Phobie scolaire : signes, causes et solutions !

Mathis avait 14 ans quand les matins sont devenus très difficiles. Sa mère, Nathalie, se souvient : « Il se levait, s’habillait, prenait son petit-déjeuner. Et puis au moment de franchir la porte, c’était comme si un mur invisible l’en empêchait. Il tremblait, pleurait, suppliait. Un jour, il s’est effondré dans l’entrée en hurlant qu’il ne pouvait pas. » Ce que Nathalie découvrira après des semaines d’errance médicale, c’est que son fils souffrait de phobie scolaire.

En France, ce trouble anxieux toucherait entre 1 et 5 % des enfants et adolescents selon les estimations de l’association Phobie Scolaire. Derrière ce chiffre, des milliers de familles confrontées à une souffrance qu’elles peinent à comprendre.

Car non, la phobie scolaire n’est pas un caprice d’enfant. C’est une détresse réelle, intense, invalidante. Et plus la prise en charge est précoce, meilleures sont les chances de retour à une scolarité apaisée et d’éviter le décrochage scolaire.

Qu’est-ce que la phobie scolaire (ou refus scolaire anxieux) ?

Le terme « phobie scolaire » est apparu dans les années 1940 sous la plume du psychologue américain Adelaide Johnson.

Un groupe d'enfants est en train de courir dans un couloir avec leur cartable sur le dos.
Un accompagnement psychologique est peut-être nécessaire pour que votre fils/fille reprenne le chemin de l’école en courant !

Depuis, les spécialistes en psychologie lui préfèrent souvent l’appellation « refus scolaire anxieux » (RSA), jugée plus précise sur le plan clinique. Car il ne s’agit pas d’une simple peur de l’école, mais d’une anxiété massive, parfois panique, à l’idée de s’y rendre.

La définition du Journal Officiel (2011) pose le cadre : « La phobie scolaire est une manifestation de refus de la fréquentation scolaire, à distinguer du refus d’apprendre ou de difficultés d’apprentissage. » Autrement dit, le jeune concerné n’a aucun problème avec les apprentissages. Il veut apprendre. Mais son corps et son esprit lui interdisent de franchir les portes de l’établissement.

Cette distinction est fondamentale pour les parents et les enseignants.

Un élève en décrochage peut sécher les cours pour traîner avec des amis. Un élève phobique, lui, reste chez lui, souvent prostré, rongé par la culpabilité et l’angoisse. Comme l’explique la pédopsychiatre Hélène Denis dans ses travaux publiés sur Cairn : « Dans la phobie scolaire, l’enfant ne joue pas la comédie. La souffrance est réelle et intense. »

Votre enfant traverse une période difficile et a besoin de reprendre confiance ? Une aide aux devoirs bienveillante peut l’accompagner en douceur, à son rythme, le temps que la situation s’améliore.

Quels sont les signes et symptômes de la phobie scolaire ?

La phobie scolaire ne s’installe pas du jour au lendemain. Elle se manifeste d’abord par des signaux d’alerte que les parents peuvent apprendre à repérer. Le piège, c’est de les confondre avec de la mauvaise volonté ou un simple passage à vide de l’adolescent.

Les manifestations physiques sont souvent les premières à apparaître chez l’enfant anxieux :

  • Maux de ventre récurrents, surtout le matin avant de partir en classe,
  • Nausées, vomissements,
  • Maux de tête, vertiges,
  • Tremblements, sueurs, palpitations,
  • Sensation d’étouffement ou de malaise,
  • Troubles du sommeil (insomnies, cauchemars, terreurs nocturnes).

Ces symptômes ont une particularité révélatrice : ils disparaissent comme par magie le week-end ou pendant les vacances scolaires. Si votre jeune va parfaitement bien le samedi et recommence à vomir le dimanche soir, ce n’est pas une coïncidence.

Les manifestations émotionnelles et comportementales complètent le tableau clinique :

  • Crises d’angoisse au moment du départ pour l’école,
  • Pleurs, cris, parfois violence envers les parents,
  • Supplications pour rester à la maison,
  • Isolement social, repli sur soi,
  • Irritabilité, sautes d’humeur, état dépressif.

