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Evaluer sans fausses notes - [Education et Devenir]
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La presse s’est emparée de ce débat et pas un journal (écrit, radio, télévisé,…) qui ne propose un reportage et des confrontations sur ce sujet. Malheureusement, c’est la loi de l’actualité, dans quelques jours, on sera passé à autre chose. Et aura t-on véritablement avancé sur le sujet ? Et on peut même craindre a contrario qu’il l’ait fait régresser…
Cela fait maintenant plus de sept ans que j’observe et tente d’analyser ce que dit la Presse (et l’opinion) sur l’École. Je ne prétends pas être un expert (je dis souvent que je suis “spécialiste en tout et expert en rien” ou l’inverse) mais le recul permet de constater quelques invariants. Et d’abord, noter ( !) la méconnaissance assez grande que l’on a de l’actualité et du fonctionnement de l’école dans l’opinion en général et dans la presse en particulier. Peu de journalistes spécialisés dans le domaine de l’éducation (il y en a cependant de très bons, ils se reconnaitront) et un turn over important chez les détenteurs de cette rubrique. De plus, l’éducation est (comme beaucoup d’autres sujets) traitée sur le principe de l’agenda ou du marronnier : on s’y intéresse à certaines périodes de l’année (rentrée, bac,…) et on approfondit peu ensuite en dehors de ces rendez vous. Sauf si on voit surgir un débat médiatique.
Mais le problème de ce type de débat est qu’il est souvent biaisé. La question des notes à l’école fait aujourd’hui sourire (ou frémir, c’est selon) de nombreux professeurs des écoles. Car ce débat est largement dépassé, comme je le soulignais hier et témoigne surtout d’une grande méconnaissance des textes qui encadrent cette question (socle commun, livret de compétences,…) . Et dont peu de journaux ont pris la peine de rappeler les enjeux. Du coup, on tombe bien souvent dans une sorte de faux débat où toutes les opinions se valent et les arguments échangés sont très pauvres.
Car, c’est une autre constante des débats sur l’école, il y a en France, 62 millions de spécialistes de l’École. Car on est, on a tous été concerné par l’École. Mais cela ne fait pas pour autant des usagers (qui ont bien sûr le droit de donner leur avis) des experts. Or, tout se passe comme si toutes les paroles se valaient et si les questions pédagogiques et éducatives n’étaient que des questions de “bon sens” teintées de nostalgie et d’une vison mythifiée de l’école d’antan, en déniant l’existence même d’une parole experte. On voit cela assez bien avec toute la raillerie autour de ce qui est qualifié de “jargon pédagogique”. Comme si les enseignants étaient les seuls professionnels à qui on retirait le droit d’avoir un vocabulaire technique et spécialisé. Mais il est vrai que par ailleurs on a validé le fait qu’ils n’avaient pas besoin de formation pour enseigner puisqu’il suffit d’avoir la “vocation”. Mais je m’égare…

L’évaluation, un problème très politique…
Comme tout débat, le débat actuel sur la note au primaire cristallise un grand nombre de valeurs et de représentations de l’École. Et si on opère un petit pas de côté, et qu’on s’éloigne du débat proprement, dit qui est bien mal engagé je le répète, on peut mettre à jour plusieurs angles morts intéressants.
A commencer par la question de la liberté pédagogique des enseignants« La France est l’un des rares pays où les enseignants sont libres dans leur façon de noter, explique Nathalie Mons, spécialiste des politiques éducatives dans une interview à Libération Ailleurs, dans les années 70 et 80, les pays ont encadré les notations, imposé des principes de notation et souvent interdit les notes dans le primaire au profit d’évaluations littéraires. Avec le retour de la droite, certains sont revenus aux notes. Nous, nous avons gardé des notations de travaux écrits individuels. On est resté à un certain conservatisme, les enseignants manquant de formation pour faire autre chose. ». Alors qu’initialement cette liberté pédagogique a été celle qui a permis à des innovateurs de faire bouger l’École, elle est aujourd’hui de plus en plus “la liberté de ne rien changer”.
Soulignons aussi que cette question de la note et la virulence du débat sont aussi le révélateur des angoisses des parents (et donc aussi de leurs enfants) par rapport à la réussite scolaire et la crainte du chômage
Car il y a aussi un autre impensé de la notation : la question de l’échec scolaire. Dans beaucoup de commentaires, la question de l’évaluation est posée sans celle de sa finalité. Ou plutôt la note est souvent présentée comme une fatalité et une fin en soi : on note parce qu’il faut noter, que ça permet de classer et c’est tout. Alors que si on considère l’évaluation comme un diagnostic, il faut ensuite, comme chez le médecin, se préoccuper des remèdes ! En d’autres termes, l’évaluation (notée ou non) doit être le moyen de repérer les difficultés des élèves et d’y trouver des solutions, d’y apporter des aides. C’est le sens d’une évaluation au service des apprentissages. Encore faut-il être convaincu qu’on peut agir.
Car, c’est là le point le plus important, le débat sur la notation nous révèle aussi que pour beaucoup, il est normal que l’école sélectionne et dès le plus jeune âge. Il y a des “bons”, des “moyens” et des “mauvais”, c’est ainsi… On entend même dans un certain nombre de réactions que ces différences sont innées (on est “doué” ou on ne l’est pas) ou au mieux le résultat d’un manque de travail (“quand on veut on peut”). Il y a une sorte de naturalisation de l’échec qui oublie les inégalités et les déterminismes sociaux. L’idée qu’une des missions de l’école soit de faire réussir tout le monde apparaît alors comme complètement incongrue pour une bonne partie de l’opinion. Et ceux qui prônent cela sont taxés alors d’utopistes et de doux rêveurs. Alors qu’il ne s’agit pas de tout révolutionner mais simplement de remettre à sa place l’une des fonctions de l’école qui est de sélectionner mais de ne pas lui donner tout l’espace. Comme nous le disions hier, la sélection arrivera bien assez tôt. Avant cela, préoccupons nous de l’efficacité des apprentissages et dotons nous d’une évaluation qui permette à chacun de progresser et d’apprendre. Et sans considérer que le seul facteur de motivation (ou même de coercition) et de l’envie d’apprendre est l’obtention d’une note. Et cela passe aussi par une évolution de la pédagogie. Mais y est-on prêt ? C’est d’ailleurs peut-être le blocage inconscient le plus fort dans le débat.
Le système d’évaluation est finalement à l’image de la société française (lire à ce sujet le très bon éditorial de Joffrin dans Libération). Une société, dure avec ses membres, profondément inégalitaire et élitiste et sans véritable réflexion sur les moyens de réduire ces inégalités. Avec une conception très libérale d’un individu calculateur et une vision individualiste de la réussite et de l’échec. Finalement, rien de plus politique que la pédagogie….

Bonne Lecture... (extrait de la revue de presse quotidienne de Philippe Watrelot http://philippe-watrelot.blogspot.com/ )

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