Pierre avait 16 ans quand il a cessé de se lever le matin. Pas une grève, pas un caprice d’adolescent. Juste une impossibilité physique de franchir la porte du lycée. Sa mère, cadre dans une entreprise de la région parisienne, ne comprenait pas. Les notes avaient dégringolé en silence, les absences s’étaient accumulées, et un jour de novembre 2024, Pierre a simplement dit : « Je n’y retourne plus. » En France, comme Pierre, près de 80 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme. Le décrochage scolaire n’est pas un choix. C’est l’aboutissement d’un processus silencieux où les difficultés s’accumulent jusqu’à rendre l’école insupportable.
Selon l’INSEE, le taux de décrochage scolaire en France s’établit à 7,6 % des jeunes de 18-24 ans en 2022. Les garçons sont plus touchés que les filles (9,2 % contre 6 %), et les inégalités territoriales restent marquées entre les régions. Derrière ces chiffres, des milliers de parcours brisés, de talents gâchés, de vies professionnelles compromises avant même d’avoir commencé. Mais le décrochage scolaire n’est pas une fatalité. Comprendre ses causes permet de mettre en place des actions de prévention efficaces, et des solutions existent pour accompagner les jeunes en situation de rupture.
Cet article fait le point sur les principales causes du décrochage scolaire et les moyens d’y faire face. Car derrière chaque jeune décrocheur se cache une histoire singulière, et chaque situation appelle une réponse personnalisée.
Harcèlement scolaire : comment réagir et protéger son enfant ?
Le harcèlement scolaire est l’une des causes majeures de décrochage chez les jeunes. Quand un enfant subit quotidiennement moqueries, insultes, violences physiques ou cyberharcèlement, l’école devient un lieu de souffrance qu’il finit par fuir.

En France, selon les rapports du ministère de l’Éducation nationale, un élève sur dix est victime de harcèlement au cours de sa scolarité. Les conséquences sur la santé mentale et le parcours scolaire sont dévastatrices.
Le harcèlement scolaire se caractérise par des actions négatives répétées, intentionnelles, dans une relation de déséquilibre entre l’agresseur et la victime. Il peut prendre plusieurs formes : verbal (insultes, surnoms humiliants), physique (bousculades, coups, vol d’affaires), social (mise à l’écart, rumeurs), ou numérique (cyberharcèlement sur les réseaux sociaux). Les enseignants et les parents ne détectent pas toujours ces situations, car les victimes ont souvent honte et se taisent.
La prévention du harcèlement passe par une vigilance accrue des adultes et une éducation des élèves au respect et à l’empathie. Le programme pHARe, déployé dans les écoles et les collèges de toutes les régions, forme des ambassadeurs élèves et des équipes ressources pour repérer et traiter les situations de harcèlement. Mais au-delà des dispositifs institutionnels, c’est l’accompagnement individuel de l’enfant victime qui fait la différence.
Un élève harcelé a besoin d’être écouté, cru, protégé. Les parents jouent un rôle essentiel dans ce processus : repérer les signes d’alerte (changement de comportement, isolement, chute des notes, refus d’aller à l’école), dialoguer sans minimiser, alerter l’établissement scolaire et, si nécessaire, les autorités compétentes. Dans les cas graves, un changement d’école peut s’avérer la seule solution pour permettre à la personne de reconstruire sa scolarité dans un environnement sécurisant.
Votre enfant traverse une période difficile à l’école ? Un professeur de soutien scolaire bienveillant peut l’aider à reprendre confiance et à combler les lacunes accumulées pendant cette période de souffrance.
Phobie scolaire : signes, causes et solutions !
La phobie scolaire, ou refus scolaire anxieux, touche entre 1 et 5 % des jeunes en âge de scolarisation. Ce trouble se manifeste par une impossibilité physique et émotionnelle de se rendre à l’école, accompagnée de symptômes somatiques intenses : maux de ventre, nausées, crises d’angoisse, parfois attaques de panique. Contrairement à l’absentéisme classique, l’enfant ou l’adolescent phobique n’est pas en opposition : il veut aller à l’école mais n’y parvient pas.
Les facteurs déclencheurs de la phobie scolaire sont multiples : harcèlement, difficultés d’apprentissage non diagnostiquées, anxiété de performance, événement traumatisant (décès d’un proche, divorce des parents, déménagement), ou parfois sans cause apparente identifiable. Ce qui caractérise ce trouble, c’est la disproportion entre le risque réel et l’angoisse ressentie par le jeune.
La prise en charge de la phobie scolaire nécessite une approche pluridisciplinaire associant le médecin traitant, un psychologue ou pédopsychiatre, et l’équipe éducative. L’objectif n’est pas de forcer l’élève à retourner à l’école à tout prix, mais de comprendre les causes de son mal-être et de mettre en place un accompagnement adapté. Dans certains cas, un aménagement de la scolarité (temps partiel, enseignement à distance, hospitalisation de jour) peut être nécessaire le temps que le jeune retrouve sa capacité à affronter l’environnement scolaire.
