Troubles dys et difficultés d’apprentissage : le guide pour les parents

Quand Mathis, 8 ans, a fondu en larmes devant sa dictée, sa mère a d’abord pensé à un caprice. Les lettres dansaient sur la page, inversées, mélangées, illisibles. « Il est paresseux », avait jugé hâtivement la maîtresse.

« Il ne fait pas d’efforts », avait renchéri le grand-père. Il a fallu deux ans de souffrance scolaire avant qu’un diagnostic tombe enfin : dyslexie sévère. Mathis n’était ni paresseux ni stupide. Son cerveau fonctionnait simplement différemment. Sans prise en charge adaptée, ce type de situation peut mener au décrochage scolaire.

En France, selon les données de l’Inserm, 6 à 8 % des enfants présentent un trouble dys. Derrière ce préfixe grec signifiant « difficulté », se cachent des troubles spécifiques du développement qui affectent les capacités à progresser en langage, lecture, en écriture ou en calcul.

Ces troubles neurodéveloppementaux ne sont pas liés à l’intelligence : un enfant dys peut être brillant, créatif, doué dans de nombreux domaines. Mais sans diagnostic ni prise en charge adaptée, sa scolarité peut virer au cauchemar.

Qu’est-ce que les troubles dys ?

Les troubles dys, ou troubles spécifiques des apprentissages, désignent un ensemble de difficultés durables qui affectent l’oral, la lecture, l’écriture, le calcul ou la coordination motrice. Selon la classification internationale CIM-11 et le DSM-5 (version américaine), ces troubles appartiennent à la famille des troubles du neurodéveloppement, au même titre que le TDAH ou l’autisme.

Une jeune élève est en train de se peindre les doigts dans une salle de classe.
Les activités créatives permettent aux enfants en difficulté scolaire de reprendre confiance en valorisant d’autres formes d’intelligence.

Ce qui caractérise un trouble dys, c’est son caractère spécifique et persistant. L’enfant présente des lacunes dans un domaine précis de l’apprentissage, alors que ses capacités intellectuelles sont normales, voire supérieures. Ce n’est pas un retard global du développement, mais un dysfonctionnement ciblé de certaines fonctions cognitives.

Le neurologue Michel Habib, spécialiste reconnu en France, parle de « constellation dys » pour décrire ces troubles qui coexistent souvent chez une même personne. Un enfant dyslexique a fréquemment une dysorthographie associée. Un enfant dyspraxique peut aussi présenter un déficit attentionnel. Cette comorbidité complique le repérage et la prise en charge, mais elle est la règle plus que l’exception.

Contrairement aux idées reçues, les troubles dys ne se guérissent pas. Ils accompagnent la personne tout au long de sa vie, de l’enfance à l’âge adulte. Mais avec un diagnostic précoce et un accompagnement adapté, les enfants dys peuvent développer des stratégies de compensation et réussir leur scolarité, puis leur vie professionnelle.

Votre enfant peine à l’école malgré ses efforts ? Un professeur de soutien scolaire formé aux troubles dys peut l’aider à reprendre confiance et à progresser avec des méthodes adaptées.

Quels sont les différents troubles dys ?

La communauté scientifique reconnaît six principaux troubles dys, chacun affectant un domaine spécifique de l’apprentissage. Voici une fiche détaillée de chaque trouble pour mieux les comprendre.

La dyslexie

La dyslexie est un trouble spécifique de l’apprentissage de la lecture. Un dyslexique peine à décoder les mots, confond les lettres visuellement proches (b/d, p/q), inverse les syllabes, lit lentement et avec effort. Ce trouble langagier touche environ 5 % des enfants en France, avec une prévalence plus élevée chez les garçons.

La dyslexie n’est pas un problème de vue ni un manque d’intelligence. C’est un dysfonctionnement des zones cérébrales impliquées dans le traitement de l’expression écrite. Un dyslexique peut exceller à l’oral, avoir une imagination débordante, mais buter sur chaque mot à l’écrit.

