d’établissement, ce rapport prône une modification des contenus des concours pour qu’ils soient plus en phase avec le métier pour lequel ils recrutent : « Leurs contenus ne tiennent absolument pas compte de l’articulation nécessaire avec le diplôme de master et plus grave encore, ils sont perçus par les étudiants comme complètement déconnectés de l’exercice réel du métier d’enseignant. »

Enfin, dans son analyse de la situation, le rapport enfonce le clou sur les contradictions de la mastérisation : place du concours ; non obligation du stage comme pré-requis pour les épreuves d’admission ; absence d’une année de stage véritablement professionnalisante après le concours. « Il est tout à fait possible d’envisager un concours de recrutement sur un contenu qui soit déconnecté de l’exercice d’une profession. Mais cela n’a de sens que si le concours ouvre sur une vraie formation professionnalisante. Dans la réforme mise en place, nous utilisons ce type de concours pour ouvrir directement sur une profession et non sur une formation professionnalisante, la poursuite de la formation durant la première année d’exercice ne pouvant en aucun cas être considérée comme une vraie formation professionnelle. Il est indispensable que les concours soient pleinement articulés avec l’exercice réel du métier. Il est nécessaire que soient enfin étudiées les modalités d’une prise en compte d’une expérience professionnelle et donc des stages dans le processus de recrutement. ». 

Le rapport Jolion se conclut par dix recommandations qui visent à être les constituantes d’un modèle « alternatif » à la situation actuelle :

 « Enseigner est un métier : Enseigner n’est pas un art, mais un métier qui s’apprend et dont la pratique doit aussi être accompagnée…… »

 « Enseigner est-il un métier ou des métiers ? » Très clairement, le rapport se prononce pour une pluralité des tiers, donc des différenciations des cahiers des charges, notamment pour tenir compte des formations professionnelles et technologiques. Si, effectivement, le souhait est que ces formations restent dans le système éducatif et ne partent pas toutes vers l’apprentissage, il est indispensable d’avoir une politique spécifique de recrutement et de formation de ces personnels, souvent les sacrifiés du « modèle unique » 

 « Trancher sur le rôle du concours : Le concours ne peut être qu’initial ou final. Dans le premier cas, le concours ouvre sur une formation professionnelle et l’exercice d’un métier. Dans l’alternative, il intervient a l’issue d’une vraie formation professionnelle dont le concours tient compte. Un concours en n de master devra donc tenir compte des stages en situation, stages de fait rendus obligatoires. Dans cette solution, une meilleure articulation entre l’admissibilité et l’admission doit permettre de ne pas accumuler les deux phases du concours sur les deux derniers semestres du cursus. Notre préférence va donc à une admissibilité en fin de M1. » Cette préconisation de bon sens rejoint toutes les analyses qui ont été faites sur la réforme. On sait que le ministère y était farouchement opposé, par peur d’une revendication des M2 admissibles à réclamer un pré-salaire.

 « Une vraie formation professionnelle :Comme toutes les formations qui ouvrent sur une insertion immédiate dans l’exercice d’un métier, cette formation professionnelle de deux ans doit s’appuyer sur un stage obligatoire. Il est même nécessaire que plusieurs périodes d’immersion dans le métier soient proposées. ». Si, l’on ne peut qu’être d’accord avec la proposition d’un stage obligatoire pour l’admission, on ne peut que regretter que le rapport Jolion ne se prononce pas pour le retour dès septembre 2012 à la mise en place d’une véritable année de stage qui soit une année de formation professionnelle articulée avec l’exercice du métier. Il est pourtant impératif pour les reçus au concours de recrutement de bénéficier d’une véritable année de formation professionnelle,, ce qui implique obligatoirement une décharge de service.

Trois principes doivent guider le travail d’appropriation , de réflexion autonome des stagiaires qui fera d’eux des professionnels accomplis :

- considérer que la formation commence seulement et doit se poursuivre tout au long de la carrière,

- développer un va-et-vient étroit entre expérience et formation ( théorie et pratique doivent être indissociables) ;

- reconnaître que sont conciliables adaptation aux divers publics et maintien des exigences nationales.

 « Tenir compte du master dans le recrutement :. Le concours doit avoir l’objectif, pour l’admissibilité de mesurer à la fois la motivation initiale et le niveau de connaissance minimal du candidat, et, pour l’admission, de mesurer l’insertion dans le volet professionnel du futur métier. Cette dernière étape doit donc prendre plus en compte la capacité à transmettre des connaissances que la seule acquisition de ces connaissances qui relève du diplôme de master. Il faut en finir avec la guerre entre "transmission des savoirs” et "savoirs de la transmission".

