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Chronique de Nathalie MONS : Boule à facettes - [Education et Devenir]
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Le Monde Education

Luc Chatel, le ministre de l’éducation, veut favoriser l’apprentissage de l’anglais dès 3 ans. S’en est suivi une campagne qui pourrait constituer, pour des étudiants en communication, un excellent cas pratique, ce que l’on appelle dans le jargon technique : la boule à facettes.

A l’instar de ces luminaires de boîtes de nuit qui diffractent la lumière des spots, la boule à facettes en politique consiste à communiquer sur une thématique forte auprès de l’opinion publique pour occulter un point de conflit social. Monopolisés par un effet d’annonce, les médias suivent l’agenda gouvernemental au détriment de la communication des partenaires tiers, parents d’élèves ou syndicats.

Pour fabriquer une boule à facettes, il faut d’abord choisir un thème de campagne qui touche l’opinion publique. L’apprentissage de l’anglais à l’école remplit pleinement cette fonction. Confrontés à la globalisation, les Français craignent que leur progéniture ne survive pas à la concurrence internationale sans une connaissance parfaite de l’anglais. Or, longtemps attachée à la prédominance de la francophonie, la France et, donc, son école peinent dans l’apprentissage des langues. Ce retard a fait les choux gras des écoles bilingues, souvent privées, et des organismes de voyages linguistiques. Il laisse un avant-goût de défaite aux classes défavorisées qui ne peuvent pas acheter ce bagage essentiel. Fondé sur la peur de l’avenir et de la compétition internationale, le souci de l’éducation des enfants, le sentiment d’inégalités sociales, voilà donc un thème parfait pour sensibiliser l’opinion.

Dossier noir

Deuxième dimension de la boule à facettes : la communication en elle-même. Il faut imposer le thème crescendo dans l’agenda médiatique. Là encore, mission réussie pour Luc Chatel qui, coup sur coup, annonce un apprentissage généralisé de l’anglais dès 3 ans et le lancement de cours gratuits de langue pendant les vacances.

Troisième dimension : le dossier noir à occulter. En l’occurrence, derrière la campagne se cache une thématique qui répond au nom fort peu sexy de DGH, pour dotation globale horaire. Il s’agit des moyens horaires attribués à chaque établissement scolaire. A la rentrée, du fait de la suppression des postes dans l’éducation nationale, ils seront réduits drastiquement. Cela signifie plus d’élèves dans les classes, des suppressions d’options, des regroupements d’écoles, ainsi que... l’allégement du nombre d’assistants de langues étrangères et des dédoublements de classe dans ces disciplines.

Interrogé sur ce paradoxe, le ministre a répondu que des cours d’anglais pourraient être assurés à distance par Internet. Si demain vous voyez des chérubins casque aux oreilles, ne vous inquiétez pas, ils prennent peut-être un cours d’anglais.

Nathalie Mons, sociologue, spécialiste des politiques éducatives, université Paris-Est Marne-la-Vallée

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