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Des stagiaires écrivent à leur recteur

6 juin 2011

A la fin d’une assemblée générale, 80 stagiaires ont écrit une lettre à la rectrice d’Orléans-Tours où ils font part de leurs doléances et de leurs propositions. Un ”document” très circonstancié et détaillé qui mérite d’être publié dans son intégralité, et médité…

Lettre ouverte à Madame le Recteur d’Orléans-Tours

Madame le Recteur,

Professeurs stagiaires dans l’académie d’Orléans-Tours, nous avons formé en novembre, lors d’une Assemblée Générale où nous étions quatre-vingts stagiaires présents, un collectif à même de réagir à nos conditions d’entrée dans le métier. En cette fin d’année qui fut extrêmement éprouvante pour tous les professeurs stagiaires, nous nous sommes à nouveau réunis en Assemblée Générale afin de tirer les bilans de cette première année de stage mise en œuvre par la réforme de la formation des enseignants.

Abandonnés devant les classes à temps plein et sans formation préalable, notre entrée dans le métier fut extrêmement difficile, la plupart d’entre nous n’ayant jamais enseigné auparavant. Et aux préparations de cours, aux 18 heures de présence devant les élèves et aux corrections de copies s’ajoute également le temps de formation. La surcharge de travail engendrée par cette addition a placé les professeurs stagiaires sous pression toute l’année. Elle est la conséquence du passage de 8 heures à 18 heures de service pour les stagiaires, stratégie purement comptable visant pour le Ministère de l’Education Nationale à utiliser les stagiaires comme ressource à part entière, afin notamment de compenser un tant soit peu les 16 000 suppressions de postes à la rentrée 2011 s’ajoutant aux 50 000 postes supprimés depuis cinq ans.

Face à ces conditions insoutenables, nous avons demandé à Monsieur le Recteur Paul Canioni une audience afin de nous exprimer sur la mise en place de la réforme et de remédier à certains dysfonctionnements. Ainsi, nous avons pu exprimer à Monsieur le Recteur lors de notre audience rectorale du 20 janvier 2011 notre entière opposition à la réforme de la formation des enseignants, dont nous payons les frais aujourd’hui. Nous avons également formulé un certain nombre de demandes afin d’alléger le quotidien des stagiaires. Mais aucune de nos demandes, de la plus naturelle, comme la rémunération de nos journées de formation professionnelle, à la plus minime, comme la modification d’emploi du temps pour les stagiaires ayant cours le jeudi et ne pouvant se rendre aux formations, n’a été prise en considération. Tout cela reflète le mépris porté aux personnels en général et aux stagiaires en particulier.

A ces conditions de travail et de formation déplorables, ajoutons un certain nombre de dysfonctionnements :