 « Repenser le rôle de la recherche : . Le mémoire de stage doit donc être articulé avec le métier de formateur, par exemple par un lien fort avec le stage en responsabilité. La recherche en sciences de l’éducation et en didactique a bien sûr toute sa place dans ce qui doit être proposée aux étudiants. »

 « Un nouveau statut pour les IUFM : Comme nous l’avons précisé dans ce rapport, cette réforme a repositionnée le rôle des IUFM comme opérateur principal des formations conduisant au métier de la formation du premier degré et comme opérateur d’appui pour le volet professionnalisant des autres formations. Cet état de fait se traduit par un nouveau positionnement des IUFM qui peut induire un nouveau statut. » Le rapport Jolion , à l’inverse du rapport Grosperrin, se caractérise par l’absence de critique permanente sur ce qu’ont été, ce qu’on fait les IUFM. Il reconnait le rôle encore important joué par l’IUFM et ses personnels dans le processus actuel. Certes, on ne pourra pas récréer à l’identique ce qui existait, mais ce rapport montre le caractère fondamental et indispensable d’une structure pilotant la formation des enseignants, ce que le rapport défini comme « un cadre général de la constitution de pôle de formation dont l’IUFM sera partie intégrante. » .

Pour piloter dès septembre 2012 la formation des stagiaires reçus en juillet 2012, la formation professionnalisante des étudiants admissibles aux sessions de septembre et novembre 2012 ; pour donner de la lisibilité à la préparation des concours 2014 et 2015, il faut donner une autonomie de décisions aux écoles internes IUFM. Pour se faire, une des pistes possibles qui satisferait toutes les universités qui n’ont pas intégré un IUFM ( et elles sont la majorité !!!), serait de transformer l’IUFM ( le nom peut changer, mais pas les missions) en service académique interuniversitaire commun à toutes les universités de son académie. Cela peut se faire assez rapidement et susciter beaucoup d’intérêt dans des académies comme Paris, Versailles, Lille, Rennes, Poitiers, etc. où les conflits entre universités sont nombreux concernant la formation des maîtres et perturbent les étudiants qui ne comprennent pas les logiques en œuvre.

 

 « Supprimer la contrainte sur les certifications :Comme nous l’avons souligné, il est impossible de cautionner la démarche de l’Education Nationale de certifications obligatoires en plus de la validation du diplôme et de la réussite au concours. » On peut espérer que cette prise de position nette, claire et précise trouve un écho dès la session 2012 des concours.

 Diversifier les voies d’accès au métier d’enseignant pour les filières PLP et PET :

La spécificité de ces filières implique que l’on fasse plus appel à des dispositifs de la formation continue et de la VAE pour diversifier le vivier des recrutements. »

 « Favoriser l’ouverture vers d’autres métiers »

Au-delà de ces dix préconisations, le rapport réclame :

- Un plan de recrutement des personnels enseignants couvrant une période de cinq ans ( cet article de loi de juillet 1989 n’a jamais été appliqué)

- La mise en place de dispositifs pour favoriser la mixité sociale des enseignants

- Une entrée progressive dans le métier. Mais la proposition reste floue et le rapport ne réclame pas explicitement une année de stage avec décharge conséquente de service

- Un vrai travail de concertation entre tous les acteurs concerné.

Malgré quelques imprécisions, ce rapport extrêmement critique est un outil pour bien montrer la nécessité d’abandonner l’actuelle politique de mastérisation. Il y a urgence par rapport aux enjeux et aux défis de notre système éducatif et à la crise de recrutement d’enseignants. Les candidats à la présidentielle de 2012 doivent en être conscients. Toutes les décisions concernant la formation des enseignants doivent être bouclées pour la fin août 2012 si l’on souhaite qu’elles soient pleinement efficientes . Tout retard pris risquerait de reculer la mise en œuvre. Dès la rentrée 2012, l’année de fonctionnaire stagiaire avec décharge de service doit être rétablie, les modalités et les contenus des concours de recrutement doivent être revus.

Il faut résolument s’inscrire dans une conception d’entrée en « biseau » dans le métier enseignant :

1) Le M1 (première année de master), découverte du métier, approches des savoirs à enseigner et des enjeux de la transmission de ces savoirs. Les épreuves écrites du concours ont lieu en fin de première année du concours et font une place à des épreuves en rapport avec l’exercice du métier .

2) Des stages obligatoires pendant l’année de M2 (deuxième année de master) et donnant lieu à une validation nécessaire à la validation de l’admission au concours. Des études de cas, permettant de tirer profit de ce qui a été vu pendant le stage, seront au cœur des épreuves d’admission

3) Une année de stage après la réussite au concours avec une formation cadrée nationalement et une décharge d’au moins un tiers de service .

4) Un accompagnement à la prise de fonction sur le premier poste de titulaire qui ne devra pas être inférieur à dix jours de formation sur l’année permettant de travailler avec le nouveau nommé les spécificités des classes, de l’établissement et de son environnement.

5) Sera prévue dans le cadre de l a formation continue l’obligation pour tous les personnels de suivre au moins une fois tous les 5 ou 6 ans une semaine de formation continue d’actualisation qui abordera notamment les réflexions et avancées concernant la ou les disciplines enseignées, les avancées de la recherche en éducation et les mutations intervenues dans le système éducatif, notamment dans les niveaux où n’enseignent pas les personnels suivant la formation.

Jean-Louis Auduc


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