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Une décision " républicaine " aux effets pervers - [Education et Devenir]
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La décision, annoncée le 2 mars par Luc CHATEL, d’interdire aux mères de famille voilées d’accompagner leurs enfants lors de sorties scolaires, soulève pourtant plusieurs questions. Et sous-estime les effets pervers d’une mesure d’ordre général, prise dans un contexte de crispation grandissante face à l’islam.

ANALYSE

Comme s’il ne voulait pas être en reste, Luc Chatel, le ministre de l’éducation nationale, n’a pas attendu les conclusions de la convention de l’UMP sur la laïcité et l’islam prévues le 5 avril pour apporter sa réponse " républicaine " à une question qui, de manière récurrente quoique rarement conflictuelle, se pose aux responsables des écoles du premier degré.

Sa décision, annoncée le 2 mars, d’interdire aux mères de famille voilées d’accompagner leurs enfants lors de sorties scolaires, soulève pourtant plusieurs questions. Et sous-estime les effets pervers d’une mesure d’ordre général, prise dans un contexte de crispation grandissante face à l’islam.

L’annonce de M. Chatel qui, ainsi qu’il l’a déclaré lundi 7 mars sur RMC, pourrait déboucher sur une modification de la circulaire d’application de la loi de 2004 interdisant le foulard islamique à l’école pour les élèves et les enseignantes, s’appuie sur l’idée que les parents deviennent, par leur participation à une activité périscolaire, des " collaborateurs occasionnels du service public ". A ce titre, ils doivent respecter les principes fondamentaux du service public, " neutralité " et " laïcité ", assure le ministre.

Cette évolution, en contradiction avec la pratique retenue ces dernières années, ne pourra que réjouir les partisans d’une lecture stricte du principe de neutralité dans les services publics. Elle rassurera aussi ceux, nombreux, qui, face à la multiplication des situations nouvelles induites par la diversité culturelle et religieuse de la société française, sont en quête de règles générales et claires.

Elle occulte cependant la réalité : des situations diversifiées et, le plus souvent, réglées par le dialogue sans que " la neutralité du service public " ne soit remise en question. Jusqu’alors le ministère considérait d’ailleurs que les enseignants étaient les mieux placés pour évaluer s’ils avaient affaire à des mères réellement impliquées dans la vie scolaire ou s’ils faisaient face à une offensive politico-religieuse organisée.

Au-delà du seul contexte politique actuel, la décision de M. Chatel s’inscrit aussi dans une évolution déjà observée depuis quelque temps par des spécialistes de la laïcité comme Jean Baubérot : le pouvoir politique semble désormais vouloir à toute force séculariser les citoyens, en particulier ceux de confession musulmane, alors même que la séparation des Eglises et de l’Etat, fondement de la laïcité à la française, était censée séculariser l’Etat et ses institutions.

" La doctrine Chatel "

L’inflexion actuelle bat en brèche la doctrine développée pendant cinq ans par la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde). A l’instar de la Cour européenne des droits de l’homme, la Halde avait choisi de préserver la liberté de conscience et de prendre en compte la diversité culturelle et religieuse. Après l’affaire de la crèche Baby Loup, au cours de laquelle une délibération de la Halde avait été contestée devant un tribunal, la décision de M. Chatel sonne comme un second désaveu pour une Haute Autorité, par ailleurs en voie de disparition. Le ministre préfère désormais s’appuyer sur le Haut Conseil à l’intégration, dont les avis, inscrits dans une lecture " claire et ferme " de la laïcité, sont censés éclairer le gouvernement.

Au final, la " doctrine Chatel " désolera ceux qui s’efforcent d’impliquer les parents, quels qu’ils soient, dans la vie des écoles et des quartiers, pratiquant au quotidien une " laïcité de dialogue ". Plus sûrement encore, elle risque de détourner de la vie citoyenne des mères de famille voilées qui, en accompagnant leurs enfants au musée ou à la piscine, pensaient manifester un désir d’intégration plus que l’affichage d’un intégrisme religieux. Elle pourrait accélérer le repli communautariste de familles sur les établissements musulmans, qui se développent lentement mais sûrement.

Stéphanie Le Bars
Le Monde

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