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La Ligue réagit aux propositions de N SARKOZY sur l'Ecole - [Education et Devenir]
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L’École de Nicolas Sarkozy : une École qui trie les enfants et les jeunes
Le discours de Nicolas Sarkozy sur l’École hier à Montpellier, c’est l’idéologie d’une
droite dure et conservatrice, rétrograde et ultralibérale.
Juxtaposant pêle-mêle, jusqu’à la caricature, les thèmes qui lui sont chers : l’autorité
qu’elle confond avec l’autoritarisme, le redoublement « marque de la rigueur », le
déni de la pédagogie, la sélection précoce et, pour les enseignants, « le travailler plus
pour gagner plus » - sur la base de 26 heures semaine offertes aux volontaires payées
25 % de plus, mais dont on ne sait pas bien si elles concernent le temps de présence
dans les établissements du secondaire ou des heures de cours effectives… -, le candidat
sortant a présenté « sa » vision de l’École de la République (terme martelé 38 fois).
Or c’est d’une République étrange dont nous parle Nicolas Sarkozy : elle n’est pas généreuse,
pas fraternelle, inégale et la liberté y est confondue avec la loi du plus fort. Cette École
qu’il vante n’a pas pour objet de permettre à tous les enfants d’un même pays d’accéder
aux fondamentaux de la citoyenneté démocratique, à l’autonomie solidaire, aux savoirs et
compétences qui permettent de s’outiller pour faire les choix nombreux d’une vie personnelle,
professionnelle et citoyenne. Cette École qu’il nous vend est une École du tri social et
culturel. Une École de la défiance.
Dénonçant en particulier le nombre trop élevé d’enseignants, responsable selon lui de leur
paupérisation, s’empêtrant au passage sur les chiffres avancés, tant sur l’augmentation imaginaire
de leur nombre que sur celui fantaisiste de la diminution d’élèves, Nicolas Sarkozy
a choisi d’opposer familles et enseignants en misant sur l’allergie au corporatisme largement
partagée par l’opinion publique, à l’heure où les difficultés rencontrées par l’École et le
sérieux de la crise imposeraient au contraire d’appeler tous les acteurs de la communauté
éducative à travailler ensemble à une nouvelle ambition démocratique pour l’École, dans le
cadre d’un projet d’éducation globale, commun, partagé et compris de tous.
Or, pas un mot sur la prise en compte de l’environnement des jeunes, sur l’intérêt à coconstruire
des projets scolaires et éducatifs dans l’esprit d’un socle commun de connaissances
et compétences associant tous les acteurs, sur les rythmes et la nécessité d’une
liaison cohérente entre les divers lieux d’éducation.
Que dire également de l’impasse faite sur l’école primaire et la petite enfance, impasse qualifiée
d’oubli et rectifiée par la suite par son entourage pour dévoiler tout de même l’arrêt dans
le premier degré de la politique du « un sur deux »… Que dire encore de la fin annoncée du
collège pour tous, de ce qu’il aurait enfin pu permettre en termes de continuité de l’école
primaire, choix de continuité pourtant fait par tous les pays dont les résultats scolaires sont
bien supérieurs aux nôtres…
En plus d’encourager l’individualisme et la division des uns contre les autres plutôt que
l’unité, le rassemblement, la coopération et la responsabilité collectivement assumée pour
faire réussir nos enfants et nos jeunes, discourir de la sorte, c’est oublier un peu facilement
cinq années de politiques éducatives au bilan catastrophique : semaine de quatre jours et
réforme rétrograde des programmes au primaire, constant mépris de la fonction et du travail
enseignant ce, dès la maternelle, négation de la professionnalisation du métier avec la
casse de la formation et la suppression d’un nombre important de conseillers pédagogiques,
réforme du lycée intéressante sur le fond, mise en échec sur la forme, faute de moyens humains
et financiers appropriés pour l’appliquer, résultats d’évaluations manipulés pour faire
apparaître d’imaginaires progrès suite aux mesures gouvernementales, rapports d’information
non-diffusés, caporalisation des hiérarchies intermédiaires, suppression des dispositifs
d’accompagnement et de remédiation de la grande difficulté scolaire, suppression record de
80 000 postes de personnels et adultes encadrants dans l’Éducation nationale, et dernièrement
remise en cause idéologiquement dangereuse de la scolarité commune obligatoire
pour tous jusqu’à 16 ans en ouvrant la voie à un apprentissage précoce dès 14 ans alors que
les entreprises y sont majoritairement opposées…
Plus que les mesures proposées, fausses solutions aux difficultés actuelles de l’École
mais vrais témoignages de l’ignorance ahurissante de la réalité des problèmes et du travail
effectif des éducateurs dans les établissements scolaires des premier et second degrés,
c’est l’esprit diviseur des propos que la Ligue de l’enseignement veut ici condamner.
C’est l’excellence et la sélection de quelques-uns réaffirmées et brandies, face au soi-disant
nivellement égalitaire que représenterait la volonté de faire réussir le plus grand nombre.
C’est aussi et surtout le renoncement à une École de la République qui soit également
celle de la cohésion, de l’exigence de solidarité, de la qualité du projet pédagogique et de la
réussite tant individuelle que collective. Ce n’est pas une France forte de toute sa jeunesse
que cette École-là prépare. C’est une France mal préparée aux défis culturels, sociaux, économiques et démocratiques de son époque
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