Le nouveau système de tutorat, sur lequel était censée s’appuyer l’année de stage, n’a nullement donné satisfaction. Quand on sait qu’un tiers de l’avis de titularisation repose sur le rapport du tuteur, de nombreuses questions se posent : une personne non formée serait habilitée à juger un collègue ? Les conseils prodigués et les relations tuteur-stagiaire ne sont-ils pas largement influencés par une position de subordination de celui-ci qui engendrent un climat malsain ? De plus, les réalités étant extrêmement hétérogènes (absence de tuteur, éloignement, etc.), comment parler d’égalité au niveau national ? Précédemment, des formateurs au sein des IUFM conseillaient les stagiaires à la fois sur le plan théorique, mais également à la suite d’analyses de pratique, sans intervenir directement dans la notation des stagiaires. Un système qui contraste avec celui du compagnonnage.
Les jeudis de formation ont parfois été des grands ratés : au niveau des horaires incohérents sur les ordres de mission, des décalages imprévus, des formations annulées au dernier moment.
Très peu parmi nous ont eu une visite conseil préalable à leur inspection, exercice qui permet de se préparer en vue de l’inspection de titularisation. Cette visite doit être l’occasion d’avoir de nouvelles pistes, de véritables conseils. Notons l’attitude absolument ignoble de certains inspecteurs descendant en flèche les stagiaires et allant jusqu’à remettre en cause la validité de leur concours. Les inspecteurs ne sont pas là pour rabaisser les stagiaires, mais pour les aider à progresser ! Les inspections doivent être à charge et à décharge.
Les CPE, dont l’emploi du temps devrait être de 29 heures se sont vu alourdir leur charge horaire.
Les conditions de titularisation ne sont pas les mêmes pour tout le monde dans l’académie (certains ont eu l’appui de tuteurs et d’inspecteurs bienveillants, d’autres pas) mais aussi au niveau national (certaines académies ont décidé de ne pas faire subir d’inspection à leurs stagiaires et de titulariser sur la base du rapport des tuteurs).
Les établissements sans tuteur cette année pour les stagiaires sont restés réservés aux stagiaires pour les années à venir, ce qui est inacceptable. Ceux-ci vont encore devoir se débrouiller tout seuls alors que l’entrée dans le métier est difficile, et attendre des semaines voire des mois pour se voir attribuer un tuteur, souvent très éloigné de l’établissement.
La formation transversale à l’IUFM n’a pas été adaptée aux stagiaires de cette année. Les cours sont restés beaucoup trop vagues et sans rapport direct avec les conditions d’entrée dans le métier, ce qui n’a pas aidé les stagiaires dans leur quotidien. Les formations disciplinaires, quant à elles très précieuses aux stagiaires pour la mise en œuvre de leurs cours, furent trop peu nombreuses.
Comment se fait-il que les stagiaires n’aient pas accès aux rapports des inspecteurs, alors qu’un fonctionnaire a le droit de consulter son dossier quand il le souhaite ? Cette inspection étant pour certains la seule visite et le seul regard extérieur.
Certains stagiaires n’ont jamais vu au cours de l’année les rapports de leur tuteur !
Des tuteurs zélés ont volontairement mis de mauvaises notes et rédigé de mauvais rapports sur leur stagiaire pour “alerter sur le cas des stagiaires”. Ce n’est pas aux stagiaires de payer la mise en place de la réforme ! Des tuteurs se sont permis de faire ainsi alors qu’ils n’ont vu leur stagiaire que deux ou trois fois, sans avoir pris la peine de suivre régulièrement leur travail.
Certains établissements n’ont pas accueilli dignement leurs stagiaires et les ont mis de côté, alors même que l’entrée dans le métier est très difficile. La solidarité est plus qu’importante dans ce genre de situation, et sans l’appui des collègues, les débuts dans le métier deviennent une souffrance.
De nombreux stagiaires sont convoqués pour être de secrétariat de jury pour les examens, jusqu’au 9 juillet. S’ils sont affectés en lycée, ils peuvent être convoqués au même titre que les autres enseignants et c’est normal. Mais de nombreux stagiaires de collège sont convoqués pour assurer cette tâche, sans doute parce que les collègues de lycée ne veulent pas le faire. Certains sont même convoqués dans des établissements privés. C’est la cerise sur le gâteau pour des jeunes collègues qui ont vécu une année difficile.
A la suite de tout ce bilan, nous nous inquiétons sur l’entrée dans le métier de nos futurs collègues à la rentrée 2011 : cinq jours de formation fin août (pour l’instant non rémunérés) et une semaine à la Toussaint ne sont pas suffisants pour une entrée dans le métier réfléchie et participent simplement aux calculs du Ministère qui trouve ainsi une solution pour ne plus avoir à remplacer les stagiaires durant leurs deux semaines de formation.

Forts de ce bilan de notre année de stage, mise en place suite à la réforme de la masterisation, nous réaffirmons les revendications suivantes :

Abrogation de la réforme de la formation des enseignants

Un temps de service limité à un tiers-temps d’enseignement devant les classes

Une vraie formation, avant et pendant l’année, rénovée et adaptée, dans le cadre des IUFM

Un accompagnement pédagogique concret et cadré au niveau national

Des conditions claires de titularisation, harmonisées au niveau national

Le respect des circulaires concernant les établissements difficiles, les niveaux d’enseignement et les heures supplémentaires

Les jeudis libérés pour tous pour la formation et rémunérés

Un site de formation par département

Une visite conseil des IA-IPR

La validation automatique de l’année de stage pour les enseignants
stagiaires n’ayant pas de tuteur

Une entrée progressive dans le métier avec un réel accompagnement des néo-titulaires par un continuum de formation et deux heures de décharge effective

Dans l’attente de recevoir vos réponses,

Nous vous assurons, Madame le Recteur, de notre haute considération

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