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Bonus, malus et redoublement - [Education et Devenir]
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Jean-Charles, HUCHET, IA DSDEN du Calvados met en place un bonus malus sur les DHG en fonction de la hausse ou de la baisse des redoublements. L’analyse de François JARRAUD

Le bonus, le malus et le redoublement

La décision prise par un inspecteur d’académie de pénaliser les collèges où le taux de redoublement est élevé est un formidable révélateur des contradictions du système éducatif.
C’est une affaire qui est vite sortie du Calvados pour atteindre les médias nationaux. Lundi 21 février, Ouest France annonçait que l’inspecteur d’académie du Calvados avait décidé de retirer des moyens en postes aux collèges où le taux de redoublement dépassait 2,5%. Selon lui, les 1050 redoublants annuels du département coûteraient 8,5 millions d’euros soit 170 postes alors que "le redoublement ne sert à rien dans 99,5% des cas". Le malus du redoublement devrait, selon l’IA, inciter les collèges "à trouver des solutions pour aider autrement els élèves".
De nombreuses études donnent raison à l’inspecteur d’académie. Par exemple celle de D. Meuret. Pour lui, "en règle générale, à l’école et au collège, le redoublement s’avère peu équitable et inefficace du point de vue des progrès individuels des élèves. Il affecte négativement la motivation, le sentiment de performance et les comportements d’apprentissage de ceux-ci et les stigmatise : à niveau égal en fin de troisième, les élèves « en retard » obtiennent de moins bonnes notes que les élèves « à l’heure », sont moins ambitieux que ceux-ci et sont plus souvent orientés en filière professionnelle. En outre, les comparaisons internationales montrent que le redoublement est inefficace du point de vue des résultats d’ensemble des systèmes éducatifs". En effet, son inefficacité se lit dans les résultats des enquêtes internationales PISA. Elles montrent que le score médiocre de la France est dû au faible niveau des redoublants. Entre ces 15% d’élèves très faibles et les autres, plutôt bons, le fossé ne cesse de se creuser.
Pourtant il n’est pas suivi par son ministre. Sur France 2, Luc Chatel a déclaré que ce bonus-malus académique "n’a pas vocation à être généralisé... Je pense que c’est une bonne chose que nous réfléchissions à réduire le nombre de redoublements", a ajouté le ministre. "Le système qui a consisté à faire du redoublement la solution par rapport aux difficultés scolaires n’a pas porté ses fruits. Je crois plutôt à un soutien scolaire, à un accompagnement personnalisé tout au long de la scolarité".
On boucle ainsi le cycle des contradictions. D’un côté l’inspecteur d’académie porte sur ses établissements des exigences d’efficacité déclinées uniquement sous l’angle économique. Puisque le redoublement coûte cher et est inefficace il suffirait de le supprimer et que les établissements se débrouillent pour résoudre les difficultés des élèves. Cette injonction est inacceptable et, à son tour, inefficace. Elle augmente le sentiment de perte de pouvoir des enseignants dont on sait qu’il a aussi à voir avec le maintien du redoublement. La position du ministre est intéressante aussi parce qu’il affirme avec plus de modération l’inefficacité du redoublement sans proposer de solution. C’est que le redoublement est aussi une croyance sociale fort répandue dans la société. Au sein du parti de Luc Chatel certains réclament un examen d’entrée en 6e, la mise à l’écart précoce des enfants en difficulté scolaire et la fin des cycles, déjà bien attaqués sous Darcos. Ce qui rend le redoublement inefficace c’est aussi le fait qu’il est un marqueur social bien pratique.
Si le redoublement ne règle généralement pas les difficultés des élèves, le supprimer ne les fait pas pour autant disparaître. Il faudrait donc être capable d’accompagner individuellement dans l’école et hors l’école pas "les enfants", mais "ces enfants-là". C’est-à-dire avoir une politique sociale et scolaire qui investisse dans l’éducation prioritaire. C’est-à-dire croire dans le droit à l’éducation et l’éducabilité et non dans la sélection "naturelle" des élites. Supprimer le redoublement a à voir avec la démocratisation, pas avec l’économie.

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