La dysorthographie

Souvent associée à la dyslexie, la dysorthographie est un trouble spécifique de l’écriture et de l’orthographe. L’élève fait des erreurs persistantes malgré la révision répétée des règles : confusions de sons, oublis de lettres, difficultés avec les accords grammaticaux. Son écriture peut être lente, laborieuse, source d’une grande fatigue cognitive.

La dyscalculie

La dyscalculie affecte l’apprentissage des mathématiques et du calcul. L’enfant peine à comprendre le sens des nombres, à mémoriser les tables de multiplication, à poser des opérations, à résoudre des problèmes. Ce trouble spécifique touche 3 à 6 % des enfants selon les études scientifiques.

La dyspraxie

La dyspraxie, aussi appelée trouble développemental de la coordination (TDC), affecte la planification et l’exécution des gestes. Un dyspraxique est maladroit, peine à s’habiller seul, à utiliser ses couverts, à écrire lisiblement.

Ce n’est pas un manque de volonté : son cerveau a du mal à automatiser les séquences motrices que les autres enfants acquièrent naturellement.

La dysphasie

La dysphasie est un trouble spécifique du développement du langage oral. Un dysphasique a des difficultés à parler, à construire des phrases, à trouver ses mots, à comprendre les consignes complexes. Ce trouble langagier sévère touche environ 2 % des enfants et nécessite une prise en charge orthophonique intensive dès le plus jeune âge.

Les troubles de l’attention (TDAH)

Le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) n’est pas à proprement parler un trouble dys, mais il est fréquemment associé et partage les mêmes troubles de l’apprentissage. L’enfant TDAH peine à se concentrer, à rester en place, à contrôler ses impulsions. Son attention fluctue, ce qui impacte tous les apprentissages scolaires.

Selon la Fédération Française des Dys (FFDys), association de référence en France, 40 % des enfants dys présentent plusieurs troubles associés. Cette réalité clinique impose un bilan complet et une prise en charge pluridisciplinaire.

Comment reconnaître les troubles dys chez un enfant ?

Le repérage précoce des troubles dys est essentiel pour une prise en charge efficace. Plus le problème est identifié tôt, meilleures sont les chances de compensation. Mais comment distinguer un simple retard de mémorisation d’un véritable trouble dys ?

Voici les signaux d’alerte à surveiller selon l’âge de l’enfant :

Dès la maternelle (3-6 ans), certains signes peuvent alerter :

  • Retard de langage oral (parle peu, mal articulé, vocabulaire pauvre),
  • Difficultés à mémoriser les comptines, les jours de la semaine,
  • Maladresse importante dans les gestes du quotidien,
  • Difficultés à reconnaître les lettres de son prénom,
  • Agitation excessive ou au contraire passivité anormale.

En primaire (6-11 ans), les lacunes deviennent plus visibles :

  • Lecture lente, hésitante, avec confusions de lettres persistantes,
  • Écriture illisible, cahiers sales, devoirs non terminés,
  • Blocages en calcul mental malgré les efforts,
  • Fatigue excessive après l’école, maux de ventre le matin,
  • Estime de soi fragile, sentiment d’être « nul ».

Au collège et au lycée, les troubles non diagnostiqués s’aggravent :

  • Échec scolaire malgré un travail important,
  • Lenteur chronique dans toutes les matières écrites,
  • Évitement de la lecture, de l’écriture,
  • Anxiété scolaire, phobie scolaire,
  • Comportements de compensation (clown de la classe, agressivité).

Attention : un seul signe ne suffit pas à poser un diagnostic. C’est la persistance et l’accumulation des difficultés, malgré un enseignement adapté et des efforts de l’enfant, qui doivent alerter les parents et l’école.

Bon réflexe

Tenez un journal des blocages observés avec des exemples concrets (copies, devoirs, comportements). Ces informations seront précieuses pour le médecin et les professionnels du bilan.

Comment faire diagnostiquer un trouble dys ?

