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Rythmes scolaires : l'analyse de Claude REBAUD - [Education et Devenir]
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Billet

La réforme des rythmes scolaires : oser dire, oser faire.

 

Oser dire

Face à l’ampleur des mouvements de protestations soulevés par la décision de Vincent Peillon de revenir à la semaine de 4 jours et demi dans l’enseignement primaire, au plus tard à la rentrée 2014, le militant socialiste que je suis ne peut que dénoncer les arguments sur lesquels se fondent ces mouvements, d’où qu’ils viennent.

La droite, d’abord, ferait mieux de se taire sur un tel sujet, tant la décision de Darcos et de Sarkozy de passer à la semaine de 4 jours a été prise dans la précipitation, sans jamais avoir été annoncée dans un projet ou un programme quelconques, tant elle est en contradiction avec les conclusions de tous les experts des rythmes de l’enfant. Mesure qui a abouti à un alourdissement de la journée d’école déjà trop lourde, en particulier pour les enfants déjà saturés d’école et contraints à un soutien scolaire le soir après les cours ou pendant la pause méridienne !

Les syndicats organisateurs de la grève du 12 février et de nombreux élus ont multiplié de faux arguments, bien démontés dans un article paru dans Médiapart (Rythmes scolaires : pourquoi je ne suis pas en grève - 11 février - de Sébastien Rome). Relevons en trois :

-la précipitation de la décision : mais pourquoi le ministre n’aurait­ il pas supprimé immédiatement une mesure prise par le ministre précédent, dont l’effet de nuisance était unanimement reconnu ?

-l’impossibilité pour certaines communes de financer le temps éducatif confié à leur responsabilité et l’accroissement des inégalités selon les communes. Rappelons-nous combien les collectivités locales, conseils généraux et surtout Régions, ont toujours apporté un plus dans le domaine éducatif par rapport à la période d’avant la décentralisation. Il y a fort à parier que, si la prise en charge de ce temps post et périscolaire va varier d’une commune à l’autre, il y aura toujours certainement un gain par rapport à la période antérieure. Il est évident aussi que la qualité des projets éducatifs qui définiront l’usage de ce temps ne sera pas forcément proportionnel à leur coût.

-l’impossibilité de mobiliser le tissu associatif, culturel et sportif. Ce sera effectivement difficile. Il y a le risque que certaines mairies se contentent d’organiser des garderies comme on en connaît déjà souvent. Mais on peut faire aussi le pari que l’on offre une occasion nouvelle de donner du contenu aux projets éducatifs locaux et du grain à moudre à la concertation entre les enseignants, les parents, les élus et le mouvement associatif . Cette concertation devrait permettre l’émergence de projets innovants et qui prennent en compte les spécificités des ressources et des contextes locaux.

-les parents et les enseignants du terrain : les uns craignent, avant même que les mairies n’aient arrêté leur projet, de ne pas pouvoir prendre en charge leurs enfants pendant le temps libéré. Les autres se plaignent aussi de la précipitation des décisions prises, de voir leur temps de travail allongé, du surcoût crée par cette organisation nouvelle de la semaine (trajets, garde d’enfants…). Au risque de ne pas tenir des propos politiquement corrects, je répondrais que, dans un contexte économiquement difficile et compte tenu de l’intérêt supérieur des enfants, les arguments corporatistes peuvent apparaître – pour le moins - déplacés. A ces acteurs de terrain, il faut dire aussi que leur est donnée l’occasion de saisir une belle opportunité : ils peuvent prendre effectivement part à des décisions qui concernent la vie de leur école et d’en faire une institution plus autonome. Ce n’est ni simple, ni facile, mais ce peut être enthousiasmant !

 

Oser faire

Mine de rien, cette première mesure de transformation du temps scolaire donne ainsi à chacun, dans un pays plus volontiers protestataire que véritablement réformiste , l’occasion d’oser agir.

Le ministre l’a fait, en prenant rapidement une mesure que le consensus imposait. N’aurait-il pas agi qu’on le lui aurait immédiatement reproché.

Cette nouvelle organisation de la semaine, malgré son caractère apparemment anodin ou anecdotique, présente en fait un enjeu fondamental au point de vue de l’éducation des enfants. Elle oblige tous ceux qui sont concernés par l’éducation à se mettre autour d’une table pour construire un projet éducatif local qui utilise les ressources locales, en créent de nouvelles, en cohérence avec les projets de l’école. Elle institue la mise en place d’une donnée essentielle dans le monde d’aujourd’hui : l’école ne peut plus agir seule, elle ne peut pas avoir seule la responsabilité de l’éducation des enfants. Cette mesure donne ainsi du pouvoir à tous les acteurs locaux et constitue un nouveau pas dans la voie de la décentralisation du système éducatif.

