Harcèlement scolaire : comment réagir et protéger son enfant ?

Lucas avait 12 ans quand il a cessé de sourire. Sa mère, Sophie, raconte : « Au début, je pensais que c’était l’adolescence. Il ne parlait plus à table, s’enfermait dans sa chambre, ses notes dégringolaient. Et puis un soir, j’ai trouvé son carnet de correspondance caché sous son matelas. Des pages entières arrachées. » Ce que Sophie découvrira dans les semaines suivantes la hantera longtemps : son fils subissait depuis six mois les insultes quotidiennes d’un groupe de camarades. Moqueries sur son poids, messages humiliants sur Internet, isolement systématique à la cantine. Lucas était victime de harcèlement t de décrochage scolaire.

En France, selon le baromètre 2025 de l’association e-Enfance, près d’un collégien sur cinq déclare avoir subi une forme de harcèlement. Derrière ces statistiques, des milliers de familles démunies face à des violences souvent invisibles. Si vous lisez cet article, c’est peut-être que vous aussi, vous cherchez des réponses. Vous êtes au bon endroit.

Qu’est-ce que le harcèlement scolaire et quelles sont ses différentes formes ?

Le harcèlement scolaire n’est pas un simple conflit entre élèves. Le psychologue norvégien Dan Olweus, pionnier de la recherche sur ce phénomène dans les années 1970, l’a défini selon trois critères fondamentaux : une intention de nuire, des agressions répétées dans la durée, et une relation de domination asymétrique entre l’auteur (ou les auteurs) et la victime.

Un enfant se réfugie dans les bras de sa mère.
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En clair, pour qu’il y ait harcèlement, il faut que la victime ne soit pas en capacité de se défendre. Ce n’est pas une bagarre entre égaux. C’est un rapport de force déséquilibré qui s’installe, parfois pendant des mois, parfois pendant des années.

La loi française, depuis mars 2022, reconnaît officiellement le harcèlement scolaire comme un délit pénal. L’article 222-33-2-3 du code pénal inflige des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende dans les cas les plus graves.

Les formes de harcèlement sont multiples et se cumulent souvent chez une même victime :

  • Le harcèlement physique : bousculades, coups, vols, dégradation d’affaires personnelles,
  • Le harcèlement verbal : insultes, moqueries, surnoms humiliants, rumeurs,
  • Le harcèlement social : mise à l’écart, exclusion systématique du groupe, isolement forcé,
  • Le harcèlement psychologique : menaces, chantage, intimidation, manipulation,
  • Le cyberharcèlement : violences exercées via les réseaux sociaux, SMS, contenus humiliants.

Pierre Bourdieu parlait de « violence symbolique » pour décrire ces mécanismes de domination qui s’exercent sans même que la victime puisse identifier clairement ce qu’elle subit. Le harcèlement scolaire en est une illustration cruelle : l’enfant harcelé finit par intérioriser l’idée qu’il « mérite » ce qui lui arrive.

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Quels signes alertent les parents d’un enfant victime ?

Le harcèlement prospère dans le silence. Les élèves victimes parlent rarement, par honte, par peur des représailles, ou parce qu’ils pensent que personne ne peut les aider. C’est aux adultes d’apprendre à décoder les signaux.

Emma, 14 ans, harcelée pendant deux ans au collège, témoigne : « Je ne voulais pas inquiéter mes parents. Je me disais que si je tenais jusqu’aux vacances, ça passerait. Mais ça ne passait jamais. »

Les signes comportementaux doivent vous alerter :

  • Refus soudain d’aller à l’école, prétextes répétés (maux de ventre, maux de tête),
  • Changement de trajet ou demande d’être accompagné,
  • Isolement, repli sur soi, perte d’intérêt pour les activités habituelles,
  • Irritabilité, colères inhabituelles, pleurs fréquents,
  • Irrégularités du sommeil, cauchemars récurrents.

Ce refus persistant d’aller en classe peut parfois évoluer vers une véritable phobie scolaire, une angoisse si intense que l’enfant devient physiquement incapable de franchir les portes de l’établissement.

Les signes physiques ne trompent pas :

  • Affaires scolaires abîmées, vêtements déchirés, objets « perdus » régulièrement,
  • Blessures inexpliquées (bleus, griffures),
  • Déséquilibres alimentaires : perte d’appétit ou au contraire, grignotage compulsif,
  • Fatigue chronique, teint pâle.

