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Avant projet pour les ESPE : déception de la CDIUFM - [Education et Devenir]
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Tout ça pour ça

Le 19 novembre 2012 - Billets du président


« Les IUFM sont bien supprimés, comme le souhaitait le précédent président de la République, et la formation dans les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation assumera la plus mauvaise part de leur héritage, comme ne l’a pas souhaité l’actuel président de la République. En effet, le document de travail proposé aux associations et aux syndicats le mercredi 14 novembre par le MESR dessine un peu plus précisément ce que doit être la réforme de la formation des enseignants : on évitera de parler de refondation dans ce texte, avec juste raison puisque rien ne vient donner corps à une ambition nouvelle pour la formation des enseignants. Ces textes sont étriqués, empêtrés dans d’impossibles compromis entre des acteurs mal identifiés. Ils témoignent d’une méconnaissance de l’existant en matière de formation d’enseignants et ils sous-estiment, à dessein peut-être, les effets de système de l’organisation universitaire.

Qu’énoncent-ils ? Des principes d’abord, qu’ils s’empressent de démentir dans les parties suivantes de l’exposé. Dire que la formation sera simultanée, ou intégrée, quand on place le concours au milieu du cursus pour mieux séparer le disciplinaire et le professionnel, et développer à loisir sur les « compétences » disciplinaires et professionnelles, mais aussi scientifiques et didactiques, d’ailleurs ramenées parfois à des « savoirs », parfois identifiées comme des « formations » associées, dans un jargon que n’auraient pas démenti les plus endurcis des pédagogistes, c’est délayer un mauvais breuvage pour mieux le faire passer.

Que précisent ces textes, au-delà de ces principes qui n’en sont guère ? Que le master sera un master. Nous voilà bien avancés. Et qu’il sera proposé à l’habilitation de tous les établissements partenaires de l’École supérieure, sous une forme devenue plurielle et raccourcie, avec « les diplômes de master » des « métiers de l’enseignement ». Nous comprenons aussi que la licence n’est rien, sinon un « socle de compétences », un de plus, et que l’après du master est encore dans les limbes. Nous avions l’espoir d’un continuum et de la nécessaire durée, de l’indispensable cohérence de l’ensemble du processus de formation. Nous voilà, dans cette métaphysique de la formation qui s’affaiblit en casuistique du diplôme, en quête de savoir qui délivrera des indulgences, dont on se souvient qu’elles sont surtout rémunératrices.

Que disent ces textes sur les prometteuses Écoles supérieures ? Qu’elles seront « maîtres d’ouvrage déléguées », s’il vous plaît, mais aussi un peu « maîtres d’œuvres », enfin… pour « certaines parties de la formation », et encore « opérateurs », et surtout, « acteurs », ce qui est plus pratique puisqu’on ne sait pas bien quand on le devient et ce qu’on fait de ce titre que chacun peut revendiquer, même à son insu. Outre leur surface qui se réduit comme une peau de chagrin, ces écoles ne seront pas vraiment instituées dans la loi, mais organisées localement et « collectivement » par les « établissements », sortes de deus ex machina qui définissent aussi leur « statut juridique ». Tout le monde aura compris comment les « établissements » vont opérer…Il y aura bien sûr un budget intégré pour cette belle entreprise. Mais on évitera de dire que le directeur est ordonnateur secondaire de ce budget : c’est probablement trivial. On évitera aussi de dire que les ÉSPÉ inscrivent des étudiants et qu’elles assurent la formation : c’est certainement superflu. On leur redonnera, comme aux bons vieux IUFM un conseil scientifique et pédagogique. Et on annoncera haut et fort que les missions de ces ÉSPÉ sont élargies par rapport à celles des IUFM, en citant, mot pour mot, à une ou deux exceptions près, ce qui définissait les missions des IUFM

Recréer la plus mauvaise part des IUFM, en séparant les disciplines académiques, dont on aura bien reconnu qu’elles sont l’apanage des seules UFR à travers les multiples périphrases de ces textes par trop jésuitiques (que cet ordre très respectable m’excuse d’utiliser ici cet adjectif trop commun), de la dimension professionnelle, dans des écoles supérieures qui en auront les missions, à peu près à l’identique, mais pas les moyens institutionnels et scientifiques, c’est ce qu’annoncent ces textes. Si l’on ajoute que la stagiarisation en master 2, avec un mi-temps sur le terrain, conduira à un volume de formation disponible réduit presque de moitié par rapport à l’existant, on comprendra qu’il n’est plus seulement question de rejouer le film de Lelouch, Tout ça pour ça, mais bien de faire un grand bond en arrière quand il aurait plutôt fallu le faire dans l’autre sens... »

Le 19 novembre 2012 Patrick Demougin, président de la CDIUFM

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