Chez les adolescents, les signes peuvent être plus discrets : absentéisme croissant justifié par des excuses diverses, désintérêt soudain pour les activités qu’ils aimaient, rupture avec le groupe d’amis. L’anxiété se masque parfois derrière une façade d’indifférence qui inquiète les enseignants.

Quelles sont les causes de la phobie scolaire ?

Il n’existe pas une cause unique à la phobie scolaire, mais un ensemble de facteurs disparates qui peuvent se combiner. Le sociologue Edgar Morin parle de « causalité complexe » : chaque situation est singulière, chaque histoire familiale et scolaire joue un rôle dans le développement du trouble.

Les causes les plus fréquemment identifiées par les professionnels de santé :

  • L’angoisse de séparation : particulièrement chez les jeunes enfants (5-8 ans), la peur de quitter le foyer et les parents peut déclencher le refus anxieux,
  • Le harcèlement scolaire : moqueries, violences physiques ou psychologiques, exclusion du groupe de pairs,
  • Un événement traumatisant : décès d’un proche, divorce des parents, déménagement, maladie dans la famille,
  • La pression scolaire : peur de l’échec scolaire, perfectionnisme excessif, compétition permanente dans l’éducation nationale,
  • Un trouble anxieux sous-jacent : anxiété généralisée, phobie sociale, TOC, trouble panique,
  • Des difficultés d’apprentissage non diagnostiquées : troubles dys, TDAH, haut potentiel intellectuel.

Certaines périodes de la scolarité sont plus propices à l’apparition du trouble chez les jeunes : l’entrée en CP (première vraie séparation avec la famille), l’entrée en 6e (changement d’établissement radical), et la classe de 4e-3e (puberté, pression du brevet). En France, la pandémie de Covid-19 a également provoqué une explosion des cas, avec des enfants et adolescents qui n’ont jamais réussi à reprendre le chemin de l’école après les confinements.

Il est important de ne pas chercher un coupable. Ni l’enfant, ni les parents, ni l’établissement, ni les enseignants ne sont « responsables ». La phobie scolaire est un trouble psychologique qui s’installe malgré tout le monde.

Comment accompagner un enfant souffrant de phobie scolaire ?

Face à un enfant ou un adolescent qui refuse d’aller à l’école, la réaction instinctive des parents est souvent de le forcer. Erreur. La contrainte aggrave l’anxiété et renforce le blocage. Mais à l’inverse, accepter une déscolarisation totale sans réagir mène à l’isolement social et à la chronicisation du trouble.

La bonne attitude se situe entre ces deux extrêmes. Voici les étapes recommandées par les spécialistes en pédopsychiatrie :

1. Reconnaître la souffrance de l’enfant

Votre jeune ne simule pas. Ses symptômes sont réels, sa détresse est authentique. Lui dire « tu n’as qu’à faire un effort » est aussi inutile que de dire à quelqu’un qui a une jambe cassée de « marcher normalement ». Écoutez-le, croyez-le, rassurez-le sur le plan émotionnel.

2. Consulter rapidement un médecin

La phobie scolaire est considérée comme une urgence thérapeutique par les professionnels de santé. Plus la prise en charge est précoce, plus les chances de guérison sont élevées. Commencez par votre médecin traitant, qui pourra orienter vers un pédopsychiatre ou un psychologue clinicien spécialisé dans les troubles anxieux de l’enfance.

3. Informer l’établissement scolaire

Contactez le chef d’établissement, le professeur principal, l’enseignant référent et le médecin scolaire. Un PAI (Projet d’Accueil Individualisé) peut être mis en place pour aménager la scolarité : emploi du temps allégé, dispense de certains cours, possibilité de sortir de classe en cas de crise d’angoisse.

4. Maintenir un lien avec les apprentissages et l’éducation

Même si votre enfant ne peut pas aller à l’école, il est essentiel qu’il continue à apprendre. Le CNED (cours par correspondance), le SAPAD (Service d’Assistance Pédagogique à Domicile), ou un accompagnement individualisé avec un enseignant à domicile peuvent prendre le relais temporairement. Des ressources pédagogiques en ligne sont également disponibles et celles-ci permettent d’éviter de subir un échec scolaire.

Bon réflexe

Ne restez pas seuls face à cette épreuve. L’association Phobie Scolaire propose des groupes de parole pour les parents et des correspondants régionaux qui peuvent vous accompagner dans vos démarches administratives et médicales.