Les signes scolaires complètent le tableau :

  • Chute brutale des résultats,
  • Perte de concentration, devoirs non faits,
  • Absences répétées, retards fréquents,
  • Désintérêt pour les activités extrascolaires.

Il est important de distinguer le harcèlement d’autres difficultés qui peuvent affecter la scolarité. Certains enfants présentent des troubles des apprentissages qui provoquent également une baisse de motivation et des résultats. Un seul de ces signes ne suffit pas à conclure au harcèlement. Mais l’accumulation de plusieurs d’entre eux, sur plusieurs semaines, doit déclencher une conversation avec vos enfants.

Que faire face à une situation de harcèlement : guide pour les parents

Votre enfant vient de se confier, ou vous avez des doutes sérieux. La première réaction est souvent la colère, l’envie d’aller régler le problème soi-même. Résistez à cette impulsion. Voici la marche à suivre, étape par étape.

1. Écoutez sans juger

C’est le plus difficile et le plus important. Votre fils ou fille a besoin d’être cru(e) et soutenu(e), pas interrogé(e) comme un suspect. Évitez les phrases du type « Pourquoi tu ne t’es pas défendu ? » ou « Tu aurais dû m’en parler avant ». Dites plutôt : « Je te crois. Ce n’est pas ta faute. On va trouver une solution ensemble. »

2. Rassemblez les preuves

Captures d’écran des messages, photos des blessures ou des affaires abîmées, témoignages écrits si d’autres témoins acceptent de parler. Ces éléments seront précieux pour la suite.

3. Contactez l’établissement scolaire

Demandez un rendez-vous avec le directeur/la directrice. Depuis 2023, chaque collège et lycée dispose d’un référent harcèlement formé dans le cadre du programme pHARe. Présentez les faits de manière factuelle, avec vos preuves.

4. Appelez le 3018

Ce numéro national, gratuit et confidentiel, est joignable 7 jours sur 7. Des professionnels (psychologues, juristes, travailleurs sociaux) vous accompagnent et peuvent intervenir pour faire supprimer les pages web et vidéos préjudiciables. Retrouvez toutes les informations sur le site Service Public.

5. Si nécessaire, portez plainte

Le harcèlement scolaire est un délit. Vous pouvez déposer plainte au commissariat ou à la gendarmerie. L’enquête permettra d’établir les responsabilités et de protéger l’élève.

Bon réflexe

Ne tentez jamais de contacter vous-même les auteurs des faits ou leurs parents. Cela pourrait aggraver la situation et compromettre une éventuelle procédure. Laissez les autorités compétentes gérer la confrontation.

Cyberharcèlement : violences numériques et réseaux sociaux

À 22h47, le téléphone de Léa, 13 ans, vibre. Un message sur Instagram : « T trop moche, personne t’aime ». Puis un autre. Puis dix. Puis cinquante. Le lendemain, une photo d’elle prise à son insu circule dans un groupe Snapchat de sa classe avec des commentaires obscènes. Le cyberharcèlement ne connaît ni répit ni frontière.

Ce que les spécialistes appellent la violence numérique présente des caractéristiques qui la rendent particulièrement destructrice :

  • L’ubiquité : contrairement au harcèlement dans la cour de récréation, le cyberharcèlement suit la victime partout, 24 heures sur 24, jusque dans sa chambre,
  • La viralité : un contenu humiliant peut être partagé en quelques minutes auprès de centaines de personnes,
  • L’anonymat apparent : les auteurs se croient protégés derrière leurs écrans (ils ne le sont pas : les adresses IP sont traçables),
  • La permanence : les publications sur Internet laissent des traces durables.

Selon l’association e-Enfance, un jeune sur cinq a déjà été confronté au cyberharcèlement. Les réseaux les plus concernés sont TikTok, Snapchat et Instagram, mais les violences peuvent aussi transiter par SMS, messageries privées ou jeux en ligne.

La législation française est claire : le cyberharcèlement constitue une circonstance aggravante du harcèlement moral (article 222-33-2-2 du code pénal). Les peines sont alourdies lorsque les faits sont commis via des outils numériques.

Pour agir concrètement :

  • Conservez toutes les preuves (captures d’écran avec date et heure visibles),
  • Signalez les propos et vidéos directement sur les plateformes,
  • Contactez le 3018 : grâce à son statut de « signaleur de confiance », il peut faire supprimer rapidement les comptes préjudiciables,
  • Limitez temporairement l’accès au smartphone et à Internet, en dialogue avec vos enfants.

