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Refonder l'école : diagnostic et perspectives par J.Y. LANGANAY - [Education et Devenir]
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  1. Eléments de diagnostic : pourquoi refonder l’école ?


L’Ecole française va mal. Encore faut-il savoir pourquoi. J’y vois des raisons conjoncturelles et structurelles :

Conjoncturelles : les dégâts du quinquennat Sarkozy :

La liste est longue, je me contenterai de trois exemples :

- Les suppressions massives de postes dictées par des raisons idéologiques (stigmatiser les fonctionnaires) et conduites à l’aveugle sans tenir compte des inégalités sociales et territoriales. Résultats les plus visibles : les difficultés de remplacement et l’augmentation des effectifs de classe y compris dans les secteurs défavorisés.

- La casse du système de formation initiale et continue des enseignants, là encore dictée par les raisons idéologiques de ceux qui n’ont jamais accepté les IUFM (notons hélas que tous les détracteurs des IUFM n’étaient pas de droite). Résultats : de jeunes professeurs nommés le plus souvent dans des établissements et zones difficiles sans la moindre formation professionnelle mais aussi un tarissement gravissime des candidatures aux concours de recrutement.

- Troisième exemple moins connu : ce que j’ai appelé le « libéralisme autoritaire », c’est-à-dire un mode de gouvernance du système mettant les cadres sous pression (je tiens à votre disposition une conférence là-dessus) et faisant des recteurs, inspecteurs d’académie et inspecteurs territoriaux de simples agents d’exécution de décisions concoctées dans les bureaux de la rue de Grenelle. Quelques illustrations : les désastreux programmes Darcos de 2008, l’abandon de la carte scolaire et la mise en œuvre technocratique du socle commun des connaissances et compétences avec un livret de compétences contesté par les équipes de terrain, la semaine de 4 jours ou encore l’abandon, une fois de plus idéologique, de la carte scolaire.

Des raisons plus structurelles : le creusement des inégalités scolaires et sociales :

La droite n’est pas seule responsable des difficultés de l’Ecole. Elles sont profondes et anciennes, à commencer par un « mythe fondateur » de l’Ecole républicaine, celui de l’égalité des chances qui date d’une fin du e" data-scaytid="15">XIXe siècle où seule une très petite minorité d’élèves avait accès aux études. Je ne dis pas cela pour dénigrer les grands auteurs des lois de 1880 mais pour convenir qu’il faut s’interroger sur leur contexte et leur portée historique. Je rejoins ici les analyses de François Dubet qui préfère insister sur l’égalité des places et sur la notion d’égalité des droits.

Notre héritage reste celui d’un système éducatif fortement centralisé et vertical très réticent à accorder de l’initiative aux acteurs de terrain. J’en veux pour preuve les controverses sur l’autonomie des établissements, à ne pas confondre avec la seule autonomie des chefs d’établissements.

Notre héritage, c’est aussi celui d’un système centré sur le baccalauréat et les classes préparatoires (initialement prévus pour les seuls « héritiers » - les analyses de Bourdieu, Baudelot et Establet redeviennent d’actualité.

Aujourd’hui les résultats sont inquiétants. Je m’appuie sur le rapport présenté par Xavier NAU et adopté à la quasi unanimité du Conseil économique, social et environnemental. Ce rapport fait quatre constats, je les cite et les résume :

1. Le premier constat est celui des inégalités devant la réussite scolaire. Pour le dire rapidement, on constate un échec scolaire massif, puisqu’environ 130 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Pour ne prendre qu’un exemple, une étude du CEREQ montre ainsi que trois ans après la sortie du système éducatif, 40% des jeunes sortis sans diplôme sont au chômage, alors qu’ils ne sont que 24% pour ceux qui sortent avec un CAP/BEP, et 15% seulement pour les titulaires d’un Bac professionnel.

