Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/users5/r/rebaudclaude/www/eduETdev_fr/config/ecran_securite.php on line 245
formation des maîtres : le point de vue du président de la CDIUFM - [Education et Devenir]
logo ED
slider slider slider slider slider

Président de la Conférences des directeurs d’IUFM, P. Demougin invite dans Le Monde à clarifier le projet d’Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation. Il dénonce des confusions sur ce que doit être la formation nouvelle des enseignants.


la suite :


La formation des enseignants relève de plusieurs confusions qu’il convient de lever à l’heure où le ministre annonce de grandes ambitions pour le système éducatif. Qui faut-il former et comment ? Dans les réponses qu’apportent les acteurs, quelques raccourcis sémantiques sont révélateurs de points de crise qu’il faut identifier pour prendre la mesure de la situation et se mettre en état de la transformer.

La première confusion tient à la très grande porosité qui existe entre recrutement et formation, aujourd’hui donc entre concours et diplôme. Les étudiants inscrits en master passent un concours et voudraient naturellement que l’obtention de l’un conduise à la réussite à l’autre. On les comprend. Mais de ce fait, la formation ne peut se construire qu’en rapport avec un concours dont le contenu est assez peu, voire pas du tout, professionnel. Cette cote mal taillée doit être redessinée, par la modification des contenus des concours en relation avec leur position par rapport au master. Cette clarification est éminemment politique : elle situe l’action de l’Etat à deux niveaux, celui d’employeur public, qui recrute par concours, et celui d’autorité qui garantit l’indépendance de l’Université, qui forme et prépare au métier.

La deuxième confusion relève d’une identification trop rapide entre professionnalisation et expérience professionnelle, cette dernière étant souvent associée exclusivement au stage. La professionnalisation perçue de manière minimaliste comme un contact avec le contexte professionnel et comme l’acquisition d’une première expérience conduit à une impasse : elle permet de renvoyer confortablement les savoirs académiques que tout professeur doit maîtriser à un avant de la professionnalisation que l’université peut construire à sa guise. Les vieux couples inusables, théorie/pratique, académique/pédagogique, universitaire/professionnel, disciplinaire/ didactique, républicains/pédagogistes, doivent être dépassés. Il faut s’entendre. Aucune de ces distinctions ne relève du fantasme. Mais ce sont des effets de structure produits par l’histoire, dont il est nécessaire de s’émanciper pour penser l’avenir du système éducatif, et même son présent très immédiat. Professionnaliser c’est d’abord permettre l’acquisition de savoirs, d’éléments du savoir, de connaissances et de capacités réflexives qui prendront sens et se modifieront dans le cours d’une expérience professionnelle dont la formation initiale pose les fondements. Les ESPE devront donc intégrer ces différentes dimensions si l’on ne veut pas voir une formation initiale clivée entre savoirs et expérience.

Une troisième confusion porte aujourd’hui préjudice au débat : il s’agit de ne pas confondre pédagogie et compétence professionnelle. La tenue de classe ou les techniques pédagogiques vendues par les précédents ministres en sont une manifestation évidente, au mépris de ce qu’est la pédagogie comme terrain théorique et pratique de recherche et d’élaboration de savoirs parfaitement distinct de la compétence professionnelle. En essentialisant la question (la pédagogie relève d’une vocation) ou en la technicisant (la pédagogie relève de techniques apprises), le recours à la pédagogie en lieu et place de la compétence professionnelle, permet de ne pas penser trop avant ce que l’on attend réellement d’un enseignant. Former ce professionnel, cela suppose d’étendre le champ de l’activité de formation et de recherche au-delà des seules sciences de l’éducation, comme référent théorique, et de la relation pédagogique, comme champ d’application pratique. C’est clairement indiquer que la recherche doit porter sur les savoirs, leur épistémologie et leur didactique, sur les multiples aspects qui conditionnent l’exercice du métier, dans le champ des sciences humaines et sociales, et sur la pédagogie elle-même considérée comme un domaine propre de théorisation des apprentissages. C’est prendre en compte les mutations du système éducatif dont l’enseignant, formé aujourd’hui, deviendra un acteur majeur, demain.

Entre une vision réduite qui assimilerait la formation des enseignants au recrutement de spécialistes formés ensuite par le contact de l’expérience professionnelle à la pédagogie, on préfèrera opposer une perspective plus intégrée qui forme des professeurs à un métier, par les compétences, dans un processus de professionnalisation qui ressaisit dans l’activité du sujet en action l’ensemble des paramètres. La création des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation est une occasion décisive pour installer ces perspectives de formation débarrassées de toute ambiguïté. Elles se heurteront à des résistances structurelles nombreuses qui relèvent précisément des confusions que nous avons voulu lever. Des positions ancrées sur les disciplines académiques, sur la préparation des concours, sur le cadre professionnel mis en place par l’employeur trouveront en effet de quoi se nourrir dans l’assimilation de la pédagogie à la compétence professionnelle, dans la réduction de la professionnalisation à la mise en stage, dans la confusion entre objectifs de recrutement et logique de formation. Il revient au politique d’assumer cette transformation de la formation. Le statu quo ou les compromis entre groupes de pressions permettront d’afficher la nouveauté des ESPE sans que rien ne se transforme, et il serait fort dommage que cette refondation de la formation des enseignants annoncée remette à l’ordre du jour le vieil adage qu’il faut que tout change pour que rien ne change. 



barre

ACCES DES ADHERENTS

se connecter

(accès privilégié à nos
cahiers et publications)

MENTIONS LEGALES