Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/users5/r/rebaudclaude/www/eduETdev_fr/config/ecran_securite.php on line 245
un ancien facteur devenu enseignant s'interroge sur le statut des enseignants... - [Education et Devenir]
logo ED
slider slider slider slider slider


Un facteur à l’Education nationale : un parcours atypique qui a longtemps été un lourd handicap

Enfant, je n’ai jamais aimé l’école…

J’ai tout de même conservé une année d’avance acquise en « sautant » le CE2, et ce jusqu’en première scientifique. C’est là que c’est produit le clash : redoublement puis retriplement… J’ai quitté l’école en ayant à peine entamé ma troisième année de première avec l’envie (et surtout la possibilité, c’était en 1972…) de me frotter à un maximum d’expérience professionnelles différentes. Et c’est ce que j’ai fait jusqu’en 1983 : télégraphiste, animateur socioculturel, éducateur, maçon, formateur en stage insertion maçonnerie, homme de ménage puis ouvrier à la chaîne dans l’industrie automobile, ouvrier agricole, professeur de guitare.

J’ai ensuite passé le concours de facteur. Un beau métier mais difficile : parcourir à pieds quinze kilomètres par jour, six jours par semaine, par tous les temps, chargé de deux sacoches pleines, cela finit par blesser le corps et m’a obligé à me reconvertir. J’ai décidé de reprendre des études à l’âge de 35 ans pour pouvoir me présenter au concours de Professeur des écoles. Je suis entré à l’Education nationale en 2000 et j’occupe actuellement la fonction d’Adjoint en école élémentaire.

Mon parcours atypique a été un très lourd handicap à mon entrée dans l’Education nationale : J’ai été admis fort peu brillamment … au troisième essai … sur liste complémentaire… J’ai subi plus que profité de la formation initiale en IUFM…. Mais après avoir travaillé (plus que de raison…) pour tenter d’apprivoiser et de m’intégrer à mon nouveau milieu professionnel, ce handicap est devenu un atout majeur. Je crois pouvoir dire que ce parcours atypique me donne un regard très personnel sur le monde éducatif.

Le statut d’enseignant : la médaille et ses revers

Le statut de fonctionnaire est un des premiers éléments du capital qui est distribué aux acteurs du champ éducatif. Trop d’enseignants n’en mesurent pas la valeur à sa juste réalité. Sauf à fermer les yeux sur ce qu’il se passe dans le monde économique. Sauf à prétendre que ces acquis sont normaux et qu’il faudrait donc discuter à le donner aux autres travailleurs plutôt que de le remettre en cause concernant les fonctionnaires : 

· Un emploi à vie et des changements d’échelons, donc des augmentations de salaire, dues à l’ancienneté, programmées et quasi automatiques. Les agents de la fonction publique peuvent donc s’engager dans des projets à long terme et regarder leur avenir avec une certaine sérénité, ce qui n’est plus le cas pour qui a un emploi en dehors du statut de fonctionnaire.

· Une forte structuration et donc un pouvoir de résistance fort en cas d’atteintes à la profession.

Plus spécifiquement, et comme il le leur est parfois reproché, les enseignants bénéficient des vacances scolaires. Mais surtout, par rapport aux autres salariés, ils peuvent vivre une relation plus présente avec leurs enfants puisque leurs horaires sont proches de ceux de leurs enfants, ils sont libres les mercredis, les week-ends, les vacances scolaires et ne travaillent pas la nuit.

Ces acquis sont-ils à considérer comme des privilèges ? Sans doute non si l’on considère

- Que l’entrée dans le métier est toujours très difficile pour ces jeunes enseignants qui sont nommés dans les postes les plus difficiles, qui n’ont pas l’expérience des enseignants confirmés, à qui une formation trop théorique impose ensuite sur le terrain une surcharge de travail difficilement gérable. Même si, avec l’expérience, l’avancement, l’ancienneté, le métier offre un statut de plus en plus enviable. 

- Que de plus en plus d’élèves ont des attitudes et comportements qui ne favorisent pas les apprentissages dans le cadre scolaire : ils peuvent être incapables de rester assis calmement, d’être attentifs plus de quelques minutes, de se concentrer sur une tâche. Les actes perturbateurs sont de plus en plus fréquents. Parfois, le travail scolaire n’a pas de sens pour eux, ils ne cherchent donc pas à l’améliorer ou à s’y investir. Tout cela engendre beaucoup de fatigue nerveuse et une énergie de tous les jours pour ne pas céder à une usure qui pourrait mener à la démotivation.

- Que l’Institution demande sans cesse plus aux enseignants pour tenter de répondre aux enjeux de justice sociale dont on charge l’Ecole.

Même si le métier est difficile donc, il offre à l’enseignant un statut relativement enviable par rapport à une grande partie de la population. Alors le monde enseignant ne pourrait-il pas travailler à rendre ce statut plus légitime aux yeux de tous ?

En premier lieu, en se montrant mieux comme une force de proposition dynamique au lieu de toujours paraître uniquement réagir face aux projets et décisions. En particulier en reconnaissant l’intérêt de ce statut, mais aussi en mettant à jour et en faisant des propositions pour mieux montrer sa volonté à participer à l’effort collectif, à mieux gérer les effets pervers et les éventuelles dérives qui malheureusement existent … 

Quelques propositions brièvement suggérées :

1. Revendiquer clairement comme non-prioritaire l’augmentation du salaire des enseignants dans le cadre de la crise actuelle.

2. Travailler à faire des propositions de pistes d’économie au lieu de paraître comme demandant sans cesse plus de moyens, malgré la crise.

3. Réfléchir à ce que ce statut ne soit pas détourné pour protéger, masquer, ne pas pouvoir intervenir efficacement en cas d’incompatibilité avec les exigences de la fonction. Car on pourrait imaginer que ce statut oblige un jour l’Institution à offrir à un cadre, pour l’empêcher de nuire, une promotion qu’il ne pourrait refuser, dans le seul but de l’éloigner du terrain…

4. Modifier les procédures d’évaluations des enseignants en s’accordant sur le fondement de l’inspection : 

· Si son fondement est l’évaluation de ce que l’enseignant est capable de faire, alors l’inspection doit être organisée à une date prévue afin que l’enseignant ait toutes ses chances pour préparer et montrer son meilleur.

· Si son fondement est l’évaluation de ce que l’enseignant fait au quotidien dans sa classe, alors l’inspection devrait pouvoir se dérouler de manière imprévue. L’accent étant mis non sur une performance à un instant T, mais sur l’ensemble du travail réalisé tout au long de l’année.

5. Revenir sur le principe de la fonction acquise à vie : formateurs et conseillers pédagogiques ne pourraient-ils pas être nommés pour une certaine période puis reprendre leur fonction d’enseignants dans une classe ?

 

Jacques FRASCHINI http ://www.10-pratiques-innovantes.com


barre

ACCES DES ADHERENTS

se connecter

(accès privilégié à nos
cahiers et publications)

MENTIONS LEGALES