L’identification d’un trouble dys repose sur un bilan pluridisciplinaire coordonné par un médecin. Ce parcours peut sembler long et complexe, mais il est indispensable pour obtenir une prise en charge adaptée et des aménagements scolaires.

La première étape consiste à consulter le médecin traitant ou le pédiatre. Il réalisera un examen clinique pour écarter toute cause médicale (problème de vue, d’audition, maladie neurologique) et orientera vers les professionnels de santé compétents pour un bilan approfondi.

La consultation orthophonique est souvent le premier examen prescrit. L’orthophoniste évalue l’expression orale et écrite, la lecture, l’orthographe, les capacités de compréhension. Ce bilan permet de diagnostiquer une dyslexie, une dysorthographie ou une dysphasie.

Le bilan psychométrique, réalisé par un psychologue ou neuropsychologue, mesure les capacités intellectuelles globales et les fonctions cognitives spécifiques (mémoire, attention, raisonnement). Il permet d’écarter un retard intellectuel et d’identifier un éventuel TDAH ou haut potentiel associé.

Le test psychomoteur, effectué par un psychomotricien, évalue la coordination, l’équilibre, la motricité fine. Il est indispensable pour diagnostiquer une dyspraxie.

Selon les problèmes de l’enfant, d’autres bilans peuvent être nécessaires : bilan ergothérapique et ophtalmologique (orthoptie), ORL. Dans les cas complexes, une consultation en centre de référence des troubles du langage et des apprentissages (CRTLA) permet une évaluation pluridisciplinaire coordonnée.

Le diagnostic final est posé par le médecin (généraliste, pédiatre ou neuropédiatre) qui synthétise l’ensemble des bilans. Il se réfère aux critères du DSM-5 ou de la CIM-11 pour caractériser le trouble et son niveau de sévérité.

En France, les délais d’attente pour les bilans sont souvent longs dans le secteur public. Pour accélérer la prise en charge, vous pouvez consulter en libéral, mais les bilans ne sont pas toujours remboursés. Renseignez-vous auprès de votre mutuelle et de la MDPH pour les aides financières possibles.

Quels aménagements scolaires pour un enfant dys ?

Une fois le diagnostic posé (d’autres problèmes peuvent être liés comme : échec, harcèlement ou phobie de l’école), l’enfant dys a droit à des aménagements scolaires pour compenser ses difficultés d’apprentissage. Ces adaptations, encadrées par le code de l’éducation, permettent de mettre l’élève en situation de réussite malgré son trouble.

Le PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé) est le dispositif le plus courant pour les troubles dys. Il est mis en place par l’équipe éducative, sans reconnaissance de handicap, et prévoit des aménagements pédagogiques adaptés au trouble de l’enfant :

  • Temps supplémentaire pour les contrôles et examens (tiers-temps),
  • Documents adaptés (police plus grande, textes aérés, surlignage),
  • Autorisation d’utiliser un ordinateur en classe,
  • Allègement des devoirs écrits,
  • Évaluation à l’oral plutôt qu’à l’écrit,
  • Placement préférentiel dans la classe (devant, près du professeur).

Pour les troubles sévères, un PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) peut être demandé auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Ce dispositif ouvre droit à des moyens supplémentaires : accompagnement par un AESH, matériel pédagogique adapté, orientation vers un dispositif spécialisé (ULIS).

Les aménagements aux examens (brevet, baccalauréat) doivent être demandés auprès du médecin scolaire plusieurs mois avant les épreuves. Ils comprennent généralement le tiers-temps, l’utilisation d’un ordinateur, un secrétaire lecteur ou scripteur.

Le site monparcourshandicap.gouv.fr détaille tous les dispositifs disponibles selon le niveau de scolarité et le type de trouble.

Comment accompagner un enfant dys au quotidien ?

Au-delà des aménagements scolaires, l’accompagnement familial joue un rôle essentiel dans la réussite d’un enfant dys. Voici les conseils des professionnels de santé et des associations spécialisées pour l’aider au quotidien.

Une adulte accompagne son fils en faisant un jeu.
Un accompagnement individualisé avec des supports adaptés aide l’enfant à surmonter ses difficultés d’apprentissage.