 

2. Le deuxième constat concerne la très grande corrélation existant entre les inégalités scolaires et les inégalités sociales : pour le dire rapidement, ceux qui échouent ou réussissent faiblement à l’école sont les mêmes que ceux qui socialement sont issus des catégories les moins favorisées. C’est 32% des enfants d’ouvriers qui sortent sans diplôme, contre 5% des enfants de cadres et professions libérales. Sur 10 enfants de cadres, 9 obtiennent le bac, contre 5 seulement pour les enfants d’ouvriers, et on retrouve le même clivage social entre les types de bac. Cette correspondance entre inégalités sociales et scolaires, on la trouve dès le départ de la scolarité : 25%, soit un quart seulement des enfants d’ouvriers arrivent sans redoubler en 6ème, contre 65% pour les enfants de cadres, d’enseignants, de chefs d’entreprise. On peut faire le même constat à l’entrée au CP. À l’autre bout, le constat est malheureusement le même dans le supérieur, et l’on sait combien le parcours post bac est conditionné par le type de bac que l’on détient, voire la mention obtenue.

 

3. Le troisième constat est que l’école n’arrive pas à réduire ces inégalités de départ ; et même elle les accentue. En gros, un élève sur six (15%) est en grande difficulté dès le cours préparatoire, mais c’est un élève sur cinq (18%) qui n’obtient pas de diplôme. Les études montrent qu’au cours de la scolarité les écarts s’accroissent entre les plus performants et les moins performants, mais elles montrent également qu’à niveau initialement équivalent, les progrès sont plus importants en moyenne pour les élèves des milieux favorisés.

4.Quatrième constat  : c’est la diversité qui paie, c’est l’homogénéité qui « plombe » les résultats. Contrairement aux idées reçues dans l’opinion publique, ce n’est pas parce qu’on est dans une « bonne classe », dans un « bon établissement » qu’on réussira mieux ; ce n’est pas en mettant ensemble les élèves qui réussissent moins bien qu’on les aide plus à progresser. Au contraire, c’est quand il y a de la diversité dans la classe, à condition que la pédagogie soit adaptée, que globalement tout le monde y gagne, aussi bien les élèves qui réussissent que les autres ; et cette diversité est à la fois scolaire, sociale et culturelle. Or, la France va en sens inverse : les établissements et les classes dans les établissements sont de plus en plus socialement homogènes, et la récente libéralisation de la carte scolaire comme les évolutions de l’urbanisme accélèrent ce phénomène.

Ajoutons d’ailleurs ici que la mixité scolaire et sociale au sein de la classe permet un enrichissement humain autrement plus important que ce que produit « l’entre-soi » social, et que cela doit aussi être pris en considération même par ceux qui ne pensent que chiffres, moyennes, et niveau strictement scolaire.

 

 

  1. Propositions : comment refonder l’école ?


La lettre de Vincent Peillon aux personnels de l’Education nationale et la concertation ouverte à la Sorbonne le 5 juillet ouvrent des pistes prometteuses pour la refondation de l’Ecole. J’insisterai pour ma part sur sept leviers essentiels à mes yeux pour réussir ce changement.

1. Réaffirmer les valeurs de l’école républicaine :

La loi d’orientation de 1989 précisait les missions et valeurs de l’Ecole. Après dix ans d’idéologie néolibérale, il convient de les réaffirmer avec force :

Donner les mêmes droits à l’éducation et à la maîtrise des savoirs pour tous les élèves. C’est entre autres l’ambition politique du socle commun des connaissances et compétences à ne pas réduire et caricaturer en smic culturel. L’idée, c’est de garantir un droit à l’acquisition des connaissances et compétences nécessaires à tous et non de classer et sélectionner…dès l’école maternelle.

- L’école doit former les citoyens de demain à : la démocratie, la solidarité, la liberté, le respect de l’autre, l’initiative et l’autonomie.

 

2. Donner la priorité à l’école fondamentale :

Installer l’école du socle commun de 3 ans à 16 ans.

Point de discussion : rétablir l’école maternelle dès 3 ans minimum, accompagnée d’un service public de la petite enfance.

Organiser la continuité éducative entre l’école et le collège : formation commune, pratiques pédagogiques communes, programmes communs, voire établissements communs. Prévoir plus d’enseignants que de classes, pour favoriser les remédiations (l’accompagnement) sur le temps scolaire.

3. Repenser les temps de l’enfant :

Dépasser l’idée des seuls rythmes scolaires en se rappelant que l’enfant parcourt différents lieux éducatifs sur son territoire de résidence. Plusieurs acteurs participent à ses apprentissages. Les parents sont les partenaires privilégiés. Les associations d’éducation populaire et les collectivités participent à l’éducation de l’enfant et construisent un projet éducatif de territoire, le projet éducatif local en est un exemple.

