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colloque sur l'inspection : une politisation croissante... - [Education et Devenir]
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Inspecteurs généraux de l’éducation : « On assiste à une politisation croissante du corps » (Xavier Pons, sociologue)

« On peut se demander si les inspecteurs ne vont pas voir parfois que ce qu’on leur demande d’aller voir », relève Xavier Pons, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Paris-Est-Créteil à l’occasion d’un séminaire à Sciences Po Paris intitulé « Transformations des États éducateurs en Europe » et consacré le 11 mars 2010 aux « Rôles et fonctions des inspections en Europe ». Le chercheur s’interroge sur les méthodes des inspecteurs généraux français de l’Igen et de l’IGAENR et sur l’existence d’une « science de l’évaluation franco-centrée ».

« Quand on lit la façon dont les inspecteurs ont sélectionné les unités à évaluer, ils ont tendance à privilégier celles dans lesquelles les dernières actions sont effectivement mises en œuvre », poursuit-il, précisant que les inspecteurs « sont attendus pour produire un rapport utile à l’administration publique ». En outre, Xavier Pons observe « une couverture territoriale inégale », citant « l’académie de Nantes, plus visitée que l’académie de Rouen depuis 1998 sans qu’on comprenne les raisons de ces différences ».

POSSIBLE DÉPENDANCE

« Plusieurs biais persistent », qui sont « à la fois connus et ignorés » : ainsi « la pertinence de l’objet d’évaluation est rarement interrogée à partir du moment où le ministère confie une mission sur tel objet », affirme Xavier Pons. De même, « les échantillonnages mentionnés par les inspecteurs dans leurs rapports sont peu justifiés, pensés comme devant permettre une observation de diversité ». Enfin, il note « une possible dépendance à l’égard des sources secondaires dans la mesure où les inspecteurs exploitent les sources des acteurs déconcentrés ».

Par ailleurs, le chercheur indique que « les qualifications initiales des inspecteurs généraux sont globalement constantes dans le temps ». « À l’exception d’une baisse régulière depuis les années 1970 de la proportion d’anciens élèves de l’École normale supérieure (qui passe de 27,4 % en 1971 à 16,9 % en 2006) et d’une hausse récente de la proportion d’énarques (passant de 5,3 % en 1990 à 9,2 % en 2006), les proportions d’inspecteurs généraux titulaires d’une agrégation ou d’un doctorat sont globalement stables depuis 1960 (entre 51 et 58 % pour l’agrégation et 7 et 11 % pour le doctorat). »

POLITISATION CROISSANTE DU CORPS

« On assiste également à une politisation croissante du corps », poursuit-il. « La proportion d’anciens membres du cabinet du ministre, nulle au lendemain de la Seconde guerre mondiale, augmente de 5,3 % à 9,2 % entre 1990 et 2006. » Cette fonction est même « une passerelle importante vers le corps » puisque « la proportion d’inspecteurs généraux étant au cabinet du ministre juste avant leur nomination à l’Inspection générale augmente à cette période de 3 à 5,6 %, ce qui représente la cinquième fonction donnant immédiatement accès au corps après, dans l’ordre d’importance, les chargés de mission d’inspection générale, les IA-IPR, les professeurs de classes préparatoires et les inspecteurs d’académie ».

En somme, Xavier Pons relève dans les inspections françaises « la permanence et la rationalisation d’une science de gouvernement spécifique » - à savoir « l’art de l’extrapolation empirique » via leurs visites de terrain - et une « prise en compte limitée et sélective d’expériences étrangères, en fonction de la conjoncture politique immédiate et des besoins prédéfinis du corps ».

DÉCENTRALISATION ET AUTONOMIE

Pour sa part, Anton de Grauwe, membre de l’Institut international de planification de l’éducation (IIPE) de l’Unesco, identifie quatre « modèles de systèmes d’inspection » à travers le monde :
- « le modèle classique », où l’inspection a un rôle de contrôle et où l’État est considéré comme efficace, comme en France ;
- « le modèle de l’inspection centrale » où l’on a intégré le public dans cette inspection menée par une unité « plus ou moins autonome comme l’Ofsted au Royaume-Uni qui fait des audits d’écoles » ;
- « le modèle de l’appui de proximité », comme au Chili dans les années 1990, où « l’État vient en appui des établissements qui ont le plus de besoins de contrôles » ou comme aux Pays-Bas, où « une analyse des ’risques’ inhérents aux établissements est publiée chaque année pour que l’inspection concentre ses efforts sur les écoles les plus nécessiteuses » ;
- « le modèle de contrôle et de soutien sur le site de l’école » : c’est la communauté qui contrôle l’établissement comme en Finlande, « ce qui implique une grande homogénéité culturelle et socioéconomique pour pouvoir fonctionner sans corps d’inspection véritable ».

Le chercheur évoque « deux types de critiques adressées aux inspections » : d’une part, « le conflit entre le mandat assez exigeant du contrôle et le manque de ressources, un enseignant étant inspecté deux ou trois fois et livré ensuite à une certaine autonomie » et d’autre part, « un système pas adapté aux nouvelles régulations comme la décentralisation ou l’augmentation de l’autonomie des établissements ».

QUATRE TYPES DE RÉFORMES

« Quatre types de réformes ont été menées en réponse à ces critiques », détaille-t-il :
- « renforcer l’efficacité de l’inspection comme un outil d’évaluation externe », comme en Norvège, pays qui a « réintroduit un système d’inspection central » ou aux États-Unis « qui renforcent le contrôle au niveau fédéral » ;
- « promouvoir l’autoévaluation », comme aux Pays-Bas où « les écoles ont l’obligation de préparer un plan annuel d’évaluation dans le cadre de la compétition entre écoles » ;
- « transformer la régulation externe en encadrant l’autoévaluation des établissements ou en validant leur rapport d’autoévaluation » comme en Autriche et dans certains États d’Australie ;
- « promouvoir la responsabilisation publique en renforçant le rôle des parents et de la communauté autour de l’établissement ». Le Royaume-Uni, l’Islande ou la République tchèque publient ainsi les résultats aux examens et les rapports d’inspection des établissements.

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