Quelles solutions et thérapies pour traiter la phobie scolaire ?

La phobie scolaire se soigne. Ce n’est pas une fatalité pour l’enfant ou l’adolescent qui en souffre. Mais le chemin vers le retour à l’école demande du temps, de la patience et une prise en charge multidisciplinaire adaptée.

Un petit garçon se tient la tête dans ses mains et semble triste.
La phobie scolaire toucherait entre 1 et 5 % des enfants !

Les approches thérapeutiques les plus efficaces selon la recherche en psychologie :

  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : elle aide le jeune anxieux à identifier ses pensées négatives et à les déconstruire progressivement,
  • La thérapie familiale : elle travaille sur les dynamiques de la famille qui peuvent involontairement entretenir le trouble de l’enfant,
  • L’EMDR : particulièrement efficace quand la phobie est liée à un traumatisme vécu à l’école ou ailleurs,
  • La relaxation et la sophrologie : pour apprendre à gérer les crises d’angoisse et réduire l’anxiété au quotidien.

Dans les cas sévères, une hospitalisation en service de pédopsychiatrie peut être envisagée. Certains hôpitaux en France disposent d’unités spécialisées dans les phobies scolaires, avec une équipe multidisciplinaire (pédopsychiatre, psychologue, éducateur, enseignant). Un traitement médicamenteux peut également être proposé : les antidépresseurs (ISRS) réduisent l’anxiété de fond et permettent à l’enfant de s’engager dans la thérapie. Cette décision relève exclusivement du médecin pédopsychiatre.

Il faut savoir de quoi souffre votre enfant : cela peut également être des troubles dys ou autre !

Le retour à l’école se fait généralement de manière progressive : d’abord quelques heures par semaine, puis une demi-journée, puis une journée complète en classe. L’objectif n’est pas de « guérir » du jour au lendemain, mais de reconstruire un rapport apaisé à l’établissement scolaire et aux apprentissages.

Comme le rappelle le site Service Public, l’instruction est obligatoire en France, mais elle peut prendre d’autres formes que l’école traditionnelle. En cas de phobie scolaire sévère et durable, l’instruction en famille ou l’inscription au CNED peuvent constituer des alternatives temporaires pour maintenir l’éducation de l’enfant.

Le lien entre phobie scolaire et décrochage scolaire est étroit. Sans prise en charge adaptée, le refus anxieux de l’adolescent peut se transformer en rupture définitive avec le système éducatif. D’où l’importance d’agir vite, de consulter un médecin et de ne pas banaliser les premiers signes de souffrance.

Conseil

La guérison passe aussi par la reconstruction de la confiance en soi. Quand votre enfant sera prêt à reprendre les apprentissages, un accompagnement scolaire individualisé et bienveillant pourra l’aider à reprendre pied, sans pression ni jugement.

Questions fréquentes sur la phobie scolaire

Quels sont les symptômes de la phobie scolaire ?

Les symptômes sont physiques (maux de ventre, nausées, tremblements, troubles du sommeil) et émotionnels (crises d’angoisse, pleurs, peur panique). Ils apparaissent chez l’enfant ou l’adolescent au moment de partir à l’école et disparaissent le week-end et pendant les vacances scolaires.

Comment se soigne la phobie scolaire ?

Elle se traite par une prise en charge multidisciplinaire : thérapie avec un psychologue ou pédopsychiatre (TCC, thérapie familiale), aménagements scolaires (PAI), et parfois traitement médicamenteux prescrit par le médecin. Le retour à l’école se fait progressivement.

Qui est le plus touché par la phobie scolaire ?

Tout enfant ou adolescent peut être touché, mais trois périodes sont plus à risque en France : l’entrée en CP, l’entrée en 6e et la classe de 4e-3e. Les jeunes anxieux, perfectionnistes ou ayant des troubles psychologiques sous-jacents sont plus vulnérables.

Est-ce que la phobie scolaire est un handicap ?

La phobie scolaire n’est pas reconnue comme un handicap en soi, mais peut ouvrir droit à des aménagements (PAI, AESH) si elle s’accompagne de troubles associés. Dans les cas sévères avec hospitalisation, une reconnaissance MDPH peut être envisagée pour l’enfant.

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