4. Faire évoluer les pratiques pédagogiques, reconnaître et redéfinir le métier d’enseignant :

Elles sont multiples et doivent permettre à l’élève de devenir acteur de ses apprentissages : apprendre à apprendre, travail de groupe, autoévaluation, accompagnement personnalisé pour tous Donner le droit à l’erreur. Développer l’évaluation formative qui permet à l’élève de progresser. Repenser l’attestation qui valide l’acquisition du socle.

Ceci passe par une reconnaissance et une redéfinition du métier d’enseignant qui ne peut plus se définir exclusivement sur une obligation de service définie en heures du cours mais par une définition concertée du « toutes tâches comprises ».

5. Organiser l’autonomie collective des établissements…

… qui n’a rien à voir avec l’autonomie du seul chef d’établissement ! Mais qui passe par quelques outils rodés : redéfinir le projet d’établissement, développer le rôle du conseil pédagogique, organiser des délégations de responsabilité auprès des enseignants en reconnaissant les missions qu’ils accomplissent déjà et en donnant des marges de manœuvre en heures-poste aux établissements scolaires.

Cela implique un pilotage démocratique qui ne transforme pas les acteurs de terrain en simples exécutants de circulaires administratives.

Il y a donc urgence à transformer la gouvernance du système éducatif en assignant à chaque niveau un rôle mieux défini.

6. Mettre en réseau les établissements scolaires sur un territoire et refonder l’éducation prioritaire :

Leurs limites peuvent correspondre à celles d’un collège avec ses écoles de référence (ce qui correspond au territoire parcouru par l’enfant entre 3 et 16 ans). Exemple : les bassins d’éducation définis actuellement dans l’académie de Lyon ne correspondent pas à des unités territoriales cohérentes.

Faciliter les prises de décision communes  : pratiques pédagogiques, organisation du parcours de l’enfant, orientation, formation. La présence d’un coordonnateur de réseau est indispensable.

Point polémique : on ne pourra non plus encore longtemps faire l’impasse sur la question de la direction d’école.

La notion de réseau, c’est aussi la question de l’éducation prioritaire. Les dispositifs CLAIR et ECLAIR constituent un recul. Il faut refonder et revenir aux fondamentaux : « donner plus à ceux qui ont le plus besoin » en concentrant les moyens sur les zones qui connaissent les plus grandes difficultés. Il n’y a pas lieu d’opposer besoins individuels et ciblages de territoires défavorisés.

 

7. Revoir totalement la formation et le recrutement des enseignants :

Remettre en place une formation initiale commune aux enseignants du premier degré et des collèges et aux autres acteurs de l’éducation.

A côté de la formation disciplinaire, instaurer une vraie formation professionnelle comprenant didactique, la pédagogie, connaissance de l’enfant et de l’adolescent, etc. en s’assurant de la qualité de ces formations transversales.

 Rétablir les stages en situation.

Prévoir une formation continue (à laquelle tout salarié a droit) dont une partie significative peut être organisée sur site, en établissement.

Le recrutement doit demeurer national, par mesure d’équité territoriale et doit prévoir des mesures incitatives pour en finir avec le hiatus social croissant entre les élèves et leurs maîtres.

 

  1. Conclusion : la méthode compte : fixer démocratiquement le cap :


 

L’idée de refonder l’école ne fait pas forcément consensus, y compris à gauche. Tenants d’une méritocratie républicaine dégageant une courte élite ou défenseurs d’une culture exigeante pour tous ne défendent pas le même projet. Il va falloir les entendre et les convaincre.

L’important c’est de fixer le cap et de s’y tenir. La question centrale, notre responsabilité politique fondamentale, c’est celle de l’aggravation des inégalités sociales dans et par l’Ecole.

Le gouvernement précédent a imposé sa vision libérale par des décisions autoritaires et une démagogie consumériste. Il faut rompre avec cette méthode.

D’où la nécessité de concerter, de rechercher des compromis sans compromissions sur les objectifs et priorités puis de ne pas décevoir. Qui se souvient de la loi d’orientation de 1989 ? Il faut souhaiter une appropriation plus collective et socialement solidaire de la future loi de 2012 !

 

 JY LANGANAY

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