Elle donne donc à tous les acteurs locaux un lieu d’autonomie, de responsabilité et d’innovation.

 

Oser faire plus

Les mouvements protestataires illustrent une nouvelle fois une constante dans les décisions politiques éducatives depuis la chute d’Alain Savary : le pouvoir prend des mesures prudentes pour éviter les foudres des lobbies et de la rue. En fait, il n’évite rien du tout : les réactions ne sont jamais proportionnelles à l’ampleur des mesures prises…. Alors autant aller plus loin.

Si l’on se réfère à la loi d’orientation en préparation, que nous avons déjà cité, nous ne pouvons qu’applaudir aux constats qui y sont faits au sujet des rythmes scolaires : journées trop chargées et nombre de journées travaillés annuellement très insuffisants (144 jours actuellement à l’école primaire).

Les propositions qui concernent le retour à la semaine de 4 jours et demi donnent un cadre et un calendrier précis.

Celles qui concernent la durée de l’année scolaire sont beaucoup plus vagues : « la durée de l’année scolaire reste fixée à 36 semaines à la rentrée 2013. Elle pourra évoluer au cours des années prochaines ». Point final… et pas un mot sur les alternances périodes scolaires /petites vacances. Le risque est grand que l’on accuse le pouvoir d’avoir accouché d’une mesurette et de ne pas donner le cap d’un projet d’ensemble. Certes, nous n’ignorons pas la difficulté du problème. S’attaquer au problème de l’organisation de l’année scolaire, c’est affronter des lobbies aux intérêts contradictoires, en particulier à tous ceux qui vivent de l’industrie du tourisme. Mettre en place un zonage des vacances d’été, c’est remettre en cause la vache sacrée « bac, diplôme national » et le transformer en un diplôme qui peut se dérouler à des moments différents selon les Régions, c’est aussi donner des compétences nouvelles aux Régions… Ce n’est ni simple, ni facile…. Mais, avec la semaine des 4 jours et demi, nous confions des responsabilités aux acteurs locaux qui ne sont ni simples, ni faciles…. A l’Etat aussi de prendre des risques, de donner le cap et d’aborder les problèmes dans leur globalité.

 

Ce problème du temps scolaire accapare à juste titre l’attention de l’opinion publique. Il faut cependant, en même temps qu’on souligne bien l’ampleur des problèmes traités et leurs multiples implications, rappeler où est l’essentiel. La future loi d’orientation le fait bien, mais il faudra sans cesse le redire : ce qui fait la souffrance d’un élève au quotidien, c’est l’échec ou la difficulté scolaire, le fait de se sentir « largué », de ne pas y arriver, le sentiment de « ne pas être assez doué ». La principale solution est dans l’amélioration de la pédagogie : l’Etat en donne les moyens de diverses façons. La remise en place d’une véritable formation initiale des enseignants n’est pas la moindre. Une nouvelle gouvernance centrée sur leur accompagnement et sur l’incitation à l’innovation facilitera les progrès. Cet effort doit être partagé par tous les acteurs locaux, enseignants, mouvements associatifs, parents et élus.

Courage politique, définition d’un cap clair, gouvernance au service de la relation entre le maître et l’élève, motivation et implication constructive de tous les acteurs, voilà les ingrédients des progrès de l’école. Gageons que les conditions sont aujourd’hui réunies pour gagner ce grand pari.

Claude Rebaud 


Complément du 25 février 2013 :

Rythmes scolaire : ça avance. Courageuses réponses de Vincent Peillon à nos questions d’hier.

Interrogé ce dimanche 24 février sur BFMTV, Vincent Peillon annonce que sera traité la question de la durée de l’année scolaire (pas avant 2015….nous aimerions lire demain : « à partir de 2015 !!!! »)

Il préconise la réduction des vacances d’été à 6 semaines et l’institution de deux zones ( ce qui satisferait les professionnels du tourisme), et le rééquilibrage de l’année scolaire en périodes de 7 semaines de cours suivies de 2 semaines de vacances. Il reprend ainsi une tentative de Jean-Pierre Chévènement qui avait fait long feu.

Il souligne le fait que cette réforme n’est pas simple et aura pour conséquence la réorganisation du baccalauréat. Nous espérons qu’il profitera de l’occasion pour en modifier le contenu et les modalités pour le simplifier et augmenter la part de contrôle continu….

Enfin, il ne lâche rien sur le calendrier de la semaine de 4 jours et demi.

Xavier Bertand illustre bien aussi notre recommandation adressée à la droite d’apprendre à se taire :

Il dénonce l’absence de concertation sur ces sujets , alors que les préconisations formulées par le ministre ne seront pas débattues avant deux ans…Niveau zéro du débat politique !!!

Claude Rebaud


 

 

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