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Le pédagogue, le sophiste et le politique - [Education et Devenir]
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L’effervescence pré-électorale, comme à l’accoutumée, est propice au réveil des vieux démons. Parmi eux, l’un des mieux ancrés dans les mentalités est la critique tous azimuts de l’École. Chacun tente de la tirer à soi, chacun a son idée sur ce qu’elle devrait être, sur ce qu’on devrait y faire. Parmi ceux qui se considèrent comme les membres de l’élite – de nombreux intellectuels et des politiques – il est de bon ton d’accuser l’École de tous les maux en caricaturant les pratiques d’enseignement innovantes et en globalisant des statistiques auxquelles on peut, par ce moyen, faire dire à peu près n’importe quoi. Manier les statistiques exige de la nuance et de l’honnêteté. Il existe assez peu de convergences entre les différents points de vue sauf sur un point : la critique de la pédagogie, communément appelée pédagogisme. Malheur aux pédagogues ! la langue française a même fait du mot pédant (au sens propre celui qui enseigne les enfants) une injure : « Et ne sais bête au monde pire que l’écolier, si ce n’est le pédant. »(La Fontaine, Fables.)

 

S’il n’est guère étonnant qu’une partie de l’élite défende une forme d’enseignement qui lui a permis d’occuper la place où elle se trouve, il est plus curieux de suivre les méandres d’une argumentation à la fois sophistique et schizophrène.

Sophistique : pour faire réussir les enfants des classes populaires, il faudrait restaurer l’autorité des maîtres et mettre le Savoir au centre de la classe, tout en maintenant évidemment la chape de plomb de la compétition pipée, désignée sous le terme égalité des chances qui permet commodément d’attribuer la responsabilité de l’échec à celui qui n’a pas « saisi sa chance ».

Schizophrène : si l’autorité au nom de la possession du Savoir suffisait, cela se saurait et les professeurs qui ne parviennent pas à s’imposer dans leur classe en seraient fort contents. Il existe derrière ces prises de position une épistémologie approximative et une conception des rapports sociaux à courte vue.

 

Mais le paradoxe consiste à faire des maîtres les plus dynamiques la cible des critiques –voire du mépris – tandis que se trouvent a contrario confortées les pratiques les plus conservatrices qui ont fait la preuve de leur inadaptation. L’organisation du travail au sein de l’Éducation nationale se fait au détriment des enseignants qui innovent, travaillent en équipe, assument des responsabilités et dont les activités ne sont pas comptabilisées ou fort mal dans les services. L’expérience peut faire craindre que dans des négociations nationales, en contrepartie de la création de 60 000 postes, le rapport de forces finisse par accoucher d’une souris – selon la logique : je te donne çà si tu me concèdes ceci - surtout si l’on part d’un constat aussi faible que le métier est « un peu le même et en même temps, il change… ». Disons-le tout net, l’étrange convergence de critiques provenant de tout l’éventail politique et la faiblesse des analyses des candidats à la présidentielle ne servent pas la cause de l’École. Les réformes successives, surtout soucieuses de soumettre le pédagogue aux prescriptions de doctes représentants de l’élite se sont fort peu préoccupées d’organiser localement les conditions favorables à l’apprentissage et à l’éducation. L’éducation prioritaire ne suffit à pas à régler un problème qui concerne solidairement toutes les écoles et tous les établissements.

 

Ces conditions passent par la restauration de l’initiative et de la responsabilité collective des acteurs (professionnels, parents, enfants eux-mêmes), une attention aux personnes (ce qui ne signe pas le triomphe de l’individualisme), dans le cadre d’une mission commune de service public. La pédagogie ne peut se réduire à un ensemble de prescriptions ramenant les enseignants au rôle d’exécutants. Elle doit être le fruit d’une mobilisation et d’une recherche collective constante. Nous rappelons qu’elle suppose une organisation au plus près des besoins locaux... et donc une autonomie et une responsabilité pédagogique des établissements.

 

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