Les parents d’enfants phobiques scolaires traversent souvent une période d’incompréhension et de culpabilité. Il est essentiel qu’ils soient eux-mêmes accompagnés et qu’ils ne restent pas isolés face à cette situation. L’association Phobie Scolaire et les groupes de parole régionaux offrent un soutien précieux aux familles confrontées à ce trouble encore mal connu du grand public et parfois des enseignants.
Échec scolaire : causes, conséquences et pistes pour rebondir
L’échec scolaire est souvent l’antichambre du décrochage. Quand un jeune accumule les mauvaises notes, redouble, se retrouve orienté vers une filière non choisie, le risque qu’il abandonne sa scolarité augmente considérablement. Selon les études du ministère de l’Éducation nationale, les élèves ayant redoublé au collège ont trois fois plus de chances de décrocher que les autres.
Les causes de l’échec scolaire sont multifactorielles. Le sociologue Pierre Bourdieu a montré comment le système éducatif français reproduit les inégalités sociales : les enfants issus de milieux défavorisés, dont les parents n’ont pas fait d’études supérieures, sont statistiquement plus exposés à l’échec. Mais au-delà des déterminismes sociaux, des facteurs individuels entrent en jeu : troubles des apprentissages non diagnostiqués, difficultés relationnelles, manque de motivation, orientation subie vers une formation professionnelle non désirée.
La prévention de l’échec scolaire passe par un repérage précoce des difficultés et une prise en charge adaptée. Le Programme Personnalisé de Réussite Éducative (PPRE), prévu par le code de l’éducation, permet de mettre en place des actions d’accompagnement pour les élèves en situation de fragilité. Les stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires, le dispositif « Devoirs faits » au collège, le tutorat entre pairs sont autant d’outils à disposition des équipes éducatives.
Mais l’échec scolaire n’est pas une condamnation définitive. De nombreux jeunes en difficulté à l’école trouvent leur voie par l’apprentissage, l’alternance ou la formation professionnelle. Les Écoles de la deuxième chance, présentes dans toutes les régions de France, accueillent chaque année des milliers de décrocheurs et leur offrent une nouvelle chance de se qualifier et de trouver un emploi. La persévérance scolaire se construit aussi en dehors des murs de l’école traditionnelle.
Bon réflexe
N’attendez pas que la situation se dégrade. Dès les premiers signes de difficulté (baisse des notes, démotivation, absentéisme), agissez. Plus la prise en charge est précoce, plus elle est efficace pour éviter le décrochage.
Troubles dys et difficultés d’apprentissage : le guide pour les parents
Les troubles dys (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, dysphasie) touchent 6 à 8 % des enfants en France.
Ces troubles spécifiques des apprentissages, d’origine neurologique, ne sont pas liés à l’intelligence : une personne dys peut être brillante mais se retrouver en grande difficulté à l’école, faute de diagnostic et d’accompagnement adapté.

Non repérés, ces troubles sont une cause majeure de décrochage scolaire.
Le repérage des troubles dys repose sur la vigilance des parents et des enseignants. Un petit qui peine à lire malgré ses efforts, qui confond les lettres, qui écrit de façon illisible, qui ne retient pas les tables de multiplication malgré un travail acharné doit être orienté vers un bilan spécialisé.
Le diagnostic, posé par une équipe pluridisciplinaire (orthophoniste, psychologue, médecin), ouvre droit à des aménagements scolaires qui peuvent transformer la scolarité de l’enfant.
Le Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP) permet de mettre en place des adaptations pédagogiques sans reconnaissance de handicap : temps supplémentaire aux contrôles, documents adaptés, utilisation d’un ordinateur en classe, évaluation à l’oral plutôt qu’à l’écrit. Pour les troubles sévères, un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) peut être demandé auprès de la MDPH, ouvrant droit à des moyens supplémentaires : accompagnement par un AESH, matériel pédagogique adapté, orientation vers un dispositif spécialisé.
L’accompagnement d’un enfant dys ne se limite pas aux aménagements scolaires. Les rééducations (orthophonie, psychomotricité, ergothérapie) sont essentielles pour développer des stratégies de compensation. Un soutien scolaire individualisé, avec des méthodes adaptées aux troubles de l’apprentissage, peut également faire la différence. Vous pouvez vous tourner vers des services comme Superprof ou Les Sherpas pour bénéficier d’un professeur particulier formé aux besoins spécifiques des élèves dys.
Au-delà des dispositifs, c’est le regard porté sur l’enfant dys qui compte. Ces jeunes ne sont pas paresseux, ils ne font pas exprès. Leur cerveau fonctionne différemment, et avec un accompagnement adapté, ils peuvent réussir leur scolarité et s’épanouir dans leur vie professionnelle d’adulte. De nombreuses personnalités célèbres étaient dys : Albert Einstein, Léonard de Vinci, Steven Spielberg, Richard Branson. La différence n’est pas un handicap quand elle est reconnue et accompagnée.
Conseil
Le décrochage scolaire n’est jamais le résultat d’un seul facteur. Harcèlement, phobie scolaire, échec, troubles dys : ces difficultés s’entremêlent souvent et nécessitent une réponse globale. Si votre enfant montre des signes de mal-être à l’école, n’hésitez pas à consulter rapidement un professionnel pour identifier les causes et mettre en place un projet d’accompagnement individuel.