Les conséquences psychologiques chez la personne harcelée

Le philosophe Albert Camus écrivait : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ? Non. Ce qui ne me tue pas me laisse parfois brisé. » Les conséquences du harcèlement peuvent être dévastatrices, immédiates et durables.

À court terme, les victimes développent fréquemment :

  • De l’anxiété : crises d’angoisse, phobies, hypervigilance,
  • Dépression : tristesse permanente, perte d’intérêt, idées noires,
  • Des troubles somatiques : maux de ventre, maux de tête, insomnies,
  • Une chute des résultats scolaires pouvant mener au décrochage.

Le lien entre harcèlement et décrochage scolaire est aujourd’hui bien documenté. Quelqu’un qui a peur d’aller à l’école, qui ne peut plus se concentrer, qui perd confiance en lui, finit souvent par décrocher. Parfois définitivement.

À plus long terme, les études montrent que les personnes ayant été harcelées dans leur scolarité présentent un risque accru de :

  • Dépression chronique,
  • Difficultés relationnelles,
  • Faible estime de soi,
  • Conduites d’évitement social.

Sans prise en charge adaptée, ces traumatismes peuvent conduire à un véritable échec scolaire aux répercussions durables sur le parcours de vie. Ces conséquences ne sont pas une fatalité. Avec un accompagnement adapté, les victimes peuvent se reconstruire. Mais il faut agir vite.

Prévention et actions : le rôle de l’établissement et des associations

La lutte contre le harcèlement ne peut pas reposer sur les seules épaules des familles.

L’Éducation nationale a déployé en 2021 le programme pHARe (Prévention du Harcèlement et Accompagnement des Répondants), désormais généralisé à tous les établissements scolaires. Toutes les ressources sont disponibles sur le site du ministère.

Ce programme envisage :

  • La formation systématique des personnels éducatifs,
  • La désignation d’élèves ambassadeurs dans chaque classe,
  • Des actions de prévention tout au long de l’année,
  • Une grille d’auto-évaluation distribuée à tous les élèves du CE2 à la Terminale chaque novembre.

Les associations jouent également un rôle crucial. Parmi les plus actives :

  • e-Enfance : opérateur du 3018, spécialisée dans la protection des mineurs sur internet,
  • France Victimes : réseau de 130 associations locales d’aide aux victimes,
  • Marion La Main Tendue : créée par la mère d’une adolescente qui s’est suicidée après avoir été harcelée,
  • Hugo ! : association fondée par Hugo Martinez, lui-même ancien harcelé.

En tant que parents, vous pouvez aussi devenir acteur de la prévention :

  • Participez aux réunions d’information organisées par les équipes enseignantes,
  • Rejoignez les associations de parents d’élèves (FCPE, PEEP),
  • Parlez régulièrement du harcèlement avec vos enfants, même s’ils ne sont pas concernés : les témoins ont un rôle clé à jouer.

Loi et sanctions pénales contre les auteurs de harcèlement scolaire

Depuis la loi du 2 mars 2022, dite « Balanant », le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit spécifique inscrit dans le code pénal (article 222-33-2-3).

Un livre et un marteau posés sur une table noire avec une chaise de bureau.
Surtout, discutez avec vos enfants s’ils ne se rendent pas compte qu’ils harcèlent les autres élèves !

Les sanctions varient selon la gravité des faits et l’âge des auteurs :

  • Harcèlement sans circonstance aggravante : 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende,
  • Harcèlement avec incapacité de travail supérieure à 8 jours : 5 ans et 75 000 €,
  • Harcèlement ayant conduit au suicide ou à une tentative de suicide : 10 ans et 150 000 €.

Pour les mineurs de moins de 13 ans, des mesures éducatives peuvent être prononcées. Entre 13 et 18 ans, les peines sont réduites de moitié par rapport aux adultes, mais des poursuites pénales sont possibles.

La législation prévoit également des mesures disciplinaires au sein de l’école :

  • Avertissement, blâme,
  • Exclusion temporaire de la classe ou de l’établissement,
  • Exclusion définitive,
  • Dans les cas graves, changement d’école/collège/lycée imposé à l’élève auteur.

L’objectif n’est pas uniquement punitif. Les auteurs de harcèlement sont souvent eux-mêmes en difficulté. Le travail éducatif vise à leur faire prendre conscience de la gravité de leurs actes et à développer leur empathie.

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