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Collège en faillite cherche modèle - [Education et Devenir]
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En l’absence d’initiative politique forte sur le collège, syndicats et parents d’élèves avancent leurs propositions

Quel collège pour demain ? L’interrogation est dans l’air du temps. Le 5 avril, tandis que le SNES, principal syndicat des enseignants du second degré, convoquait un colloque pour " Redonner un avenir au collège ", l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (APEL) organisait une rencontre pour " Inventer le collège de demain ". En janvier, le SE-UNSA, syndicat des enseignants des premier et second degrés, invitait 300 personnes à " Imaginer le collège de demain ".

Le collège est, selon la formule galvaudée, le " maillon faible " du système éducatif français. Environ 15 % des collégiens - soit 460 000 adolescents, sur un total de 3 088 000 - connaissent des difficultés sévères ou très sévères. Chaque année, 150 000 jeunes quittent l’école sans avoir obtenu le brevet. La dernière mouture de l’enquête PISA - une étude triennale publiée par l’OCDE qui compare les acquis des élèves de 15 ans - est sévère à l’égard de la France : elle se classe, en 2009, à la 18e place en compréhension de l’écrit, au 16e rang en culture mathématique, au 21e en culture scientifique. Entre bons et mauvais élèves, les écarts se creusent. Et pour les bons, le collège n’est plus non plus la panacée, puisqu’ils s’y ennuient.

" Le collège n’a jamais constitué la priorité, ni en termes de moyens budgétaires ni en termes de pilotage d’institution ", relevait le Haut Conseil de l’éducation (HCE) - organe consultatif institué par la loi d’orientation du 23 avril 2005, dite loi Fillon -, dans un rapport sans complaisance remis à l’Elysée en octobre 2010. La situation ne semble pas prête de s’améliorer, avec 4 800 suppressions de postes prévues dans le secondaire à la rentrée - sur un total de 16 000 postes supprimés au budget 2011. Comme si ce creuset où passe toute une génération pouvait être laissé à l’abandon.

" Le constat d’échec n’est pas nouveau, rappelle le sociologue François Dubet. L’ambiguïté du collège est originelle, ses difficultés et contradictions le sont tout autant. " Depuis la création du " collège unique ", en 1975, par René Haby, ministre du président Valéry Giscard d’Estaing, la question se pose de savoir comment transmettre une " culture commune " à tous les adolescents, d’origines et de niveaux très différents, jusqu’à 16 ans (fin de la scolarité obligatoire), tout en limitant l’éviction de jeunes sans qualification. " Cela fait trente-cinq ans que le collège est tiraillé entre "grande école" et "petit lycée", entre son modèle pédagogique, d’élite, et son public. Il a maintes fois été enterré, et, malgré tout, il résiste. J’ai pensé même qu’il est plus populaire aujourd’hui qu’il y a dix ans ", note le sociologue.

Pourtant, les parents s’en défient. A en croire le sondage CSA publié, le 5 avril, pour La Croix et l’APEL, seules 51 % des personnes interrogées estiment qu’il " fonctionne bien ". 72 % des parents de collégiens plaident pour une remise en cause du " collège unique ". Plus de 80 % sont favorables à la création de parcours plus individualisés pour les élèves.

" Il y a confusion, savamment entretenue, entre collège unique et collège uniforme, explique l’historien de l’éducation Claude Lelièvre. Les familles pensent que l’enseignement au collège tend à un nivellement par le bas. C’est faux : l’objectif est d’optimiser les compétences et les connaissances de tous. Cela n’est possible qu’en passant par des voies multiples. Il faut différencier les parcours pour tous, et pas seulement pour les élèves en difficulté, en vue d’atteindre un objectif qui est, lui, commun. "

Si confusion il y a, c’est aussi parce que le débat est bloqué. A la différence de l’école primaire, qui a eu droit à sa réforme des programmes en 2008, et du lycée, qui a entamé la sienne en 2010, les discussions sur le collège sont reportées à l’après-2012. Sujet trop clivant au sein même de l’UMP pour être facile à manier par un ministre.

La loi d’orientation du 23 avril 2005 a pourtant abouti à la définition d’un " socle commun " de connaissances et de compétences : soit ce qu’un adolescent, en fin de 3e, ne saurait ignorer, décliné en " sept piliers " (de " maîtrise de la langue française " à " autonomie et initiative "). Un outil, le livret personnel de compétences (LPC), a été instauré pour l’évaluer. Mais bien peu l’utilisent et le " socle commun " ne s’impose pas comme une priorité nationale. Dans les classes, on ne sait pas comment concilier les programmes tels qu’ils existent avec les compétences. La logique disciplinaire continue de primer.

A un an de l’échéance présidentielle, les principales formations politiques planchent sur le sujet. Officiellement, PS et UMP partagent deux objectifs : hisser tous les collégiens au niveau du " socle commun ", et rendre le passage de la primaire au collège moins traumatisant. Les propositions divergent quant aux moyens à mettre en œuvre. Le PS propose notamment de repenser les classes de 6e et de 5e, avec moins d’enseignants. L’UMP a lancé plusieurs pistes : autonomie accrue des établissements et des enseignants, examen en 6e (aboli en 1956), " prépa pro " en 4e... Autant de brèches dans le concept de " collège unique " ? L’honneur est sauf : la notion même de socle peut être lue comme une garantie d’offrir à tous les mêmes connaissances de base.

Pour le SE-UNSA, syndicat des enseignants des premier et second degrés, l’" école du socle " est un progrès... à condition qu’on la bâtisse. " Pour l’instant, c’est du bricolage autour d’un objectif ambitieux, une promesse démocratique, commente Claire Krepper, secrétaire nationale chargée de l’éducation au SE-UNSA. Dans la mise en œuvre, le ministère ne s’est pas montré à la hauteur. Très peu a été fait pour que les enseignants s’approprient le contenu du "socle commun" et l’enseignement par compétences. Mais ce socle a le mérite de fixer, enfin, des objectifs clairs à la scolarité obligatoire. "

Autre son de cloche au SNES-FSU, le principal syndicat des enseignants du second degré. Pour sa secrétaire générale, Frédérique Rolet, " le socle a un double inconvénient : il ne résout pas l’échec et contribue à figer le destin scolaire des élèves les plus fragiles ". Le SNES-FSU demande le report de la scolarité obligatoire de 16 à 18 ans - ce qui s’observe déjà dans les faits -, de façon à créer une " vraie culture commune pour tous les élèves ". A l’occasion du colloque " Redonner un avenir au collège ", ce syndicat a fait sienne la formule de Philippe Meirieu : ce qui gêne dans le " socle commun ", c’est l’idée même de socle, " comme si tout le monde avait droit au socle alors que certains, seulement, auraient droit à la statue ".

Mattea Battaglia
Le Monde

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