La première règle est de valoriser ses forces. Un enfant dys n’est pas « que » ses difficultés. Il a des talents, des passions, des domaines où il excelle. Encouragez-les, célébrez ses réussites, même petites. L’estime de soi est souvent fragilisée par des années de difficultés scolaires. La reconstruire est une priorité.

Adaptez l’environnement de travail à la maison. Un bureau calme, une lumière adaptée, un ordinateur équipé de logiciels de compensation (correcteur orthographique, synthèse vocale, logiciel de dictée). Ces outils ne sont pas de la triche : ils compensent un handicap, comme des lunettes compensent un défaut de vue.

Vous pouvez vous tourner vers des services comme Superprof, Acadomia ou Les Sherpas pour bénéficier d’un professeur particulier formé aux troubles dys. Un accompagnement individualisé, avec des méthodes adaptées (multisensoriel, mind-mapping, apprendre par le jeu), peut transformer le rapport de l’enfant à l’école.

Rejoignez une association de parents. La FFDys, l’APEDYS, DysFrance et de nombreuses associations locales proposent des groupes de parole, des formations, des ressources pratiques. Échanger avec d’autres parents qui vivent la même situation aide à rompre l’isolement et à trouver des solutions concrètes. Restez également vigilant aux situations de harcèlement scolaire, car les enfants dys peuvent en être victimes en raison de leurs difficultés visibles.

Enfin, prenez soin de votre propre santé mentale. Accompagner un enfant dys au quotidien est épuisant. Les devoirs interminables, les conflits avec l’école, les regards des autres, tout cela pèse sur les parents. N’hésitez pas à consulter un professionnel de santé si vous vous sentez dépassé.

Conseil

Les troubles dys ne disparaissent pas, mais ils se compensent. Avec un diagnostic précoce, une prise en charge adaptée et un entourage bienveillant, votre enfant peut réussir sa scolarité et s’épanouir dans sa vie d’adulte. De nombreuses personnes dys ont brillé dans tous les domaines : Albert Einstein, Léonard de Vinci, Steven Spielberg étaient probablement dyslexiques.

Questions fréquentes sur les troubles dys

Quels sont les 6 troubles dys ?

Les six principaux troubles dys reconnus par la communauté scientifique sont : la dyslexie (trouble de la lecture), la dysorthographie (trouble de l’écriture), la dyscalculie (trouble du calcul), la dyspraxie (trouble de la coordination), la dysphasie (trouble du langage oral) et la dysgraphie (trouble du geste graphique). Le TDAH est souvent associé mais constitue une catégorie distincte dans les classifications DSM-5 et CIM-11.

Comment savoir si mon enfant est dys ?

Les signes d’alerte incluent des difficultés persistantes d’apprentissage malgré les efforts, une lenteur anormale en lecture ou écriture, des confusions de lettres ou de sons, une maladresse importante. Seul un bilan pluridisciplinaire (orthophonique, psychologique, psychomoteur) coordonné par un médecin permet de poser un diagnostic fiable. Consultez votre médecin traitant dès les premiers signes.

Est-ce que les troubles dys se soignent ?

Les troubles dys ne se guérissent pas car ils sont liés à un fonctionnement neurologique différent. En revanche, ils se compensent très efficacement avec une prise en charge adaptée : rééducation orthophonique, psychomotricité, ergothérapie, aménagements scolaires. Un enfant dys bien accompagné peut réussir sa scolarité et mener une vie professionnelle épanouie à l’âge adulte.

Qui consulter pour un trouble dys ?

La première personne à consulter est le médecin traitant ou le pédiatre, qui orientera vers les professionnels de santé adaptés : orthophoniste pour le langage et la lecture, psychologue ou neuropsychologue pour le bilan cognitif, psychomotricien pour la coordination. Dans les cas complexes, les centres de référence des troubles du langage et des apprentissages (CRTLA) proposent des bilans pluridisciplinaires coordonnés.

Retour en haut