Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /home/users5/r/rebaudclaude/www/eduETdev_fr/config/ecran_securite.php on line 245
Internats d'excellence : une forme d'élitisme du mérite - [Education et Devenir]
logo ED
slider slider slider slider slider

Une enquête sur les internats d’excellence, symbole de la méritocratie ou outil de promotion sociale ?

Malgré l’actualité récente chargée, il est important de ne pas oublier la dernière étude Pisa ayant mis en avant un rôle très fort des inégalités sociales sur la réussite scolaire à l’école en France. Notre pays est à la peu glorieuse huitième place des pays de l’OCDE, où ce poids est très important. Plus grave encore, ces inégalités se sont accrus en quinze ans.

La Suède, réputée être l’un des pays les plus égalitaires, n’a sûrement pas de leçons à prendre du système scolaire français. Pourtant, la princesse Victoria de Suède, curieuse de vérifier la tradition très française de l’éducation au secours des plus démunis, a visité le 29 septembre l’internat d’excellence de Cachan qui a ouvert ses portes à la rentrée 2010.
A Cachan, une impulsion forte donnée à une vieille idée

Initiative présidentielle, coup de publicité pour certains, le projet, qui fait partie du plan « Espoir banlieues », a fait beaucoup parler de lui.

Mais pour Vincent Stanek, inspecteur d’académie adjoint du Val-de-Marne et chargé de la mise en place de cet internat, les internats d’excellence répondent efficacement à un constat qui n’est pas nouveau : celui d’un véritable besoin de la part des élèves socialement défavorisés, mais désireux de réussir. L’originalité de cette politique, ajoute-t-il, « réside plutôt dans l’impulsion forte donnée à une vieille idée ».

Cachan est le deuxième établissement de la sorte à voir le jour dans l’académie de Créteil. Au niveau national, ce sont douze internats d’excellence qui ont été créés, soit 998 places au total, réparties dans les internats de Sourdun, Marly-le-Roi, Barcelonette, Noyon, Maripasoula, Douai, Montpellier, Metz, Nice, Langres et Le Havre.
« Deux poids, deux mesures ? »

Ces internats d’excellence ont tout de même une limite importante : c’est le deux poids, deux mesures qui les caractérise.

Les enseignants, principaux témoins de ce projet, lui ont fait également un accueil très réservé. Claire Krepper, secrétaire nationale du syndicat d’enseignants SE-Unsa, martèle :

« Ce ne sont que des vitrines, qui ne peuvent même pas servir de modèle, du moins dans le contexte budgétaire actuel. Le sentiment général est la déception. Nous attendions beaucoup plus du plan “ Espoir banlieue”. »

Claire Krepper explique :

« Sous ces termes ronflants, on ne se préoccupe en fait que d’aider ceux qui sont déjà en réussite, les autres sont laissés pour compte. On a confondu promotion des élites et égalité des chances. »

Bien sûr, il est encore trop tôt pour savoir si ces élèves retourneront par la suite dans leur quartier d’origine, lui insufflant ainsi un certain dynamisme. Mais pour l’instant, beaucoup d’enseignants craignent que ces internats d’excellence ne provoquent une déstabilisation en chaîne des établissements scolaires, à commencer par ceux qui sont à la limite de la ghettoïsation.

Dans certains internats d’excellence comme celui de Sourdun, le but affiché est la formation d’élites, avec la mise en place d’un lycée et la création de classes préparatoires aux grandes écoles. A Cachan, l’objectif est pour l’instant plus modeste, mais à terme, l’excellence est également visée.

Ces internats sont ainsi destinés à devenir le modèle d’un élitisme du mérite, dont se réclame vivement le Président. Mais il y a élitisme et élitisme.

Pour Vincent Stanek, celui que visent les internats d’excellence est positif puisqu’il ne consiste pas à rendre « les meilleurs encore meilleurs » mais plutôt à aider des élèves qui ont envie de s’en sortir et à leur proposer une ambition. Finalement, « le seul reproche que l’on peut faire à ce système », conclut-il, « c’est de ne pas être encore assez répandu ».

« Le pari de l’excellence »

Après deux mois, quel bilan peut-on tirer de l’expérience de Cachan ?

« A la timidité initiale a succédé une bonne ambiance doublée de motivation au travail. Chaque classe a maintenant sa devise, son blason, les élèves s’y sont bien intégrés. Parfois, la distance de la famille est dure à supporter, mais pour l’instant nous avons eu un seul cas de désistement. »

Cette forte motivation de la part des élèves était à prévoir puisque les élèves et leur famille sont tous volontaires. « Les enfants bénéficiant de cette politique ne sont pas des élèves brillants », explique Vincent Stanek. Ils ont des résultats corrects, mais non excellents.

En effet, « l’excellence est un pari sur l’avenir, pas un donné ». En revanche, ils sont particulièrement désireux d’apprendre, et c’est ce qui différencie les internats d’excellence des internats de réussite éducative, qui visent les élèves ayant du mal à se plier à la discipline.

Les internats d’excellence s’adressent en outre à des enfants qui, bien que motivés, ne bénéficient pas de bonnes conditions de travail chez eux. Tous viennent de milieux défavorisés : certaines demandes ont ainsi dû être écartées, car venant de familles trop aisées.

L’admission en internat d’excellence est limitée malgré tout à peu de personnes. Malgré l’avis obligatoire du principal et de l’assistante sociale, l’évaluation du bulletin, et la « lettre de motivation » des parents et de l’élève, de nombreuses candidatures valables sont rejetées, faute de place.

Pour l’instant, en effet, l’internat d’excellence de Cachan ne compte que deux classes de 25 élèves, l’une de quatrième et l’autre de troisième. Mais deux autres classes devraient ouvrir l’année prochaine et il est aussi question de faire participer le lycée privé en y proposant quelques places labellisées « d’excellence », ce qui a déjà été fait dans de nombreux établissements et concerne 4000 élèves dans toute la France.
Priorité aux langues et à la culture

Chaque internat d’excellence a ses priorités pédagogiques. Celui de Cachan a tout misé sur les compétences linguistiques et sur la culture. Très proche de Paris, il peut en effet bénéficier de partenariats avec de nombreux musées et salles de concert. Il a également établi un partenariat avec l’Institut culturel suédois après la visite de la princesse de Suède.

Enfin, élément important, l’internat d’excellence de Cachan a mis en place dès sa création un moyen d’évaluer ses résultats et de vérifier son efficacité. Les élèves qui ont été retenus pour entrer dans l’internat ainsi que ceux qui avaient sensiblement le même profil mais n’ont pas pu être retenus seront en effet suivis sur plusieurs années et feront l’objet d’une évaluation de leur niveau selon des méthodes établies par l’Ecole d’économie de Paris. Cette évaluation, pour autant qu’on puisse en juger dès à présent, est un gage de sérieux et d’efficacité pour l’internat de Cachan.

Si les internats d’excellence peuvent être ainsi vus comme le révélateur d’un certain dysfonctionnement du système républicain de promotion par l’école, leurs défenseurs insistent sur leur rôle, même limité, de le relancer et de revaloriser le rôle de l’Education nationale comme vecteur d’ascension sociale.

Camille Boullenois

voir aussi l’article d’Antoine PROST sur les internats ( dossier du Monde)

barre

ACCES DES ADHERENTS

se connecter

(accès privilégié à nos
cahiers et publications)

MENTIONS LEGALES